C’est ce qui fait du taux de participation le seul enjeu réel des différentes élections russes de ces dernières années. Le Kremlin a réclamé un taux de participation supérieur à 50 % aux responsables des votes, les derniers sondages sur le sujet ne donnent pas particulièrement matière à s’inquiéter mais les équipes du président sont fébriles car elles savent que l’opinion publique peut évoluer très rapidement en temps de guerre et de répression intensifiée.

Le président russe durcit sa guerre contre sa population : « Connaître Poutine ne suffit plus pour rester en Russie »Poutine prisé à 65 %

Au printemps, les technocrates du Kremlin ont laissé échapper leur frustration de voir leur travail de modelage de l’opinion publique en vue des élections presque réduit à néant par l’annonce du blocage du réseau social Telegram et du réseau mobile dans certaines villes. La colère de la population s’est exprimée au grand jour et le taux de popularité du président russe a chuté. Il serait aujourd’hui entre 65 % et 70 % selon les instituts contre environ 88 % en janvier dernier. Ainsi, Vladimir Poutine multiplie-t-il les déplacements hors de Moscou et les bains de foule improvisés. Mais pas de quoi effacer son problème principal : le conflit entre sa rhétorique en faveur d’une longue guerre et les aspirations de paix qui émanent de la population.

Cette dernière ne semble pas savoir où donner de la tête. Dans un rapport publié début août, l’institut Levada estimait que 66 % des Russes soutenaient la guerre en Ukraine, mais qu’ils étaient aussi 62 % à réclamer des négociations de paix. Enfin, 50 % souhaiteraient une victoire obtenue par une intensification des frappes sur l’Ukraine… Pour satisfaire les partisans d’une ligne dure, cette partie de la population qui effraie le Kremlin, 1 600 vétérans de la guerre en Ukraine ont été autorisés à se présenter dans ces scrutins.

« Je suis toujours frappé de voir à quel point les Russes ont peur »« Gens nouveaux »

Les derniers sondages des instituts russes plaçaient à la mi-août Russie Unie, le parti du pouvoir, à environ 32 % des voix pour les élections législatives. Les communistes autour de 10 % et les nationalistes de la LDPR à 9 %. Une nouveauté toutefois, le parti « Gens nouveaux » pourrait devenir la deuxième force politique du pays, devant le parti communiste. Ce parti qui vote toutes les lois du Kremlin se différencie des autres par un ton plus conciliant sur la question de la guerre, et se fait le relais de la fatigue de la population. En somme, il représente une soupape pour les autorités russes mais pas une force d’opposition.

Vladimir Poutine doit donc jongler avec toutes ces données pour s’assurer d’élections législatives conformes à ses objectifs. D’où l’effacement soudain du parti libéral historique du champ politique – Iabloko – et l’apparition de propositions frauduleuses. Comme cette suggestion d’Ella Pamfilova, présidente de la Commission électorale centrale de Russie, qui souhaite priver de droit de vote les Russes qui ont choisi l’exil…

Le président russe durcit sa guerre contre sa population : « Connaître Poutine ne suffit plus pour rester en Russie »