Cyberattaques, incendies d’usine, sabotages, flotte fantôme… Moscou multiplie les attaques clandestines en Europe depuis 2022, explique vendredi dans Tout un monde la politologue allemande Ulrike Franke. Selon cette spécialiste de la défense, le Kremlin joue sur le refus des Européens d’engager pour de bon les hostilités.
Le ton est monté d’un cran cette semaine. Deux ministres allemands ont accusé mardi la Russie d’être à l’origine de l’affaire du drone chargé d’explosifs qui avait perturbé début août l’aéroport de Leipzig. Le ministère russe des Affaires étrangères a répliqué en annonçant la fermeture des antennes de l’Institut Goethe sur son territoire.
« Nous sommes toujours dans une situation de guerre hybride, dans la mesure où ce ne sont pas des chars ou de l’artillerie qui nous visent », observe Ulrike Franke. « Mais de plus en plus d’attaques russes peuvent vraiment faire des dégâts. La tentative d’attentat à Leipzig aurait pu provoquer une grande explosion, aux conséquences importantes », analyse l’experte des questions de sécurité en Europe.
>> L’interview d’Ulrike Franke dans Tout un monde : Attaques hybrides: l’Europe est-elle déjà en guerre avec la Russie? Avec Ulrike Franke / Tout un monde / 8 min. / aujourd’hui à 08:12 Peu de moyens de faire pression
Les Européens répondent par des méthodes bien moins clandestines que celles de la Russie. Ils privilégient avant tout les mots: leurs chancelleries rappellent Moscou à l’ordre en convoquant ses ambassadeurs. Après l’épisode de Leipzig, l’Allemagne est allée un peu plus loin, en fermant le dernier consulat russe sur son territoire.
Il faudrait plus de systèmes de détection pour combattre les drones, afin que la Russie se rende compte que cela ne vaut plus le coup de les envoyer
Ulrike Franke, politologue
La riposte se fait aussi sur le plan économique. Les membres de l’Union européenne brandissent la menace d’un 22e paquet de sanctions. Les 27 débattent également depuis longtemps de l’utilisation des avoirs russes gelés pour aider l’Ukraine, sans avoir trouvé un terrain d’entente jusqu’à présent.
« Ils n’ont pas énormément de moyens de faire pression sur la Russie, parce qu’ils ne veulent pas d’escalade militaire », relève la spécialiste. « C’est l’avantage de la guerre hybride. La Russie sait qu’elle ne gagnera pas une vraie guerre militaire contre l’Otan et n’en déclenche donc pas. »
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Muscler la réponse afin d’envoyer un message
Selon Ulrike Franke, les pays européens doivent réagir davantage et faire échouer les attaques hybrides afin d’envoyer un signal au Kremlin. Elle prend l’exemple des survols de drones: « Souvent, on ne se rend pas compte de leur présence ou on n’arrive pas à s’en défendre. Il faudrait plus de systèmes de détection pour les combattre, afin que la Russie se rende compte que cela ne vaut plus le coup de les envoyer. »
Certains experts estiment que la Russie pourrait tenter une attaque armée d’ampleur limitée, par exemple en envahissant partiellement l’un de ses voisins baltes. Ces observateurs pensent que, dans ce cas-là, l’Otan ne partirait pas en guerre pour sauver un bout de territoire.
>> L’épisode de Géopolitis dédié à la guerre hybride :
Guerre hybride, l’Europe menacée / Geopolitis / 26 min. / le 19 octobre 2025
Ulrike Franke juge, elle aussi, ce scénario probable. À ses yeux, si cette éventualité devient réalité, il faudra rappeler à Moscou qu’il y a des lignes rouges à ne pas franchir. Car si les principes de la défense mutuelle ne sont pas respectés, l’alliance est caduque.
Mais dans les faits, les Européens n’ont aucune envie de prendre les armes. « La Russie joue sur cette aversion à la guerre », souligne la politologue.
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Texte web: Antoine Michel
Ulrike Franke, politologue