Cela faisait quelques jours qu’il rôdait aux abords de cet immeuble de la rue de Lichtenberg, dans la cité-jardin du Neuhof, à Strasbourg. La veille des faits, le 13 mai 2024, il dit à une voisine : « Ça va mal tourner. J’en ai plus rien à foutre. » Le mardi, une autre voisine le voit traîner dès 10 h 30. Puis, le fils de son ex, 17 ans, voit sa camionnette vers 11 h 30. Une dernière voisine aperçoit le mis en cause partir du jardin peu avant midi. Juste après, un cabanon de jardin est en feu  ; les flammes lèchent la façade ; la fumée pénètre dans les logements ; les fenêtres se fendillent sous l’effet de la chaleur. Il n’y a miraculeusement aucune victime. Mais une famille, sur les six touchées, doit être relogée.

« J’ai vrillé. J’ai fait une bêtise »

« À un moment donné, j’ai vrillé. J’ai fait une bêtise », explique-t-il à la barre, répétant une dizaine de fois le mot bêtise, étant repris une dizaine de fois par la présidente Isabelle Karolak puis par M e Nicolas Clausmann, son conseil. Il vivait mal sa séparation avec celle qui a partagé sa vie pendant 17 ans et qui l’a accueilli pendant quatre ans , après qu’il eut perdu son logement. Ensemble, ils ont rebâti ce cabanon de jardin qui avait déjà brûlé. Ils y ont fait des fêtes entre amis, en famille. Elle a appris qu’il avait une liaison. Mis face aux faits, il a fait une tentative de suicide. Elle en a eu assez et lui a dit de s’en aller.

« J’avais la rage. Pas contre elle. Surtout contre moi. »

« Je suis parti avec rien du tout. J’avais la rage. Pas contre elle. Surtout contre moi. » Ce cabanon qu’il incendie représente « tout » pour lui. Il a aussi énormément de rancœur envers elle car elle aurait gardé son argent, oubliant au passage de dire que s’il versait ses salaires sur son compte à elle, c’est qu’il avait des dettes et était poursuivi par un huissier. « Je ne pensais pas que ça aurait ces conséquences. »

L’experte psychologue remarque qu’il n’exprime aucun regret pour les victimes. Un trait relevé par M e Fabrice Bigot en partie civile alors que « tout aurait pu finir en drame absolu ». « Il a agi par vengeance. Il voulait que ma cliente ne puisse plus profiter de ce dont il ne pourrait plus profiter. » Elle a perdu le sommeil, en capacité de concentration et culpabilise en croisant ses voisins.

« On est sur un acte prémédité sous le coup de la colère »

« On est sur un acte prémédité sous le coup de la colère », remarque la procureure Agnès Robine. Elle requiert 5 ans de prison dont un avec sursis probatoire, avec mandat de dépôt pour la partie ferme.

En défense, M e Clausmann veut montrer qu’il n’y a pas eu préméditation, « c’était juste une idée qui lui trottait dans la tête » qui a conduit à « un acte irréfléchi, un pétage de plombs plus qu’une réelle réflexion ». « C’est un homme qui était à bout à ce moment-là et qui se rend immédiatement compte qu’il est allé trop loin. » Face à des réquisitions sévères, il souligne l’âge, 64 ans aujourd’hui, et la mauvaise santé de son client. « Je suis désolé de ce que j’ai fait », affirme Michel Fendenheim.

Parti avant le délibéré, il n’entendra pas le prononcé de la peine : 4 ans dont 3 avec sursis, avec une partie ferme aménagée sous la forme d’un bracelet électronique. Il a interdiction de paraître rue de Lichtenberg pendant trois ans ainsi que de contact avec les victimes, auxquelles il devra verser 9 600 €.