À la une du Spiegel, c’est «l’homme le plus dangereux d’Allemagne» mais dans son Land de Saxe-Anhalt, il est une véritable star. Tout sourire, avec ses yeux bleus et son physique de gendre idéal, Ulrich Siegmund, 35 ans, tête de liste de l’Alternative für Deutschland (AfD) pour les élections régionales du 6 septembre, signe des tee-shirts et des affiches, serre des mains, tape sur l’épaule de ses fans et enchaîne les selfies. Son talent ? Transformer l’énergie négative de l’AfD en son contraire, grâce à l’empathie, l’autodérision, l’appel aux émotions et une très habile rhétorique. «Plutôt que la colère et la peur, un discours feel good, idéal pour attirer les électeurs au-delà du cercle traditionnel de l’AfD», analyse Johannes Hillje, consultant en communication. Une aubaine pour le parti de droite radicale qui trouve en lui une figure capable de fédérer toutes les classes sociales et toutes les générations.
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Si les électeurs de ce Land au centre-est de l’Allemagne donnaient la majorité absolue à sa liste, Ulrich Siegmund permettrait à l’AfD de diriger pour la première fois un Land depuis la fondation de la République fédérale. Classée «mouvement extrémiste de droite» par l’Office fédéral de protection de la Constitution depuis novembre 2023, l’AfD serait alors en position de gouverner sans former de coalition et de le nommer son président à la tête de l’exécutif régional. Pendant sa campagne, le candidat vedette a arpenté les villages et petites villes, le long des lacs et des zones industrielles, à la rencontre des électeurs, dans des rendez-vous conviviaux, entre saucisses, bière et barbe à papa. «Nous sommes l’avenir. Nous sommes aux côtés de l’Allemagne et nous ne bougerons pas d’un millimètre. Le 6 septembre, nous allons écrire une page d’histoire et reprendre en main notre pays», promet Ulrich Siegmund.
Né en octobre 1990, trois semaines après la réunification allemande, il a grandi à Tangermünde, une ville de 10 000 habitants sur la rive ouest de l’Elbe. Fils de deux ingénieurs, il fonde à 23 ans une petite entreprise de parfums d’ambiance pour hôtels et salles de sport. Entré en politique à la CDU (Union chrétienne-démocrate), il rejoint l’AfD en 2014, élu deux ans plus tard au parlement régional. Porte-parole du groupe parlementaire sur les questions de santé, la pandémie de Covid-19 lui donne l’occasion d’exploiter avec brio ses dons de communicant sur les réseaux sociaux, à coup de vidéos dénonçant les confinements. Avec environ 760 000 abonnés sur TikTok et près de 500 000 sur Instagram, le favori des sondages bénéficie aujourd’hui d’une présence en ligne quasi inégalée en Allemagne.