Par

Océane LALOUM

Publié le

3 sept. 2026 à 20h04

Des jeux d’enfants, des tableaux et des affiches consacrées aux femmes. Dans les locaux montpelliérains de l’Amicale du Nid, l’atmosphère paraît calme. Pourtant, chaque jour, les professionnelles accueillent des personnes confrontées à la prostitution, à l’exploitation sexuelle, aux violences et à une grande précarité.

Et pour cause, L’Amicale du Nid est une association qui accompagne les personnes en situation de prostitution ou qui en sont sorties, en leur proposant notamment un accompagnement social, juridique, psychologique et un accès à l’hébergement : « Le principal, c’est de proposer une alternative à la prostitution, si et quand les personnes le souhaitent », précise une éducatrice spécialisée. L’association ne conditionne donc pas son aide à l’arrêt de la prostitution : « On n’est pas du tout là pour dire aux gens ce qui est bien ou pas bien ou pour leur imposer un regard idéologique ou politique sur l’activité », souligne cette salariée de l’association.

Un accompagnement sur le temps long

L’équipe intervient du lundi au vendredi, sur rendez-vous, tout en restant disponible pour les personnes qui se présentent spontanément. L’accompagnement est global et peut concerner l’hébergement d’urgence, l’accès aux aides, les démarches liées au droit au séjour, les demandes d’asile, les plaintes ou encore l’accès aux soins.

Parmi les personnes accompagnées, une majorité de femmes étrangères, mais l’association reçoit également des personnes transidentitaires. Le principe repose sur la libre adhésion et sur un accompagnement qui peut durer plusieurs années : « On essaie d’être attentive au rythme des personnes », indique l’éducatrice spécialisée. Une approche qui permet de prendre en compte les ruptures dans les parcours et les difficultés rencontrées au fil du temps.

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Présence sur le terrain

À Montpellier et dans les communes voisines, l’accompagnement ne s’arrête pas aux portes de l’association. Les équipes organisent des tournées de rue la nuit pour aller à la rencontre des personnes en situation de prostitution. En binôme, à bord d’une voiture, les professionnelles distribuent notamment des boissons chaudes, des biscuits, des préservatifs et du lubrifiant. Au-delà de cette aide matérielle, ces sorties permettent surtout d’établir un premier contact, de prévenir les risques et, lorsque cela est possible, de créer progressivement un lien. Certaines sont connues depuis plusieurs années, tandis que d’autres sont rencontrées pour la première fois.

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Ces rencontres se font toutefois avec prudence. Les professionnelles restent attentives à l’environnement dans lequel elles interviennent afin de ne pas exposer davantage les personnes rencontrées. Une voiture qui reste à proximité, des appels téléphoniques répétés ou une personne qui semble surveillée peuvent conduire l’équipe à écourter l’échange : « Il y a quand même cette vigilance à ce que notre présence ne les mette pas en danger », souligne-t-elle. Le contact peut alors se limiter à quelques mots ou à la remise d’un flyer, laissant la possibilité de reprendre contact ultérieurement.

Pour certaines personnes, le chemin jusqu’à l’association peut prendre plusieurs années. Le premier échange ne signifie donc pas nécessairement le début immédiat d’un accompagnement : « On a des personnes qui ont mis 10 ans à venir ici », témoigne une éducatrice spécialisée. Cette temporalité fait partie du travail de terrain, où le lien se construit progressivement. L’association mène également une veille numérique sur des sites de prostitution et d’escorting, afin de contacter les personnes et de leur présenter les possibilités d’accompagnement.

Des parcours marqués par l’emprise et la précarité

Derrière chaque situation, les professionnelles décrivent des parcours où plusieurs difficultés peuvent se cumuler. Précarité, violences, emprise, addictions, problèmes administratifs ou encore absence de logement peuvent rendre la sortie de la prostitution particulièrement complexe. Pour certaines personnes étrangères, la prostitution peut être liée à une dette imposée par un réseau ou à une promesse de travail, d’études ou d’une vie meilleure.

D’autres restent confrontées à l’emprise ou à la peur des représailles. Les relations affectives peuvent également peser dans certains parcours. Une éducatrice spécialisée observe notamment que le conjoint peut parfois être à l’origine de cette entrée dans la prostitution : « Par amour, par rapport à leurs copains. Ça arrive que ce soient eux qui les poussent à la prostitution ».

Aide psychologique

À ces difficultés s’ajoutent les conséquences psychologiques des violences vécues. L’intervention d’une psychologue de l’association trouve alors tout son sens. Cette dernière évoque notamment les traumatismes, les difficultés à se repérer dans le temps ou dans l’espace et les réminiscences liées aux violences : « Parler des violences vécues, c’est difficile, ça provoque des réminiscences traumatiques », explique-t-elle. Dans ces conditions, le travail psychologique, axé sur les traumatismes ne peut pas toujours commencer immédiatement. Les préoccupations liées au logement, au séjour, aux ressources ou aux démarches administratives peuvent d’abord occuper une place centrale : « Le fait d’être en difficulté dans les demandes d’asile, d’obtention de titres, d’obtention d’un logement, de l’emploi… Ça prend beaucoup de place », souligne la psychologue.

Face à cette accumulation de difficultés, les professionnelles avancent au rythme de chaque parcours. La confiance se construit progressivement, en laissant à chacune la possibilité de parler de son vécu lorsqu’elles se sentent prêtes. Cette approche permet de ne pas réduire les personnes accompagnées à leur situation et de prendre en compte l’ensemble des difficultés auxquelles elles sont confrontées.

Reprendre le contrôle de sa vie

Pour les professionnelles de l’association, l’accompagnement repose d’abord sur un objectif essentiel, permettre à chaque personne de reprendre progressivement le contrôle de sa vie.

Pour cela, l’association participe également au parcours de sortie de prostitution prévu par la loi de 2016, avec un accompagnement pouvant aller jusqu’à 24 mois. Pour les personnes étrangères, les difficultés liées à l’emploi et à l’obtention ou au maintien d’un titre de séjour peuvent toutefois compliquer ce parcours.

Beaucoup de demandes

Cette approche fondée sur le temps et la confiance se heurte aussi aux capacités limitées de l’association face au nombre de demandes : « Là, aujourd’hui, on fonctionne avec une liste d’attente, on a beaucoup plus de demandes que de possibilités d’accompagnement », constate l’éducatrice spécialisée.

Sur le terrain comme dans les locaux, l’Amicale du Nid ne perd pas espoir et cherche avant tout à maintenir un lien avec les personnes confrontées à la prostitution. Car avant de parler de sortie, il faut parfois simplement pouvoir être écouté, accompagné et savoir qu’une porte reste ouverte.

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