Judith Godrèche, réalisatrice, présente son film Mémoire de fille, au TNB à Rennes (Ille-et-Vilaine).

Comment vous avez découvert le livre d’Annie Ernaux, Mémoire de fille, et comment l’avez-vous reçu ?

C’est un ami producteur qui m’a parlé de ce livre sorti en 2016. J’ai trouvé le sujet extrêmement moderne. J’étais aussi extrêmement bouleversée par les cinquante ans qu’Annie Ernaux a mis à écrire et comment elle raconte ses nombreuses tentatives d’écriture. Mais si quand j’ai lu Le consentement de Vanessa Springora, ça m’a beaucoup renvoyé à mon histoire, ce n’est pas le cas avec Mémoire de fille. C’est pour cela que ça m’intéressait d’en faire un film.

Vous créez le malaise mais sans choquer, c’était un défi ?

C’est très compliqué de filmer la zone grise et une sorte de défi de filmer l’absence de consentement. Ce que je voulais arriver à capter, c’est ce moment presque en creux, pas spectaculaire où cette jeune fille, pleine de rêves, qui se projette dans une grande histoire d’amour qu’elle veut vivre cet été-là, mais qui n’a pas les clés, ne connaît pas les codes suit ce garçon dans sa chambre. Je voulais saisir la banalité de cet instant, sans qu’il y ait aucune nudité, en étant tout le temps du point de vue de la victime.

photo mémoire de fille avec tess barthélemy très touchante dans le rôle d’annie.  ©  windy production moana

Mémoire de fille avec Tess Barthélemy très touchante dans le rôle d’Annie. Windy production Moana

Il y a aussi ce rapport terrible au groupe ?

Je me suis posé la question de savoir pourquoi toutes ces filles, les autres monitrices, se comportent ainsi avec Annie ? Est-ce que pour tenir face au patriarcat, il faut se donner une attitude. S’il arrive ça à Annie, qu’est-il arrivé aux autres ? Comment à l’intérieur de cette colonie les personnages féminins se sont construits pour survivre dans cet univers ?

Un livre comme celui d’Annie Ernaux, votre film, votre parole courageuse peuvent-ils contribuer à changer les choses ?

Ce livre et j’espère le film que j’ai réalisé peut-être n’amènent pas des réponses, mais posent des questions. Chaque prise de parole compte, chaque œuvre. Et je trouve qu’Annie, à 17 ans et demi, dans sa manière de se défendre, a quelque chose de révolutionnaire parce que même si elle est anéantie et qu’elle est harcelée, il y a chez elle déjà cette possibilité de réaction et de féminisme.

Dimanche 6 septembre 2026, à 15 h 30, au ciné TNB à Rennes, avec Nous toutes.