Par

Romane Rousseau

Publié le

5 sept. 2026 à 6h02

L’histoire de Cailabs a vu le jour dans une ancienne cuisine de 170 m². Désormais, l’entreprise va évoluer dans une usine de 10 000 m² à l’ouest de Rennes.

Née en 2013, cette société, qui est devenue une référence mondiale des télécommunications par laser, a célébré la première pose symbolique de son nouveau site rue de Roberdière, à Rennes, jeudi 3 septembre 2026. Symbolique seulement, puisque les travaux ont en réalité débuté en décembre 2025.

Une technologie pour la défense nationale

Cailabs est spécialisé dans les échanges de données entre la Terre et les satellites, notamment via la commercialisation de stations sol-optique, qui reçoivent la lumière émise par les engins spatiaux. « Notre valeur ajoutée, c’est d’être capable de gérer la turbulence de l’atmosphère », explique Sabine Mengin, directrice des opérations à Cailabs.

La station sol-optique, qui permet de transférer des données via les satellites.
L’exemple d’une station sol-optique, qui permet de transférer des données via les satellites. (©Cailabs)

« Aujourd’hui, on communique en radiofréquence avec les satellites », précise-t-elle. Une technique par exemple utilisée pour la téléphonie mobile, le Wi-Fi, la radio…

Problème : les fréquences sont fortement demandées « et les débits sont beaucoup moins bons en radiofréquence qu’en optique ».

Autre point en faveur de la technologie d’optique : « On est très directifs avec nos faisceaux lumineux, ce qui fait que l’on est plus furtif. Quand on veut faire de la communication discrète, la radiofréquence est moins adaptée. »

« En radiofréquence, le signal touche une tâche énorme au sol, le faisceau risque d’être intercepté. En optique, c’est quelques dizaines de mètres. »

Sabine Mengin
Directrice des opérations à Cailabs

Cette technologie est donc beaucoup utilisée en défense nationale, surtout dans un contexte de forts conflits géopolitiques.

La directrice des opérations prend un exemple concret. « Si on arrive en temps de guerre, avoir une vidéo du détroit d’Ormuz (passage privilégié pour les hydrocarbures) qui ne descend que 24 heures après parce que l’on met beaucoup de temps à descendre les données, ça ne sert plus à rien. Avec les stations sol-optique, on peut l’avoir en quelques minutes. »

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Sabine Mengin, la directrice des opérations, sur le chantier de la nouvelle usine de Cailabs. (©Romane Rousseau/actu Rennes)Envoyer 50 stations à terme, contre une dizaine actuellement

Avec cette nouvelle usine, baptisée Factory 27 et située sur une ancienne friche industrielle aux abords de la route de Lorient, Cailabs compte sortir 50 stations sol-optique par an, contre 10 à 12 à l’heure actuelle.

Implantée à Rennes, Paris et désormais Washington, cette entreprise, acteur majeur de la souveraineté européenne, aura donc pour but de construire ces stations sol-optique. « Il faut l’imaginer comme un conteneur avec pas mal d’équipements électroniques, optiques, des compresseurs à l’intérieur…, avec un gros télescope », indique Sabine Mengin.

« Toute une partie du bâtiment sera consacrée au travail de haute précision, en optique ou en électronique, de pièces composant la station. C’est un degré de finesse digne d’un horloger. Ça va permettre d’aligner les composants optiques, rendant possible, à la fin, la chaîne complète Terre-satellite. »

Sabine Mengin
Directrice des opérations à Cailabs

« Personne d’autre au monde n’est capable de le faire »

Factory 27, dont la livraison « est prévue en mars 2027 », créée conjointement avec l’opérateur immobilier Idec, fait rayonner la capitale bretonne à l’international. « On devrait avoir, dans le futur, d’autres implantations, explique Jean-François Morizur, cofondateur et directeur général de Cailabs. On est dans un business international qui a la chance d’avoir ses racines à Rennes. »

« Le bâtiment n’est que la vision extérieure de la maturité du projet. Moi, ce qui me rend fier, c’est autant ce super site que le fait que dans notre local, on envoie une dizaine de stations par an. Elles se connectent avec des satellites, des radars, choses que personne d’autre au monde n’est capable de faire. » 

Jean-François Morizur
Cofondateur et directeur général de Cailabs

Nathalie Appéré, maire de Rennes et présidente de Rennes Métropole, parle « d’une fierté » face à ce projet. « D’abord de voir cette belle pépite rennaise qu’est Cailabs évoluer à chacune de ses étapes depuis 13 ans, passer à l’échelle industrielle et être un acteur majeur de la communication laser ainsi que de la souveraineté européenne depuis Rennes. »

Voilà à quoi devrait ressembler l'usine une fois terminée.
Voilà à quoi devrait ressembler l’usine une fois le chantier terminé. (©Cailabs)

L’édile veut faire de Factory 27 un exemple pour les DeepTech, des start-ups basées sur la technologie de pointe. « On peut passer à l’échelon supérieur, on peut produire en France, en Bretagne et surtout à Rennes. Cailabs est une vitrine de l’écosystème rennais, celui des laboratoires, de la recherche, de l’innovation et de la formation », conclut la maire.

Près d’une centaine d’emplois devraient être créés dans les années à venir, rejoignant les 200 collaborateurs actuels.

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