L’extrême droite va-t-elle faire son grand retour au pouvoir en Allemagne ? Dimanche 6 septembre, tous les regards seront tournés vers le petit Land de Saxe-Anhalt, dans l’est du pays, où les électeurs sont appelés à renouveler le Parlement local et le gouvernement. Depuis un an, le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) mène dans les sondages. Les dernières enquêtes d’opinion le placent entre 40% et 42% des intentions de vote, bien devant les conservateurs de la CDU (23%), qui dirigent la région depuis la réunification de l’Allemagne en 1990 (sauf entre 1994 et 2002).
Portée par la poussée du parti à l’échelle nationale (l’AfD a recueilli 20% des voix aux élections fédérales de l’année dernière, terminant deuxième derrière la CDU), l’Alternative pour l’Allemagne en Saxe-Anhalt bénéficie aussi d’une tête de liste charismatique en la personne d’Ulrich Siegmund, ancien vendeur dans un magasin de parfum d’ambiance.
L’homme de 35 ans, qui joue de son physique et de sa bonhomie, enchaîne les selfies avec ses partisans et mène une campagne feel-good, promettant aux électeurs que « Tout va bien se passer », comme il l’écrit sur ses affiches, rapporte la ZDF.
« L’homme le plus dangereux d’Allemagne »
La perspective du retour de l’extrême-droite au pouvoir en Allemagne inquiète outre-Rhin, plus de 80 ans après la mort d’Adolf Hitler, qui dirigea le pays de 1933 à 1945. Der Spiegel, grand magazine généraliste allemand classé à gauche, lui a accordé sa Une, le 14 août, montrant l’homme aux cheveux gris-noirs sur une petite photo d’identité, flanqué de l’inscription en lettres capitales rouges : « L’homme le plus dangereux d’Allemagne ».
Spiegel have called Ulrich Siegmund, the AfD candidate who could become the party’s first state minister in September, “the most dangerous man in Germany” pic.twitter.com/WYkkjmip79
— James Jackson (@derJamesJackson) August 15, 2026
L’ancien ministre-président de Saxe-Anhalt, Reiner Haseloff (CDU), qui a dirigé le Land de 2011 à début 2026 avant de démissionner, s’est confié dans les colonnes du Der Spiegel en mai. Depuis Magdebourg, siège du gouvernement local, il confie s’être souvent senti « comme s'[il se trouvait] dans la phase finale du Reichstag de la République de Weimar », référence aux derniers instants de la République avant la prise de pouvoir d’Hitler en 1933.
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Ulrich Siegmund défend les politiques ultraradicales prônées par l’AfD au niveau fédéral, comme la remigration des étrangers ou encore la fin du soutien à l’Ukraine. « Nous distribuons de l’argent au monde entier. Plus de 20 milliards d’euros rien que pour le versement du Bürgergeld [équivalent du RSA, ndlr] à des citoyens non allemands. Chaque minute, 20.000 euros vont à l’Ukraine. C’est autant d’argent qui nous manque, que l’État fédéral pourrait aussi redistribuer aux États régionaux », a-t-il martelé dans une interview au média public local MDR.
Un front anti-AfD ?
L’AfD a-t-elle réellement une chance de diriger la Saxe-Anhalt ? Tout dépend du score des autres partis. S’ils sont nombreux à ne pas franchir la limite des 5% (comme le suggèrent les sondages), nécessaire pour entrer au Parlement local, alors le seuil pour atteindre la majorité absolue de sièges diminuerait. Selon les calculs de la ZDF, une majorité absolue pourrait être atteinte avec entre 42,5% et 45,5% des suffrages. Ce qui n’est pas hors d’atteinte pour le parti d’extrême droite.

Ulrich Siegmund, candidat de l’AfD aux élections régionales de Saxe-Anhalt, lors d’un événement de campagne à Haldensleben, le 1er septembre 2026.
Crédit : Ronny HARTMANN / AFP
Les autres partis, CDU en tête, tentent le tout pour le tout pour mettre un coup d’arrêt à la dynamique d’Ulrich Siegmund. Le ministre-président sortant, Sven Schulze, aime à répéter que « rien n’est fait », comme le rapporte la DW. Il espère attirer le vote de tous ceux qui s’opposent à l’extrême droite. « On se bat pour chaque vote. »
La formation d’une coalition avec les partis de gauche sera nécessaire dans le cas où l’AfD n’a pas la majorité absolue. Mais le chancelier Friedrich Merz a tracé une ligne entre son parti et le mouvement de gauche radicale Die Linke, avec qui il ne veut pas travailler, au même titre que l’AfD. Mais il distingue tout de même les deux mouvements et n’exclut pas que la CDU dirige un gouvernement de minorité avec le soutien de Die Linke. Dans une interview à Volksstime et au Mitteldeutsche Zeitung, lundi, il a fait un appel du pied aux électeurs tentés par l’AfD : « Il n’y a pas de rempart contre vous », assure-t-il.
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Les analystes estiment qu’une victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt dimanche serait un tremplin pour l’extrême droite à l’échelle nationale. « La Saxe-Anhalt se transforme en laboratoire politique », analyse la cheffe du service politique de la DW, Michaela Kuefner. « Le sentiment général est que si l’AfD parvient au pouvoir ici, elle peut y parvenir partout, même au sein du gouvernement central. »
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