Depuis le 1er septembre, Ikea a baissé ses prix en magasin sur 450 références en France. Les réductions vont de 16 à 25%, avec une cible claire : les produits les plus connus du groupe. L’exemple le plus parlant reste l’étagère Billy, qui passe de 49,99 euros à 34,99 euros. Kallax fait aussi partie des références mises en avant. Au total, 60 millions d’euros de ristournes ont été budgétés.
Cette offensive tarifaire dit beaucoup plus qu’une simple opération commerciale. Elle révèle surtout les difficultés d’un marché du meuble qui traverse une mauvaise passe. Ikea en est à sa troisième année de baisse des ventes en trois ans. Et le groupe suédois n’est pas un cas isolé. Selon les chiffres cités de l’Insee, les ventes de meubles ont chuté de 12% entre 2021 et 2024.
La fin du boom de l’après-Covid
Le secteur paie d’abord le contrecoup du Covid. Pendant les confinements, les ménages passaient davantage de temps chez eux et disposaient, pour certains, d’une épargne disponible. Beaucoup en ont profité pour refaire leur décoration, acheter des rangements, aménager un bureau ou renouveler leur mobilier. Ces achats ont dopé les ventes à court terme, mais ils ont aussi avancé des dépenses qui ne se reproduisent plus aujourd’hui.
Le retournement est suffisamment marqué pour pousser Ikea à prendre des décisions lourdes. Le groupe a annoncé des suppressions de postes et la fermeture d’un magasin près de Stockholm, une première depuis quarante ans. Et la perspective d’un redémarrage rapide paraît limitée : pour beaucoup de ménages, salons, cuisines ou bibliothèques achetés ces dernières années ont encore plusieurs années devant eux avant d’être remplacés.
Pouvoir d’achat et immobilier pèsent sur le meuble
À cet effet de rattrapage s’ajoute la question du pouvoir d’achat. Acheter un meuble implique souvent de se déplacer en périphérie des grandes villes, là où sont implantés les magasins Ikea. Avec le prix de l’essence, le coût du trajet devient un frein supplémentaire pour des ménages déjà contraints sur leur budget.
Autre facteur de ralentissement : la déprime du marché immobilier. Les transactions reculent fortement, de l’ordre de 14 à 18% depuis le début de l’année par rapport à 2022. Or, lorsqu’on déménage, on refait souvent une partie de sa décoration ou de son ameublement. Moins de changements de domicile, c’est aussi moins d’achats de meubles.
Ikea attaqué sur la décoration et poussé vers le e-commerce
Ikea doit aussi faire face à une concurrence qui ne vient pas seulement de son cœur de métier historique. Environ 40% de ses ventes concernent des articles de décoration : coussins, lampes, tapis ou chaises. Sur ce terrain, les discounters comme Action, Centrakor ou Foir’Fouille proposent souvent des prix plus bas.
Le groupe voit également monter la pression des plateformes chinoises comme Temu, Shein ou AliExpress. Dans ce contexte, Ikea veut développer davantage la vente en ligne. Le modèle est plus léger en personnel, les produits sont standardisés, et le distributeur espère ainsi élargir son terrain de jeu au-delà de ses grands magasins de périphérie.
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