Par
Paul De Roo
Publié le
4 sept. 2026 à 15h56
Née à Toulon dans le Var, Évelyne Maushart y a passé toute sa vie. À 40 ans, alors qu’elle travaille et élève ses enfants, elle décide pourtant de reprendre ses études. Une trentaine d’années plus tard, l’historienne a publié 25 livres consacrés à Toulon et à son histoire.
Son parcours aurait pourtant pu prendre une tout autre direction. Enfant, elle « détestait » l’histoire. Plus tard, elle envisage même d’étudier la psychologie, mais les contraintes liées aux études par correspondance la conduisent finalement vers l’Histoire.
« Je me suis finalement intéressée à l’Histoire, je lisais beaucoup de romans, je faisais des tableaux avec les personnalités, les dates, etc. Puis, chez les mêmes auteurs, je trouvais des incohérences d’un livre à l’autre sur les dates. Je me suis dit : mais comment ça se fait ? »
À 40 ans, elle entre donc à l’université. Sans baccalauréat, mais avec un BTS et vingt années passées au ministère de l’Environnement, elle peut s’inscrire grâce à la validation des acquis et de l’expérience (VAE). « J’aurais pu rentrer en deuxième année, mais comme je ne connaissais rien à l’histoire, j’ai préféré commencer à zéro. »
Une thèse de 700 pages sur Toulon
L’histoire devient rapidement une passion. Sa thèse porte sur la vie culturelle à Toulon entre le début de la IIIe République et 1914.
Quatre années de recherches et un travail de 700 pages plus tard, Évelyne Maushart soutient finalement sa thèse. Elle obtient une mention très honorable, mais décide de mettre les recherches de côté : « Je ne pouvais plus voir les recherches en peinture. Donc j’ai laissé tomber. Puis, au bout d’un an, ça m’a manqué et c’est comme ça que l’idée m’est venue de publier un livre. »
Elle choisit alors de reprendre le travail réalisé pour sa thèse et de le rendre accessible sous une autre forme, notamment grâce aux images et aux cartes postales anciennes.
Son premier ouvrage, paru en 2012, est consacré à Toulon sous la IIIe République. Depuis, les publications se sont enchaînées. Elle revendique aujourd’hui 25 livres consacrés à Toulon et à son histoire.
Un travail d’archives
Pour mener ses recherches, l’historienne s’appuie avant tout sur les sources à sa disposition. Archives municipales, archives départementales et presse ancienne constituent une grande partie de son travail.
Pour ses ouvrages consacrés à Toulon pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a notamment étudié le Petit Var. « Je l’ai épluché tous les jours, du 3 septembre 1939 au 8 mai 1945. C’était un travail énorme, ça m’a pris six mois. »
Son travail lui permet d’ailleurs de remettre en question certaines idées reçues sur l’histoire de la ville. « C’est en travaillant dans les archives, dans les sources, la presse, les archives municipales, les archives départementales, que je me suis rendue compte que moi aussi j’avais des idées erronées. »
La vieille ville, « le cœur historique de Toulon »
Pour Évelyne Maushart, impossible de raconter l’histoire de Toulon sans commencer par sa vieille ville.
Le cœur historique s’étendait autrefois entre le cours Lafayette et la rue d’Alger. C’est dans ce secteur que se développe la première ville au 13e siècle, même si le site était déjà occupé auparavant.
« Quand les Romains sont arrivés, il y avait déjà un port avec une exploitation de pêche, de culture. Il y avait déjà des gens qui y habitaient. Ça n’a pas été créé ex nihilo via une population qui vient de l’extérieur, ça s’est fait petit à petit », précise-t-elle.
L’installation de l’arsenal sous Henri IV va ensuite profondément modifier la ville, avec l’arrivée de populations nécessaires à son fonctionnement et à la construction des navires.
Mais l’historienne refuse de réduire l’évolution de Toulon à une seule date marquante. « Il n’y a pas eu un événement particulier qui a transformé la ville. Ça s’est fait au jour le jour, en quelque sorte d’année en année. »
Elle s’intéresse aussi aux noms des rues
Parmi ses sujets de prédilection figurent les noms des rues de Toulon. Elle a notamment retracé les changements de dénomination des rues du centre-ville.
La rue Jean-Jaurès, par exemple, a changé 14 fois de nom au cours de son histoire. À l’inverse, la rue des Savonnières n’en a jamais changé « parce qu’il y avait les savonnières qui étaient installées à cet endroit-là. »
L’historienne s’intéresse également aux anciennes fortifications et aux transformations successives de la ville. Pour faire découvrir Toulon à quelqu’un qui ne la connaît pas, Évelyne Maushart conseille de commencer par parcourir la vieille ville, sur les traces des anciens remparts et fortifications, avec la cathédrale et les anciennes rues du centre.
« J’aurais aimé rencontrer Henri Dutasta »
S’il lui était possible de remonter le temps, Évelyne Maushart choisirait de rencontrer une personnalité en particulier : Henri Dutasta, maire de Toulon de 1878 à 1888.
Elle décrit un homme républicain et au caractère particulièrement marqué, dont elle a étudié le parcours pendant ses recherches sur la IIIe République. « C’est un homme avec un charisme extraordinaire, républicain jusqu’au bout des ongles. »
Hasard du calendrier, ce dernier est mort le 14 juillet 1889, le jour même où devait être inauguré le monument de la Fédération, sur l’actuelle place de la Liberté, pour commémorer le centenaire de la prise de la Bastille. L’inauguration sera finalement repoussée au 14 juillet de l’année suivante.
Des livres nés des demandes des Toulonnais
Aujourd’hui, Évelyne Maushart continue de choisir ses sujets au fil de ses recherches, mais aussi des rencontres avec les habitants.
Un Toulonnais lui demande l’origine du nom de sa rue ? Elle cherche dans ses archives. Des habitants veulent comprendre l’histoire de leur quartier ? Elle commence à travailler sur le sujet.
« Au fil du temps, les gens m’ont dit : »j’habite telle rue à Toulon, ça veut dire quoi ? D’où vient le nom ? », donc je regarde ce que j’ai comme carte postale, et si j’ai de quoi faire un livre là-dessus. »
Son prochain ouvrage sera consacré à La Valette-du-Var, avec une sortie prévue fin 2026. En 2027, elle prévoit ensuite de s’intéresser aux cinémas de Toulon. Et d’ici là, l’auteure toulonnaise continuera d’animer son stand où ses livres sont en vente aux éditions Mnemosis, du mardi au dimanche, sur le marché du Cours Lafayette. À 70 ans, Évelyne Maushart n’entend donc pas ralentir.
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