De nombreux pays européens font état de récentes cyberattaques russes et annoncent avoir travaillé sur leurs systèmes de défense en ligne. Espionnage, demande de rançon, attaque d’entités étatiques… La Russie menace l’ensemble des systèmes informatiques du continent.
Une menace plane. Au Danemark, en Allemagne ou encore au Royaume-Uni, des attaques de hackers russes ont entraîné des mesures exceptionnelles pour renforcer la défense en ligne et limiter les actions de sabotage et d’espionnage.
Ce jeudi 3 septembre, les services de renseignement danois ont publié un communiqué dans lequel ils affirment que la Russie prépare «activement» des actions de sabotage contre le pays nordique, visant plus précisément son industrie de défense.
Les Danois détaillent une méthode russe inquiètante
Copenhague pense même avoir identifié la méthode d’action des Russes : ils recrutent des «Danois ordinaires» sur les réseaux sociaux pour prendre des photos qui peuvent servir à la planification d’actions de sabotage. Au quotidien danois Berlingske, Emil Graesholm, le chef du contre-espionnage auprès du PET, a confié révéler les méthodes utilisées «car elles n’ont pas besoin de ressembler à un film d’espionnage».
Le PET appelle donc «l’ensemble de l’industrie de la défense» à prendre «les mesures de sécurité nécessaires afin de pouvoir se protéger elle-même». «Beaucoup d’acteurs du secteur sont d’ailleurs déjà pleinement engagés dans cette démarche», a toutefois écrit le service de renseignement.
Voisin du pays scandinave, l’Allemagne est également touchée par ce fléau. Il y a plusieurs jours, le 28 août dernier, le maire de la capitale, Berlin, a tenu une conférence de presse lors de laquelle il a affirmé que la ville était «victime de chantage» de la part de pirates informatiques russes.
Le maire de Berlin, Kai Wegner, s’est exprimé à l’occasion d’une conférence de presse sur la cyberdéfense tenue le 28 août dernier © REUTERS / Maryam Majd
Ceux-ci ont même réussi à compromettre les systèmes de sécurité de la ville avant de demander une rançon, que Der Spiegel a évalué à 30 bitcoins, soit 2 millions d’euros. A cette occasion, certains systèmes informatiques de la ville ont dû être fermés. Les enquêteurs cherchent encore à comprendre quelles informations ont été dérobées à la ville.
Le groupe Rhysida, déjà connu pour avoir réalisé une attaque contre le British Museum, a revendiqué ce vol de données et a même annoncé sur son site lancer une mise aux enchères des 5,79 téraoctets de données qu’il a tirés de cette opération clandestine.
L’Allemagne et le Royaume-Uni veulent mieux se protéger
Le maire de la ville a expliqué que les services de sécurité fédéraux travaillaient «avec la plus grande urgence» sur l’incident, ajoutant que les enquêtes «sont menées avec une grande intensité». A noter que cette affaire intervient seulement un mois avant les élections municipales, même si la sénatrice Iris Spranger a souligné que l’infrastructure électorale n’avait pas été touchée.
Concerné par plusieurs attaques similaires au cours des mois précédents, le Royaume-Uni a, de son côté, décidé d’agir. Les responsables du Palais de Buckingham ont ainsi dédié une partie importante de la subvention souveraine annuelle qui leur est conférée à la cybersécurité.
Les systèmes seront donc mis à niveau, après que ceux-ci aient été jugés «vieillissants», comme le rapporte The i. «Ce nouveau niveau de subvention permettra à la Maison royale de continuer à résorber le retard accumulé en matière d’entretien des propriétés, après plusieurs années de restrictions budgétaires dues à la pandémie», a confirmé Dan Tomlinson, le ministre britannique des Finances.
Le Royaume-Uni veut notamment tirer les enseignements de l’attaque ayant ciblé le site web de la famille royale, compromis en octobre 2023. Celui-ci avait été rendu inaccessible pendant plus d’une heure.
Quid de la France ?
La France, elle, a affirmé cet été avoir compté plusieurs dizaines d’attaques menées par la Russie à l’encontre d’«entités françaises», par l’intermédiaire de l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information).
L’autorité nationale en matière de cybersécurité et de cyberdéfense a précisé que ces offensives russes ont été effectuées «au moyen du mode opératoire d’attaque (MOA) Turla, opéré par le 16e Centre du Service fédéral de sécurité de la fédération de Russie (FSB)». Elle précise que «les intérêts stratégiques, diplomatiques et économiques français sont visés» depuis 2010.
La Russie opère en ciblant à la fois «des victimes finales compromises à des fins d’espionnage» mais aussi «des victimes intermédiaires, issues de secteurs variés, dont les systèmes d’information sont compromis de manière opportuniste afin d’être intégrés en tant que relais dans les infrastructures malveillantes».
En 2017, le ministère des Armées avait ainsi été touché, tout comme le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères à l’ambassade de France à Moscou en 2018, ou encore une entité du secteur de la justice hébergeant un service au bénéfice de la formation continue de personnels en 2019. Mais l’attaque la plus récente est celle du système d’information d’une entité travaillant sur des technologies avancées, en 2025.