« Je suis addict à mon téléphone, c’est compliqué de ne pas l’avoir », confie Noam Douté, 16 ans. Mauvaise nouvelle pour lui : les téléphones sont désormais interdits au lycée. Pour établir les modalités de cette réforme, les proviseurs et la rectrice de Normandie se sont réunis, selon nos informations, le 27 août dernier.
Des zones d’interdiction créées
Depuis la rentrée, les 1 356 élèves du lycée Galilée de Franqueville-Saint-Pierre sont sensibilisés à l’interdiction du téléphone. « Nous avons eu l’information en juin », relate Laurence Delafosse, proviseure du lycée Galilée. L’interdiction devait, dans les faits, s’appliquer à la rentrée, « mais nous avons des contraintes administratives et cette mise en œuvre doit être partagée avec le conseil d’administration le 21 septembre et donc votée ». Ces nouvelles mesures seront aussi présentées aux lycéens membres du Comité de vie lycéenne (CVL). Un fonctionnement a déjà été trouvé et devrait être mis en place à la fin du mois. « Il y aura des zones de permissions et d’interdiction, matérialisées par des panneaux rouges et verts », prévient la proviseure. L’interdiction stricte du téléphone concerne les couloirs et salles de classe sauf si l’enseignant l’autorise, « ce qui était déjà le cas dans nos règlements intérieurs précédents ». Le portable sera admis dans les lieux de vie : CDI, réfectoire, hall d’entrée, foyer (permanence). Une annexe s’ajoutera au règlement intérieur pour « traiter les cas particuliers ». Dans le privé, l’Institution Rey de Bois-Guillaume interdisait déjà le téléphone l’an dernier pendant les cours, examens et lors du déjeuner. Les lycéens devaient le déposer à l’entrée des salles de cours, dans des boîtes (voir photo). Une expérience qui « a été fructueuse, respectée et comprise par les jeunes », souligne Jean-Michel Radenac, le proviseur. Depuis la rentrée, l’interdiction du téléphone est étendue « dans nos murs, à l’intérieur de l’établissement ». Les 600 lycéens peuvent l’utiliser si l’enseignant le permet et une consultation brève du téléphone est tolérée dans la cour de récréation. En cas de non-respect des règles, des sanctions seront prises (confiscation du téléphone, suivie d’une convocation des parents).
« Ça va être compliqué »
« La loi est un peu nulle. Au collège, c’était ça et certains utilisaient leurs téléphones dans le dos des surveillants. Ça ne va rien changer », raconte Sélim Guizani, 15 ans, qui rentre en seconde. Léa Renaud, 15 ans, au collège à l’Institution Jean-Paul II à Rouen, entre en seconde à l’Institution Rey cette année. « On n’avait déjà pas le droit au téléphone. Ce que je regrette c’est qu’on ne connaîtra jamais ce que ça fait d’avoir son téléphone au lycée ». Elle estime aussi que ce sera plus difficile « pour ceux qui n’ont pas beaucoup d’amis ». Célia Bellou, 15 ans, en seconde l’an passé à l’Institution Rey de Bois-Guillaume, avait déjà l’habitude de déposer son téléphone à l’entrée de la classe. Elle qui a intégré à la rentrée un lycée public à Forges-les-Eaux, espérait avoir plus de liberté. Sans téléphone, « ça va être compliqué pour se retrouver dans l’établissement ». Pour Anaïs Deliencourt, mère de famille, « c’est une bonne chose, ça les déconnecte un peu. Et s’il y a le moindre souci, l’établissement nous contactera ». Un état d’esprit qui diffère de celui de Cyrielle Weitz, mère d’une adolescente de 15 ans. « Je trouve cette interdiction ridicule. C’est notre rôle de parents de savoir ce qu’on a à faire », affirme-t-elle. « Ce sont des futurs adultes. Il faut aussi qu’ils sachent se prendre en main ».
Pour évaluer l’impact, positif ou négatif, de l’interdiction des portables au lycée, il faudra donc attendre plusieurs mois.