C’est la conclusion prudente de l’Ordre des experts-comptables d’Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) lors de son dernier point de conjoncture. Le 1 % de hausse de CA à l’échelle régionale au 1er semestre 2026 par rapport à celui 2025 occulte une montée de l’inflation et de fortes disparités sectorielles. La Loire enregistre la 3e meilleure hausse régionale en avril, mai, juin avec + 2,3 % contre 1,6 % en moyenne sur celle second trimestre.

Pas moins de 16 000 TPE et PME en plus. Armé d’un échantillonnage renforcé, l’Ordre des experts-comptables Auvergne-Rhône-Alpes a présenté le 2 septembre l’évolution trimestrielle de l’activité des TPE-PME issue de son observatoire « Image PME« 1. « Un travail important permis de reconstituer ce panel tombé à 90 000 il y a quelques années avant de repasser à 100 000 et donc maintenant 116 000, indique Damien Cartel, président du conseil régional de l’Ordre. Il représente une part significative des 350 000 / 400 000 TPE PME de la région.»

Avec une année 2025 témoignant d’un indice de chiffre d’affaires (ICA) en recul sur ses quatre trimestres par rapport à 2024 (jusqu’à – 2 % au 2e), la hausse d’1 % du CA sur l’ensemble du 1er semestre 2026 par rapport au 1er semestre 2025 peut surprendre au regard d’un climat s’assombrissant. Cette hausse tend même à s’amplifier au 2e trimestre : + 1,6 %. Damien Cartel, sans bouder le positif du constat, s’empresse de relativiser : « Il faut parler d’une activité qui, globalement, résiste plus que d’une activité qui redémarre.» D’abord parce que l’inflation, elle aussi, repart, jouant mécaniquement sur l’ampleur des CA. Ensuite, parce que la canicule a dopé dès mai l’activité de certains, à commencer par les installateurs d’équipements thermiques et de climatisation (+ 6,6 % au 2e trimestre).

Chaque département plus ou moins en hausse

Cependant, la hausse du CA de la région au 2e trimestre est deux fois supérieure à celle nationale. Une « résistance » dauphine de France, la Normandie avançant au rythme de + 2,3 %, l’Ile-de-France étant « lanterne rouge » avec la seule moyenne du pays en repli (- 0,1 %). Le tableau est toutefois contrasté à l’échelle Auvergne-Rhône-Alpes même si chaque département a vu son CA progresser au 2e trimestre 2026 par rapport au 2e de 2025. Si l’Allier ne progresse que de 0,5 % alors que le Cantal s’en sort le mieux (+ 3,4 %), l’Ain est à + 2,9 %, suivi de la Haute-Savoie (+ 2,5 %), de la Drôme (+ 2,4 %), de la Loire (+ 2,3 %), du Puy-de-Dôme (+ 1,3 %), du Rhône, de la Savoie et de l’Ardèche (+1,2 %). La Haute-Loire progressant d’1 % et l’Isère de 0,9 %. Les disparités sont encore plus marquées dans les secteurs d’activité note Laurence Biboud, vice-présidente de l’Ordre.

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L’évolution du CA au 2e trimestre 2026 par département communiqué par le Croec.

Il y a les positifs comme les installateurs thermiques et de climatisation donc mais aussi les travaux d’installation électrique (+ 6,3 % et + 3,2 % sur ce 1er semestre). Sur la base de l’indice de CA, le bâtiment va d’ailleurs mieux qu’en 2025 : en témoignent la construction à +3,3 % (+ 1,8 % sur le semestre), les travaux de terrassement à 5,1 % (+ 0,9 % sur le S.1) ou encore la maçonnerie générale et gros œuvre : + 2,9 % (et + 1,7 % sur le S.1). En face, il y a les négatifs. Le commerce et la restauration en particulier : du moins sur tout le semestre pour ce qui est de la seule alimentation générale (-1,6 % ; 0 % au 2e trimestre) tandis que le commerce spécialisé d’articles de sport fait – 4,7 % (- 1,2 % sur 6 mois), l’hébergement / restauration – 3,7 % (- 4 % au S.1) et enfin, la restauration traditionnelle- 5,9 % (- 5,8 % sur le semestre).   

Vers une rechute pour le Bâtiment ?

Autres éléments qui appellent l’Ordre à la prudence : le recul des activités d’architecture (- 5,2 % au 2e trimestre ; – 3,7 % sur 6 mois) faisant craindre une prochaine rechute du Bâtiment. La construction vient, certes, de bénéficier selon la FFB d’une hausse de 42,6 % pour les mises en chantier de construction de logements neufs et de + 13,3 % des permis de construction (en glissement annuel sur trois mois à fin avril 2026). Mais, ajoute l’Ordre des experts-comptables, selon la Capeb, l’activité des entreprises artisanales du bâtiment de la région reste sous tension sur le 2e trimestre 2026 : trésorerie fragile, contraction des carnets de commande, difficultés de recrutement.

Enfin, tous secteurs confondus, Damien Cartel a annoncé un nombre de défaillances enregistré au 2e trimestre 2026 de 2 418 dans la région. Soit 27 % de plus qu’à la même période en 2025… « Nous sommes une bonne synthèse de ce qui se passe au niveau national, estime Damien Cartel. Le conjoncturel, l’inflation tempère la réalité de la situation des entreprises. Au niveau politique, il n’y a pas besoin de grands discours mais de donner, enfin, un horizon, de la stabilité, un cap clair et durable pour que les dirigeants sachent enfin comment agir.» Et non plus naviguer dans la tempête à vue.

