Le leader de Reform UK, Nigel Farage, aux côtés du président du Rassemblement National, Jordan Bardella.

Le leader de Reform UK, Nigel Farage, aux côtés du président du Rassemblement National, Jordan Bardella. PAUL ELLIS / AFP

La carte postale devait être parfaite : un congrès du parti d’extrême droite britannique Reform UK de Nigel Farage, à Birmingham, avec en invité d’honneur le président du Rassemblement national, Jordan Bardella. Mais pour le parti anti-immigration britannique la fête a rapidement pris des airs de naufrage ce vendredi 4 septembre. En cause, la diffusion, la veille, d’un reportage compromettant sur la chaîne Channel 4, montrant un proche collaborateur de Nigel Farage proposer de contourner la loi.

Les retombées ont été immédiates et ont conduit à la démission vendredi matin de deux responsables du parti et à l’ouverture d’une enquête interne, a indiqué un porte-parole de Reform UK.

Des images compromettantes en caméra cachée

Filmé en caméra cachée, le document dévoile des images d’un proche collaborateur de Nigel Farage, Dan Jukes, suggérer un moyen de contourner la loi électorale pour obtenir un don pour le parti de 500 000 livres sterling – soit près de 600 000 euros – de la part d’un citoyen américain. Or seuls les électeurs britanniques sont autorisés à faire de telles donations.

Les deux responsables démissionnaires, Dan Jukes et James Orr, sont aussi accusés d’avoir enfreint les règles électorales en faisant financer un sondage par une société étrangère.

Un coup de massue de plus pour Nigel Farage

L’affaire fait évidemment les gros titres de la presse britannique et a entaché tout le raout prévu ce vendredi à Birmingham, dont les points d’orgue étaient évidemment les discours de Jordan Bardella et Nigel Farage.

Lors d’une conférence de presse où les questions ont fusé sur ces accusations, le leader britannique a de nouveau assuré que le parti n’avait « rien fait de mal » ni reçu « aucun argent d’origine douteuse », accusant au passage l’enquête journalistique d’avoir été réalisée par « des activistes d’extrême gauche ». Interrogé sur le scandale en question, Jordan Bardella a lui évoqué un « écran de fumée » assurant que cela ne changerait rien à la collaboration entre Reform UK et le Rassemblement national.

Nigel Farage et son collaborateur Dan Jukes dans le centre de Londres, en avril dernier.

Nigel Farage et son collaborateur Dan Jukes dans le centre de Londres, en avril dernier. HENRY NICHOLLS / AFP

Cette nouvelle affaire intervient pourtant après un été difficile pour le champion du Brexit déjà accusé d’avoir accepté des dons illicites. Nigel Farage, 62 ans, est en effet visé par une enquête parlementaire portant sur un don de cinq millions de livres (5,7 millions d’euros), reçu d’un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection comme député en 2024.

Reform UK fait aussi l’objet d’une enquête policière sur son financement. Nigel Farage a affirmé tout l’été être attaqué par « le système ». Il a, en juillet, remis en jeu son siège de député dans sa circonscription de Clacton, dans le sud-est de l’Angleterre, où il a été réélu largement, mais à l’issue d’un scrutin boycotté par tous les partis et où son principal adversaire était un candidat fantaisiste, le « Comte Tête-de-Poubelle » (« Count Binface »).

A la peine dans les sondages

Pendant un an et demi, Reform UK a dominé les sondages. Le parti a remporté de nombreux sièges en mai lors d’élections locales, qui ont précipité la chute du Premier ministre travailliste, Keir Starmer. De quoi faire dire à Nigel Farage qu’il est capable d’entrer à Downing Street lors des prochaines législatives prévues en 2029. Mais les révélations sur le don de cinq millions et l’ouverture d’une enquête parlementaire – relancée depuis la réélection de Nigel Farage à Clacton – ont freiné cette dynamique.

Le Labour est repassé en tête des sondages, avec 26 % des intentions de vote contre 22 % pour Reform, selon la dernière enquête de l’institut More In Common. Plus de deux tiers des Britanniques jugent que Nigel Farage n’est pas prêt à devenir Premier ministre, selon une récente étude Ipsos.