Les clichés ont la peau dure et le thylacine en a fait les frais. L’animal a officiellement disparu depuis près d’un siècle, le dernier spécimen sauvage ayant été abattu par un fermier en 1930 et le dernier individu captif, Benjamin, étant décédé au zoo de Hobart (Tasmanie) en 1936, après de probables négligences. Longtemps, l’espèce, aussi appelée tigre de Tasmanie, a alimenté les contes et les légendes venant de ce petit État insulaire, où il était toujours présenté comme un prédateur redoutable, prêt à s’attaquer au bétail.
Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’université Flinders (Australie) explique que ce mammifère était toutefois bien différent de ce que décrivaient les colons et les naturalistes dès le XVIIe siècle.
Une ressemblance trompeuse avec d’autres carnivores
Parue lundi 31 août dans la revue Nature Communications, cette étude révèle que le tigre de Tasmanie avait une manière de chasser singulière. Elle ne ressemblait ni à celle du loup, ni à celle du tigre, ni à celle des autres grands carnivores. « Nos dernières découvertes sur ses adaptations alimentaires contredisent les mythes qui ont conduit le thylacine à l’extinction », explique la professeure et cheffe du projet, Vera Weisbecker.
« Les thylacines étaient souvent comparés à des prédateurs de l’hémisphère nord tels que les loups, les chacals et les renards, membres de la famille des canidés. C’est cette ressemblance qui leur a valu le nom d’espèce cynocephalus, qui signifie ‘tête de chien’, mais les thylacines étaient en réalité plus proches des kangourous que des chiens », poursuit la scientifique. Les ancêtres de ces marsupiaux se sont, en fait, séparés des autres mammifères bien avant l’extinction des dinosaures.
Une morsure vive et sans équivalent
En analysant plusieurs crânes de thylacines, Vera Weisbecker, Andrew Pask, Axel Newton et Douglass Rovinsky ont découvert qu’ils présentaient « une combinaison unique de caractéristiques », qui ne correspond à aucune adaptation connue chez les mammifères carnivores actuels. Le tigre de Tasmanie possédait une grande tête par rapport à sa taille, avec un museau long et fin. « Même si le thylacine moyen pesait moitié moins qu’un loup moyen, son crâne surdimensionné était presque aussi grand que celui d’un loup gris », souligne Douglass Rovinsky.
Mais son museau, à l’apparence délicate comme celui d’un renard, n’était pas aussi robuste que celui d’un loup gris ou de quelconque autre grand prédateur. Cette étrange anatomie lui servait probablement à capturer des proies de petite ou moyenne taille, comme les bandicoots (ou péramélidés), d’une morsure puissante et rapide. « Plus une mâchoire est longue, plus son extrémité se déplace rapidement lorsqu’un animal mord. Cela accroît l’impact du coup », ajoute Vera Weisbecker. La taille imposante de son crâne lui aurait alors permis de supporter la force produite par ces coups de mâchoire.
Les conclusions du rapport rendent d’autant plus triste la fin connue par cette espèce, massivement chassée jusqu’à être rayée de la Terre. « Les thylacines ont été chassés en raison de mythes les dépeignant comme des prédateurs féroces pour le bétail, alors qu’il existait peu de preuves à l’appui de ces affirmations. Leur extinction est le fruit de l’ignorance et d’un manque de respect pour la faune unique de l’Australie », regrette amèrement l’équipe de recherche.