1 Les données proviennent de la base de données Statexpert, construite à partir des télédéclarations sociales et fiscales réalisées par les experts-comptables pour le compte de leurs clients, les TPE-PME. Les données présentées ici sont issues des informations provenant des déclarations mensuelles et trimestrielles de TVA (EDI-TVA). Il s’agit du chiffre d’affaires (CA) déclaré par les entreprises sur les déclarations de TVA des périodes concernées.

Les entreprises dont le CA mensuel ou trimestriel dépasse 3 fois l’écart-type du CA mensuel ou trimestriel moyen des entreprises du même secteur d’activité (niveau 1 – sections) ont été écartées de l’analyse. Les entreprises réalisant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 50 M€ sont également écartées de l’échantillon analysé.

Un nouveau siège nommé « Le Chiffre »
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Le futur bâtiment du Chiffre à Lyon. Capture vidéo Archigroup

La Compagnie régionale des Commissaires aux Comptes (CRCC) Lyon-Riom et l’organisme de formation Ifaura faisaient déjà bâtiment commun avec le Conseil régional de l’Ordre des Experts-Comptables (Croec) au 51, rue Montgolfier (VIe arrondissement de Lyon). Ils feront toujours murs communs dans un nouveau siège, agrandi, refait à neuf sur place et mieux équipé. Le trio sera rejoint par l’association de gestion agréée Agaura qui n’en est pas à ses premiers locaux partagés avec les experts-comptables dans son histoire. Un écosystème bâti baptisé « Le Chiffre ». Facture énergétique et une dent creuse (toute une partie du bâtiment n’est que sur un niveau) ont poussé le quatuor, groupés dans une SIC dont le Croec sera majoritaire, à investir 12 M€ pour quasiment doubler un existant trop étroit au regard des activités. Soit passer de 2 200 à 4 200 m2.

3 M€ s’ajoutent en équipements. Le premier coup de pioche doit avoir lieu mi-septembre pour une livraison espérée d’ici la fin du printemps 2027. « L’appel d’offres a donné lieu à une belle bataille technique (c’est Archigroup qui conçoit le bâtiment, Ndlr). Il y a entre autres une nappe phréatique à gérer sous les lieux. Il y a aura plusieurs espaces de convivialité séparés, un étage consacré à la location extérieure, décrit Damien Cartel. Nous aurons une salle de conférences à 320 places contre 120 actuellement, ce qui correspondra à une promo de jeunes experts comptables stagiaires, prêts à y être accueillis comme notre AG. Comme nos partenaires, nous devons trop souvent aller à l’extérieur pour nos activités.»  

Facture électronique, J + 1

La réforme de la facturation électronique entre entreprises est entrée en vigueur le 1er septembre. A ce stade, les entreprises ont désormais l’obligation de recevoir des factures électroniques (e-invoicing), quelle que soit leur taille ; d’émettre des factures électroniques et de transmettre les données de transaction et de paiement à l’administration (e-reporting), pour les grandes entreprises et les ETI. L’émission pour les PME et TPE, et micro suivra au 1er septembre 2027.

« Ce sont 4 millions d’entreprises qui sont actuellement embarquées, les deux tiers des redevables de la TVA (et non les « assujettis ») même si 11 millions sont censées être connectées à une plateforme électronique. Le taux est de 75-80 % là où agit un expert-comptable, relève Damien Cartel. On va rentrer dans le dur, il y aura des problématiques mais on est lancé et il ne faut pas prendre la tolérance des 4 mois à venir sur les pénalités comme un report. L’accompagnement même ponctuel, pour ce sujet, d’un expert-comptable permet, ne serait-ce que de se voir conseiller les bonnes plateformes. Il était grand temps que la France s’y mette quand on sait que l’Allemagne, la Belgique sont passés avant nous, l’Italie depuis 2019/20, le Portugal depuis longtemps aussi. Des « couacs », ils en ont eu aussi.»

Matinale de l’entreprise

Evénement gratuit, dédié aux chefs d’entreprise, dirigeants et entrepreneurs, la « Matinale de l’entreprise » est co-organisée par l’Ordre des experts-comptables Aura, la Compagnie Régionale des Commissaires aux Comptes (CCR) Lyon-Riom et le Tribunal des activités économiques de Lyon. Cette matinée a lieu de 8 h à 14 h, à la Cité Internationale de Lyon. Elle a pour objectif d’apporter aux dirigeants des informations concrètes, des solutions et des contacts utiles pour les accompagner dans les différentes étapes de la vie de leur entreprise. Au travers d’ateliers thématiques et de temps d’échanges avec des experts et 19 partenaires institutionnels, les participants (450 à ce stade, il est encore possible de s’inscrire) pourront mieux anticiper leurs enjeux, sécuriser leurs décisions et identifier les dispositifs d’accompagnement existants.

Damien Cartel insiste sur les informations et contacts donnés autour de « l’anticipation et la prévention des difficultés », que l’on y soit actuellement confronté ou non. « Nous aurons, entre autres, la présence du président de la Région Fabrice Pannekoucke, de Jean-Michel Aulas et de Michel Vieira de la société MDA. Il interviendra sur le thème de la difficulté à laquelle sa société a été fortement confrontée durant le Covid. Il faut avoir le courage de reconnaître que l’on a une problématique le plus en amont possible, ne pas rester dans le déni, qui ne fait que tendre sa situation collective et personnelle.» Bref, cela ne doit pas être une honte, un tabou et faire face vite en se faisant accompagner, c’est le meilleur moyen de s’en sortir, insiste Damien Cartel, « surtout dans un pays qui a de ce côté-là les meilleurs dispositifs de protection ».