Le projet est né d’une frustration et d’un constat. “J’ai créé Medea l’année dernière, suite à pas mal de réflexions sur le développement documentaire. J’avais des discussions avec des productrices et des réalisatrices qui passaient des années en développement sur des projets qui ne voyaient jamais le jour. Quand tu regardes les statistiques, c’est assez frappant de voir à quel point on est vraiment minoritaires. Que ce soit en fiction, en documentaire, partout, en fait.”, explique Hannah. Avec Medea, sa volonté est simple : donner plus de place aux femmes à l’écran. L’idée n’est donc pas de créer un énième festival, mais de fabriquer ce qui manque souvent à ces œuvres une fois qu’elles existent : des rencontres, des réseaux et des occasions de circulation.
Tout commence par une simple story sur Instagram pour un appel à candidature suite à laquelle Hannah reçoit plus d’une centaine de profils très différents issus du cinéma, mais aussi de la mode, de l’art, du graphisme… “On sentait qu’il y avait une urgence de créer et une liberté de faire.” Pendant six mois, Hannah et son équipe se réunissent pour regarder les courts-métrages et faire leur sélection : “Pour notre première édition, il fallait que la ligne éditoriale soit très claire.” Finalement, en juin dernier, cinq réalisatrices ont pu présenter leurs films devant un parterre de professionnels du secteur – producteurs, programmateurs, distributeurs, journalistes – avec l’ambition de faire entrer ces œuvres, symboles du cinéma indépendant, dans des circuits professionnels dont elles restent encore largement absentes.

Sibyl, réalisé par la réalisatrice Justine Triet
© Everett CollectionDe Varda à la nouvelle garde : la liberté de regard en héritage
Difficile de ne pas penser à Agnès Varda lorsqu’il est question de cinéma fabriqué hors cadres. Sa fille, Rosalie Varda, marraine de cette première édition, inscrit d’ailleurs Medea dans cette filiation d’un cinéma libre, capable d’inventer ses propres moyens de production. La référence n’est pas qu’historique : elle rappelle qu’un film indépendant peut aussi être un film qui invente sa propre économie, son propre langage et, surtout, sa propre manière d’exister. Cette liberté fait écho à une génération de réalisatrices françaises désormais mieux identifiées, d’Alice Diop à Justine Triet, qui ont contribué à déplacer les frontières entre cinéma d’auteur, documentaire et production indépendante. Mais derrière ces noms devenus incontournables se dessine une constellation plus confidentielle de cinéastes, encore à découvrir, qui travaillent depuis d’autres territoires et avec d’autres moyens.
Moins dans l’idée d’un “cinéma de femmes”, ces réalisatrices ne demandent pas nécessairement la permission d’entrer dans le système, comme le confie Hannah, bien au contraire. Elles tournent, montent, produisent puis cherchent les endroits où leurs films pourront être vus : “on veut cesser ce tabou autour de l’autoproduction documentaire, montrer que ces films comptent”, conclut-t-elle dans un sourire. Pour la suite, Medea s’apprête à lancer sa deuxième saison à travers un appel à projets destiné aux réalisatrices de tous les pays européens. Le message est lancé.