Publié le
5 sept. 2026 à 19h32
Bus, camions, trottinettes électriques, piétons, cyclistes… S’il fallait résumer par une peinture la difficulté de faire coexister les mobilités, le pont de L’Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) en serait le tableau parfait. Au sol, les marques blanches se multiplient et se croisent, perturbant le sens des usagers, souvent contraints d’emprunter un autre chemin. Sur les rails, les voitures se meuvent, sans que cela n’émeuvent les conducteurs du tramway T1, opéré par la RATP, habitués à ralentir à leur vue.
Depuis quelques jours, la vie frénétique de cet ouvrage majeur de la ville insulaire reprend, comme si l’impérieux arrêt n’avait pas entamé son rythme quotidien. Un semblant de normalité dans un contexte de profondes réflexions sur son usage. Réunis sur le parvis de l’Hôtel de Ville de L’Île-Saint-Denis ce samedi 5 septembre 2026, à l’occasion de l’inauguration, plusieurs élus de la Seine-Saint-Denis ont évoqué ce dossier inflammable.
Le débat sur la voiture renvoyé en concertation citoyenne
Ces derniers mois, la fermeture du pont, qui relie Saint-Denis, L’Île-Saint-Denis et Villeneuve-la-Garenne, avait permis l’émergence d’un débat public sur son usage. D’un côté, des associations ilo-dyonisiennes réclamant dans une pétition une réouverture réservée aux piétons, au tramway et aux cyclistes. De l’autre, des citoyens, réunis autour d’un collectif, favorables au retour des automobilistes. Les autorités ont finalement opté pour la seconde option. Une manière de temporiser, sans éluder la question centrale : quelle place accordée à la voiture ?
Fréquentée par 14 500 voitures et 1 500 poids lourds tous les jours, l’artère représente une voie de passage obligée pour de nombreux habitants de L’Île-Saint-Denis, notamment pour les personnes en situation de handicap.
« Ma fille de 8 ans est handicapée de naissance. J’ai sept rendez-vous par semaine à l’hôpital. Je dois passer par le pont en voiture pour l’accompagner dans un véhicule adapté, sinon c’est 50 minutes de plus »
Marvin, 39 ans
Signataire de la pétition « Un pont pour tous »

Des citoyens de l’Île-Saint-Denis, favorables à l’ouverture du pont à toutes les mobilités, étaient présents ce samedi 5 septembre 2026 sur le parvis de l’Hôtel de Ville, lors de l’inauguration officielle. (©AG/ actu Paris)
De leur côté, les associations de vélo ile-dionysiennes estiment que les voitures provoquent des nuisances et mettent en « insécurité » les piétons et les cyclistes. L’association des usagers des transports FNAUT Île-de-France pointe du doigt les perturbations causées par le partage des voies, ayant des répercussions sur les 170 000 usagers du T1. Des discours en opposition, qui devraient se percuter concrètement dans la concertation lancée à l’automne 2026.
« Toutes les propositions doivent être étudiées »
« Les points de vue sont différents et légitimes« , a prudemment commenté le maire de L’Île-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly (Les Ecologistes). « Il ne faut pas s’opposer les uns aux autres. L’espace public appartient à tous. Il n’y a pas de clivage entre les bobo à vélo et les classes populaires en voiture », a-t-il poursuivi.
Présent en sa qualité de président de Plaine Commune et maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko (LFI) a appelé « la population à s’emparer de la question », affirmant que « toutes les propositions doivent être étudiées ». Des formules consensuelles, entrecoupées d’une invocation au « réchauffement climatique », qui marquent une position assez claire sur le sujet.

Plusieurs élus de la Seine-Saint-Denis étaient présents à la réouverture officielle du pont de l’Île-Saint-Denis à la ligne 1 du tramway. (©AG/ actu Paris)
Propriétaire de la route, le département de la Seine-Saint-Denis veut, de son côté, laisser le soin à L’Île-Saint-Denis de trouver des solutions. « Il faut réfléchir collectivement avec les parties prenantes », a martelé son président Stéphane Troussel (PS), Pourtant, la collectivité se montre plutôt favorable à la fermeture du pont aux voitures. « Projetons-nous sur le changement climatique et le renforcement de l’offre de transports publics dans les prochaines années », a glissé le porte-parole du PS.
La prise de parole s’est révélée bien plus mesurée pour le préfet de la Seine-Saint-Denis, Julien Charles, se contentant de quelques éloges sur les travaux menés depuis quinze mois. Ainsi souffle le vent tiède et estival de la rentrée. L’automne et l’hiver risquent d’être plus perturbés à L’Île-Saint-Denis.
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