Par
Hervine Mahaud
Publié le
2 sept. 2026 à 6h16
Après deux ans d’inoccupation, l’ancienne cité administrative de Lille s’apprête à connaître une transformation spectaculaire. Logements étudiants et familiaux, restaurant panoramique, commerces, espace culturel, parc paysager… Voici le projet imaginé pour redonner vie à cet immeuble emblématique de 80 mètres de haut, dévoilé le 1er septembre 2026 lors d’une présentation organisée pour la presse.
Un bâtiment emblématique devenu trop énergivore vendu plus de 6 millions d’euros
Avec ses 21 étages, l’ancienne cité administrative domine les abords des deux gares lilloises. Pour de nombreux voyageurs, sa silhouette constitue même l’une des premières images de la ville. « C’est le premier bâtiment que l’on voit lorsque l’on arrive à Lille, avant même la “Botte” de Lille-Europe », souligne Bertrand Gaume, préfet du Nord et de la région Hauts-de-France. À ses yeux, l’édifice est devenu aussi emblématique que le beffroi.

L’ancienne cité administrative est l’un des bâtiments emblématiques de la capitale des Flandres. ©Groupe Duval
Construite à partir des années 1950, puis agrandie au cours des décennies suivantes, la cité administrative avait été conçue pour rassembler les services de l’État en un même lieu. Une organisation particulièrement fonctionnelle à l’époque, rappelle Frank Mordacq, directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord. Mais le bâtiment ne répondait plus aux besoins actuels, notamment en matière de confort et de performance énergétique.
Les difficultés pour l’isoler et le chauffer en hiver ont notamment participé à la décision de transférer les fonctionnaires vers la nouvelle cité Marianne. Ce déménagement a permis à l’État de réduire les dépenses de fonctionnement de l’immeuble, qui atteignaient auparavant environ un million d’euros par an. Le gardiennage du site continue néanmoins de représenter un coût.

Voici un aperçu de la vue depuis le toit, et bientôt depuis le restaurant panoramique. ©Hervine Mahaud
Après une mise en concurrence, le groupe Duval a été désigné au mois de mai dernier pour reprendre l’ensemble. Le montant de la vente s’élève à un peu plus de 6 millions d’euros. La promesse de vente a été signée le 3 juillet. « On est ravi d’avoir été désignés pour ce projet emblématique et connu de tous les Lillois », déclare Jérôme Dumoulin, directeur régional adjoint du groupe Duval dans les Hauts-de-France.
Les deux tiers du bâtiment pour les étudiants
Le logement occupera une place centrale dans la future cité administrative. Environ 30 000 m² de bureaux laisseront place à plus de 20 000 m² de surfaces résidentielles. Cette résidence sociale doit accueillir différents publics, avec des logements étudiants, mais aussi des solutions destinées aux jeunes actifs et aux personnes engagées dans un parcours vers l’emploi.
Selon les chiffres présentés, les deux tiers du bâtiment seront consacrés au logement étudiant. Une résidence privée d’environ 400 logements sera exploitée par Kley. Quelque 170 logements supplémentaires sont annoncés dans le volet social, géré par Vilogia.

