Que s’est-il passé dans ce petit collectif de la rue Pierre-Grall, au cœur du bourg de Plourin-lès-Morlaix, dans le Finistère ? Vers 14 h, ce vendredi 4 septembre gendarmes et secours sont intervenus en urgence « à la suite de trois détonations qui leur avaient été rapportées par des voisins, à quelques minutes d’intervalle », indique le procureur de la République de Brest, Stéphane Kellenberger. Ils arrivent alors « à proximité du domicile d’un individu né en 1962, apparemment retranché là et armé, sous un escalier extérieur, escalier sur lequel un corps semblait inerte (possiblement lié au premier des tirs). Dans le même temps, un homme blessé par le deuxième tir était pris en charge. »

Ici, rue Pierre-Grall où s’est noué le drame, un camion de l’identification criminelle garé devant les lieux.Ici, rue Pierre-Grall où s’est noué le drame, un camion de l’identification criminelle garé devant les lieux. (Lionel Le Saux/Le Télégramme)Des heures à sécuriser les lieux

Immédiatement, l’ensemble du secteur a été bouclé et ce pendant plusieurs heures. De très nombreux véhicules de gendarmerie et de pompiers témoignaient de l’ampleur du dispositif. La sous-préfète, Françoise Plouviez-Diaz, ainsi que le colonel de gendarmerie du Finistère, Pierre-Yves Caniotti, étaient aussi sur place. Deux quartiers entiers de cette commune de 4 500 habitants, à l’entrée du bourg, ont été confinés. Le temps pour les forces de l’ordre de sécuriser les lieux avec l’aide du GIGN, venu de Nantes. Une odeur d’essence ayant aussi été détectée, les démineurs ont dû éloigner tout risque d’explosion.

Quand ils ont eu le feu vert pour intervenir, les enquêteurs « ont alors découvert que la première victime, une femme âgée de 60 ans, était décédée ». L’homme blessé – son compagnon -, âgé d’environ 55 ans, qui s’était fait tirer dessus en arrivant sur place est « sérieusement blessé » mais « a priori médicalement hors de danger », indique encore le procureur de la République de Brest. Il a été transporté par les pompiers au centre hospitalier de Morlaix.

Le mis en cause dans un état critique

Quant au mis en cause, Christophe S., âgé de 64 ans, il a été découvert par les gendarmes « inanimé et armé ». Il a été héliporté depuis le stade de foot de la commune dans un état très critique à l’hôpital de la Cavale Blanche, à Brest. « Il présentait une blessure au niveau de la tête, les circonstances et constatations pouvant laisser supposer de sa part une tentative de suicide (possiblement en lien avec le troisième tir rapporté). »

Pour l’heure, rien ne permet d’expliquer ce qui a pu se passer. Une enquête pour « assassinat et tentative d’assassinat » a été ouverte, menée conjointement par la brigade de recherches de gendarmerie de Plourin-lès-Morlaix et à la section de recherches de gendarmerie de Rennes.

Le mis en cause, blessé, a été évacué par l’hélicoptère du Samu du stade de football vers le CHU de Brest.Le mis en cause, blessé, a été évacué par l’hélicoptère du Samu du stade de football vers le CHU de Brest. (Lionel Le Saux/Le Télégramme)« Je suis choquée… »

Ce que l’on sait, c’est que le mis en cause et les deux victimes étaient voisins. « J’ai entendu trois coups de feu, à l’heure de midi. Je suis sortie voir et le voisin, celui qui a tiré, m’a dit de rentrer chez nous. Je n’ai rien vu, heureusement… Je n’en reviens pas, ce matin encore je disais bonjour à ma voisine… », confie une habitante, très affectée, de ce petit collectif et qui a été confinée chez elle plusieurs heures. « Je suis aussi une voisine. Mon ami a appelé les secours après le premier coup de feu. Il a vu que notre voisine du dessus avait été touchée. Puis il y a eu le deuxième coup de feu, contre son compagnon. Je suis choquée… », témoignait une autre Plourinoise, dans l’après-midi.

Cellule psychologique pour les voisins

Des témoignages qui illustrent parfaitement l’inquiétude et la tristesse qui régnaient chez les habitants du quartier, alors que les informations leur parvenaient au compte-goutte. Peu peuvent réellement parler du mis en cause. « On ne faisait pas beaucoup de relations », témoigne plusieurs voisins. Une dame confie que cet homme « vivait seul chez lui ». « Il a pété un plomb », lâche une autre. En fin d’après-midi, la commune a organisé un accueil dans la salle communale du Cheval Blanc pour ceux qui ne pouvaient pas regagner leur domicile, avec une cellule psychologique.

La rue du Vieux Moulin, à l’entrée du bourg, bloquée par les gendarmesLa rue du Vieux Moulin, à l’entrée du bourg, bloquée par les gendarmes (Lionel Le Saux/Le Télégramme)L’opération toujours en place à la tombée de la nuit

Au-delà du secteur concerné, la tension était palpable tout au long de l’après-midi dans la commune. Que ce soit aux abords des lieux du drame – où journalistes et habitants en quête d’informations étaient nombreux -, dans les trois cafés du bourg ou à la sortie de l’école, on ne parlait que de ça, les yeux rivés sur les téléphones. Mais alors que la nuit tombait, le calme revenait petit à petit. La rue Pierre-Grall, elle, était toujours bloquée et sous étroite surveillance des forces de l’ordre, pour les besoins de l’enquête.