Par

Inès Cussac

Publié le

4 sept. 2026 à 7h02

L’effondrement des planchers d’un immeuble dans le quartier de Noailles à Marseille ravive encore les souvenirs traumatiques. Ce violent accident, survenu dans la soirée du 18 juin 2026 au 3 place Halle-Delacroix, n’avait fait aucune victime sur le moment. L’immeuble était vide mais plusieurs personnes se trouvaient dans la rue quand un amas de fumée et un bruit sourd ont soufflé sur le quartier. Quatre passants ont été envoyés aux urgences de la Timone après avoir inhalé des particules. L’un d’entre eux est décédé début août. Auprès d’actu Marseille, sa fille se confie sur le drame qui s’est abattu sur la famille.

Mi-août, le Collectif du 5 novembre a déploré le décès de l’un des passants évacués après l’accident, Mohamed El Khalfioui. « Le 18 juin, mon père prenait son café sur la terrasse en bas de l’immeuble qui s’est effondré. Le 19, il était fatigué. Le 20, il toussait et le 28, il était hospitalisé », témoigne Nadia El Khalfioui, la fille de la victime de 77 ans décédée le 9 août. « Il n’a jamais eu de problème pulmonaire de toute sa vie. Ni Covid-19, ni grippe. Il n’était jamais essoufflé. »

L’ARS sommée d’enquêter

Depuis l’écroulement de deux immeubles de la rue d’Aubagne en 2018, dont le procès en appel se tiendra début novembre, le Collectif du 5 novembre milite contre l’habitat indigne à Marseille. « Ce décès nous rappelle ce que cet événement a été : un drame du mal-logement, un de plus qui a touché notre quartier », dénoncent les membres de l’association dans un communiqué. Ils demandent par ailleurs des comptes à la SPLA-IN [Société publique locale d’aménagement d’intérêt national] et relèvent des « défaillances de prise en charge des personnes présentes sur place ».

Cliquez ici pour visualiser le contenu

« Nous attendons que toute la lumière soit faite sur les causes de cet effondrement, qui est loin de n’être qu’un simple accident de travaux […]. Nous renouvelons notre exigence que l’ensemble des expertises et autres documents utiles soient rendus publics particulièrement quant aux poussières de l’effondrement et aux opérations de désamiantage. »

Le collectif, aux côtés de la famille du défunt et de plusieurs habitants, prépare une saisine de l’Agence régionale de santé (ARS) pour demander une enquête sur le décès de Mohamed El Khalfioui et sur l’existence d’éventuelles autres victimes. « Je veux savoir ce qu’il y avait dans cette poussière. Pourquoi les ouvriers avaient été évacués dans l’après-midi sans que des mesures de protection soient mises en place pour les habitants ? J’attends que la mairie et la SPLA-IN reconnaissent qu’il y a eu un manquement », liste Nadia El Khalfioui.

« Ce mépris est intolérable »

Dans la soirée du drame, le maire de Marseille Benoît Payan avait publié un message sur X pour rassurer les foules : « À cette heure, seules quatre personnes ont été incommodées par la poussière. » De quoi faire rougir de colère Nadia El Khalfioui. « Comment ose-t-il dire ‘incommoder’ par la poussière ? Ce n’est pas du tout adéquat comme terme. On est incommodé par de la musique ou par de la lumière mais pas par un effondrement […]. Ce mépris est intolérable. Je n’ai pas perdu mon chat, j’ai perdu mon père ! »

En plus de l’infection pulmonaire à répétition qui a touché Mohamed El Khalfioui, celui-ci a souffert d’un trouble de stress post-traumatique lié à l’accident. « Mon père était traumatisé de ce qui lui était arrivé. Il n’avait même pas reçu le soutien d’une cellule psychologique ou d’un numéro vert à contacter. »

« On a failli dans cette opération »

« Après la prise en charge par les marins-pompiers, l’hôpital nous a dit que les personnes étaient sorties sans complication. Nous en étions restés là », indique Audrey Gatian, présidente de la SPLA-IN et adjointe à l’urbanisme. Elle précise « qu’à ce stade, aucun élément ne lie le décès à l’effondrement. »

La SPLA-IN avait été créée au lendemain des écroulements de la rue d’Aubagne, où huit personnes avaient trouvé la mort. Détenue par la métropole (59 %), l’État (35 %) et la Ville de Marseille (6 %), elle a pour mission de rénover l’habitat dégradé du territoire. Soit 182 bâtiments dégradés. Ce travail vise en outre quatre îlots prioritaires d’interventions, représentant près de 450 immeubles.

« Un travail excessivement délicat », selon le directeur de la société publique, Fanck Caro auprès du Monde. « Nous savions que cet immeuble était emblématique en termes de difficultés […]. On a failli dans cette opération. On pensait avoir pris toutes les précautions nécessaires. » Selon le journal qui a pu consulter les attestations d’expert, la partie écroulée avait été désamiantée en amont.

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.