La visite éclair (huit heures) à Moscou, le 25 août, du chef de la CIA, John Radcliffe, n’annonce rien de bon. Elle devait rester secrète, elle ne l’a été que quelques heures. Quant à la précédente, en novembre 2021, elle s’était soldée par un échec retentissant. À l’époque, les services américains avaient réuni suffisamment d’éléments indiquant que l’armée russe préparait une action de force de grande envergure contre l’Ukraine. William Burns, le prédécesseur de Radcliffe et ancien ambassadeur à Moscou, avait tenté de dissuader Poutine. Avec le résultat que l’on sait : l’invasion commença trois mois plus tard, le 24 février 2022. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Des discussions gardées secrètes
Radcliffe est-il venu révéler à Poutine ce que ses propres services n’osent pas, sur l’état réel de l’économie et de la ligne de front, où l’espérance de vie d’un soldat russe ne dépasserait pas trente-cinq minutes, dans l’espoir de le convaincre de négocier dès à présent, version d’une partie de la presse américaine ? Ou bien, autre version, la CIA dispose-t-elle d’informations laissant craindre que Poutine, lassé de subir des frappes de drones et de missiles ukrainiens dans la profondeur de son territoire, serait sur le point de déclencher une escalade majeure du conflit ? En s’en prenant directement à un pays de l’Otan particulièrement impliqué dans la guerre : États baltes, Pologne, et même l’Angleterre et la France qui viennent d’annoncer le transfert à Kiev de technologies très sensibles, s’agissant du missile air-sol à longue portée Scalp-Storm Shadow ? Nous serions alors à la veille d’une troisième guerre mondiale, survenant comme en août 1914, à la suite d’un enchaînement funeste d’événements non maîtrisés, le Donbass et la Crimée étant nos Balkans d’aujourd’hui.
Ukraine, Iran : même impasse
En vérité, Trump et Poutine partagent la même impasse, incapables de s’extirper de guerres qu’ils ont déclenchées et qu’ils ne parviennent pas à gagner. Avec, pour ne rien arranger, des adversaires coriaces passés maîtres dans la stratégie de l’escalade, obtenant chacun l’internationalisation du conflit tout en portant des coups très durs à leurs assaillants. L’Ukraine a réussi à unir l’Europe entière derrière elle et à étendre la guerre très loin, ciblant les bases aériennes et navales jusqu’en mer d’Azov, paralysant la Crimée, détruisant les centres logistiques de l’“Amazon” russe et la moitié des raffineries du pays. Quant à l’Iran, ses missiles et drones ont dévasté les bases américaines, du QG de l’US Navy à Manama au Bahreïn jusqu’à la Jordanie, en passant par les bases en Irak et dans les monarchies arabes.