La répartition des logements, offrant une grande mixité. ©Hervine Mahaud
Le programme comprendra également près de 90 logements familiaux : des logements intermédiaires, des logements locatifs sociaux et des biens proposés en bail réel solidaire. Ce dernier dispositif permet de devenir propriétaire du logement sans acheter le terrain, afin de réduire le prix d’acquisition.
Étudiants, jeunes actifs, familles et seniors doivent ainsi pouvoir cohabiter dans un même ensemble. Une mixité sociale et générationnelle particulièrement mise en avant par le groupe Duval.
« Nous n’avons pas vocation à être une ville de célibataires sans enfants »
Pour la municipalité, cette nouvelle offre doit contribuer à répondre à la crise du logement qui touche Lille. « Il y avait beaucoup de demandes en matière de logement », rappelle Arnaud Deslandes, maire de Lille.
L’élu insiste cependant sur la nécessité de préserver une diversité parmi les habitants. « Nous n’avons pas vocation à être une ville de célibataires sans enfants », affirme-t-il. Selon lui, détendre le marché du logement étudiant doit aussi permettre de mieux accueillir les familles.
La reconversion doit parallèlement ramener de la vie dans un secteur d’Euralille principalement occupé par des bureaux. « C’est la preuve qu’on peut transformer du tertiaire en logement, et c’est la principale crise qui nous occupe à Lille », défend Arnaud Deslandes.
L’arrivée annoncée d’un nouvel immeuble destiné aux services de l’armée ainsi que le projet de tramway pourraient aussi participer à l’animation du quartier.
« Ce bâtiment vivra 24 heures sur 24 »
Contrairement à l’ancienne cité administrative, qui se vidait après le départ des fonctionnaires, le futur ensemble doit rester animé tout au long de la journée et de la soirée. « Ce bâtiment vivra 24 heures sur 24 », promet Jérôme Dumoulin.
L’un des éléments les plus spectaculaires du projet prendra place au sommet de l’immeuble. Le groupe Duval souhaite y installer un restaurant panoramique ouvert au public. Entouré de grandes baies vitrées, l’établissement devra être facilement identifiable dans le paysage nocturne. « Ce sera comme une lanterne au milieu de la nuit », décrit Jérôme Dumoulin.
Aucun exploitant n’a encore été désigné. Le promoteur évoque néanmoins un restaurant « de bonne qualité », au positionnement plutôt haut de gamme, accompagné d’une toiture végétalisée.

Un restaurant panoramique, plutôt haut de gamme, verra le jour en haut du bâtiment. ©Groupe Duval
Au rez-de-chaussée, une cellule commerciale d’environ 300 m² et un espace culturel et artistique sont également prévus. « On va ouvrir un commerce et un lieu culturel au rez-de-chaussée, pour faire vivre le pied de ces immenses tours. Mais il est trop tôt pour savoir quoi exactement », précise Jérôme Dumoulin.
Un parc de 3 500 m² au pied des tours
La transformation ne se limitera pas à l’intérieur de l’immeuble. Elle doit aussi permettre de mieux relier le site au reste du quartier.

Un parc de 3500 m2 verra le jour au pied du bâtiment. ©Groupe Duval
Le « quart de rond », cette construction basse implantée au pied de la tour, sera démoli. Sa disparition permettra de libérer de l’espace au sol et d’aménager un jardin paysager de près de 3 500 m². Cette nouvelle surface de pleine terre constituait une demande ancienne de la Ville, formulée sous le mandat de Martine Aubry.
Le parvis doit ainsi devenir un lieu végétalisé, ouvert et accessible aux habitants, plutôt qu’un simple espace de passage au pied d’un immeuble administratif.
Jusqu’à 100 millions d’euros de travaux
La réhabilitation représente un défi technique considérable. Une phase de curage et de désamiantage devra d’abord être menée, de l’amiante ayant été détecté dans l’édifice.
La rénovation énergétique sera également au cœur du chantier. Le groupe Duval prévoit notamment une isolation par l’intérieur et un travail sur les occultations, afin de rendre les futurs logements confortables en hiver comme pendant les épisodes de canicule. « Avec les canicules, on voit bien que le curseur est en train de changer », constate Jérôme Dumoulin.
Sans communiquer de montant précis, le responsable estime que l’investissement nécessaire pour rénover l’ensemble se situera entre 50 et 100 millions d’euros.
Le projet s’inscrira dans le pacte Lille bas carbone. Il prévoit notamment de conserver les structures existantes, de réemployer certains matériaux, de réduire l’empreinte carbone du chantier, de créer davantage de surfaces de pleine terre et d’intégrer des énergies renouvelables.
« Ce bâtiment sera un démonstrateur de la ville bas carbone que nous voulons », avance Arnaud Deslandes. Pour le maire, cette opération illustre la nécessité de transformer la ville sur elle-même plutôt que de systématiquement démolir et reconstruire.
Une livraison espérée en 2030
Le calendrier reste conditionné à l’obtention du permis de construire et à l’absence de recours. Le groupe Duval espère déposer sa demande de permis avant la fin de l’année 2026, puis purger l’autorisation à la mi-2027. Environ 30 mois de travaux seront ensuite nécessaires.
L’objectif est d’achever le chantier au cours du second semestre 2030, avec l’ambition d’accueillir les premiers étudiants autour de la rentrée de septembre.
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