Posted On 3 septembre 2026

Depuis 4 ans, mairie et « intercollectif des écoles occupées » avançaient main dans la main pour loger des familles sans abri dans les écoles. L’idylle semble terminée puisque une centaine de militants sont venus manifester le 31 août sur le parvis de l’hôtel de ville, dénonçant une menace de plainte en cas de nouvelles occupations. « On ne sait pas si c’est une volonté d’aller contre nous, ou si c’est juste une maladresse », s’interroge Laure Bonnel, du collectif RESF : la question a vite été répondue puisque la municipalité a aussitôt fait machine arrière.

UNE MENACE DE PLAINTE AUSSITÔT ÉDULCORÉE

Le début de ce sketch commence lors d’une réunion de juillet, où l’intercollectif découvre un ton inédit : « ils nous ont menacés de porter plainte si les occupations d’écoles devaient continuer », relate Laure Bonnel. Sommée de s’expliquer après la mobilisation du 31 août, la municipalité recule aussitôt : la plainte ne viserait ni les familles ni le collectif, mais « un acte considéré comme très administratif » pour une question d’assurance. Comme le résume le groupe d’opposition Réconcilier Grenoble, « menace de plainte brandie, puis aussitôt édulcorée » : Laurence Ruffin ne sait plus sur quel pied danser.

Les collectifs militants qui ont fait élire Ruffin se rebiffent…

L’AMORCE D’UN CHANGEMENT DE BRAQUET VITE ENTERRÉ 

Depuis la rentrée 2022, ce sont 130 familles et 330 enfants qui ont pris place dans les écoles grenobloises, faute de mieux, avec la tolérance implicite de la municipalité. Un partenariat de fait vole affaibli pendant l’été : mails de l’intercollectif restés sans réponse, serrures changées sans concertation, clés réclamées « de façon un peu virulente », selon Laure Bonnel. Au cœur de la torpeur estivale, la municipalité Ruffin semble changer de braquet… mais ça ne va pas durer longtemps. 

DÉNI, MINIMISATION, MAIN TENDUE : LE FLORILÈGE DU RECUL

Sous la pression de la mobilisation, la retraite s’organise en trois temps. D’abord le déni : la maire assure qu’« il n’y a pas eu de dépôt de plainte de la Ville ». Puis la minimisation, réduisant l’acte annoncé à une simple question « de responsabilité civile et d’assurance ». Enfin la main tendue, avec un long courrier des adjointes Léonie Marcoux et Chloé Pantel invitant, dès le 23 septembre, à « dépasser les oppositions entre acteurs et mettre en commun nos forces ». L’amorce de volontarisme n’aura pas duré longtemps : sous la pression militante, la municipalité se couche.

… tétanisée par la levée de boucliers de ses alliés, la municipalité se couche. Source Le Dauphiné Libéré.

OTAGE DE LFI : LA VRAIE RAISON DU BLOCAGE

Pourquoi une telle valse-hésitation ? Réconcilier Grenoble l’explique sans détour : « elle ne veut pas se mettre à dos LFI à qui elle doit son élection et qui fait son beurre électoral sur la misère des familles hébergées ». La preuve, textuelle : le président du groupe LFI Allan Brunon s’est engouffré dans la brèche aux côtés de l’intercollectif en dénonçant sur les réseaux des « menaces […] inacceptables ». Alors bien sûr la Maire qui rêve d’une union avec LFI a aussitôt fait machine arrière pour leur donner des gages.

9 FAMILLES TRANSFÉRÉES VERS UN CAMPING

Concrètement, pour cette rentrée 2026-2027, neuf familles jusque-là logées dans des écoles ont été transférées vers un camping, prises en charge « temporairement » par le CCAS. Leur avenir reste suspendu à la bonne volonté municipale : au 15 septembre, ce sera le grand flou. Voilà donc, très concrètement, ce que produit cette sorte d’entre-deux de la Ville : des enfants ballottés d’un hébergement de fortune à un autre, pendant que les services de la ville se planquent derrière des éléments de langage sur la « responsabilité civile ».

800 LOGEMENTS VIDES CHEZ ACTIS : LA PISTE TOUJOURS IGNORÉE

Il existe pourtant une piste simple pour cesser de laisser des familles occuper les écoles. Rien que chez ACTIS, bailleur social présidé par Michelle Daran, adjointe de Ruffin, 800 logements sont vides et inutilisés. Il suffirait d’une simple décision politique de la Maire avec son adjointe pour en faire quelque chose. Mais sur cette solution pourtant immédiatement mobilisable, c’est le silence complet, la majorité municipale préfère ne jamais évoquer ce qu’elle peut faire pour plutôt se défausser sur l’Etat ou faire miroiter de fausses solutions qui n’arrivent jamais.

LA BRIGADE DE RÉQUISITION, ENCORE UN COUP DE COMM’ SANS LENDEMAIN

En 2022 déjà, Éric Piolle promettait la réquisition des logements vacants ; il ne l’a jamais appliquée. En avril dernier, Laurence Ruffin annonçait à son tour, en grande pompe, la création d’une « brigade municipale de réquisition des logements vacants » pour les prochaines semaines. L’intercollectif rappelle que cette mesure faisait partie des priorités affichées pour les « 100 premiers jours ». Résultat, 5 mois plus tard : zéro logement réquisitionné, et une brigade dont plus personne ne parle à la mairie. Ruffin pense que faire des annonces se suffit et qu’il n’est pas obligatoire qu’elles soient suivies d’effets.

UNE MAIRE SANS BOUSSOLE, PRISONNIÈRE DE SES CONTRADICTIONS

Ce naufrage n’est que le dernier épisode d’un mandat marqué du sceau de l’indécision chronique. En août, Laurence Ruffin se disait pourtant « très fière » du chemin parcouru en cent jours (un bilan promis dès juillet, jamais tenu, finalement bâclé en une vidéo sur les réseaux sociaux qui montre qu’elle n’a rien fait !). Sur les écoles occupées comme sur son propre calendrier, c’est la même impuissance à assumer une ligne claire, le même art de multiplier les formules creuses pour masquer une absence totale de décision.

LA NAVIGATION À VUE, NOUVELLE CARACTÉRISTIQUE MUNICIPALE

Voilà donc le fond de l’affaire : une maire ballotée par les événements, incapable de trancher, qui laisse la pression de ses alliés dicter des choix qu’elle n’assume jamais jusqu’au bout. Cette navigation à vue est en réalité le seul changement du mandat Ruffin par rapport à celui de Piolle. L’ancien Maire savait au moins ce qu’il faisait, Ruffin tangue comme un bateau ivre. Et pendant que la mairie tergiverse entre plainte et « acte administratif », que des logements dorment vides et que des enfants changent d’hébergement au gré des communiqués, rien ne change à Grenoble.