• Le parti allemand AfD veut faire du Land de Saxe-Anhalt le laboratoire de la transformation de la société allemande.
  • Ce dimanche, la majorité pourrait être obtenue par Ulrich Siegmund, tête de liste du parti aux élections régionales.
  • L’homme politique de 35 ans souhaite incarner la première formation d’extrême droite à diriger une région depuis 1945. Portrait.

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Pour le der Spiegel (nouvelle fenêtre), c’est « l’homme le plus dangereux d’Allemagne ». Mais dans son Land natal, la Saxe-Anhalt, c’est une personnalité politique très connue. Ulrich Siegmund, âgé de 35 ans, est la tête de liste de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti classé « mouvement extrémiste de droite » (nouvelle fenêtre) par l’Office fédéral de protection de la Constitution depuis 2023. Depuis des mois, le trentenaire poursuit l’objectif historique de devenir le premier dirigeant d’extrême droite de l’après-guerre à la tête d’une région allemande. Et le candidat pourrait bien atteindre son but ce dimanche 6 septembre, à l’occasion des élections régionales en Saxe-Anhalt.

Anti-migrants, russophile et favorable à Donald Trump… Les positions d’Ulrich Siegmund font grincer des dents en Allemagne, mais ses ambitions n’ont rien d’absurde. En effet, l’AfD, soutenu par Elon Musk lors des législatives anticipées, menace les conservateurs du chancelier Friedrich Merz et de l’actuel dirigeant de la Saxe-Anhalt, Sven Schulze. Pour continuer de séduire, le candidat se montre au plus près des habitants du Land qu’il courtise. Il apparaît dans les fêtes de village, en train de faire du footing ou encore en train de chevaucher sa Simson, une mobylette érigée en symbole de l’identité est-allemande. Dans ses meetings, Ulrich Siegmund est adulé comme une rockstar par ses militants.  

Né trois semaines après la réunification de l’Allemagne en 1990, Ulrich Siegmund a assisté à l’idéalisation croissante de la République démocratique allemande (RDA) parmi ses concitoyens de l’est, qui arborent parfois dans ses meetings l’ancien drapeau de l’Allemagne communiste. Une nostalgie que  l’homme politique de 35 ans sait utiliser, capitalisant sur le sentiment d’injustice de ses électeurs, qui s’estiment traités en citoyens de seconde zone par leurs compatriotes de l’ouest – eux considérés comme privilégiés – et face aux immigrés qu’ils prétendent « favorisés ».

Une rupture nette avec l’Allemagne d’après-guerre

C’est en 2014 qu’Ulrich Siegmund rejoint l’AfD, après avoir quitté le parti conservateur du chancelier Helmut Kohl, père de la réunification allemande en 1990. Depuis, le disciple s’est éloigné des valeurs conservatrices de la jeune République fédérale.

Expulsion des immigrés en situation irrégulière, modification du contrat régissant les médias audiovisuels publics allemands, interdiction de l’affichage du drapeau LGBT devant les écoles, lever de drapeau national dans les établissements publics, modification du programme d’histoire dans les écoles, à son goût trop centrés sur la culpabilité de l’Allemagne du IIIe Reich… S’il accède au pouvoir, le candidat de 35 ans entend mettre en œuvre dans son Land des mesures qui marqueraient une rupture historique avec l’héritage politique et culturel de l’Allemagne d’après-guerre.

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Si l’AfD est loin d’être amenée à diriger un Land à l’ouest, le discours revanchard de sa formation permet sa montée en puissance à l’est, dans un pays où les efforts déployés pour réduire les disparités de richesse entre les deux pôles depuis la réunification n’ont pas porté leurs fruits.

Charlotte JOYEUX avec AFP