Par

Inès Cussac

Publié le

3 sept. 2026 à 11h27

« Ce sont cinq copains marseillais qui ont fondé ça », relate Anthony Abelaud, directeur du restaurant L’Écaillerie. Quand il dit « ça », le restaurateur se borne à la litote. Les propriétaires du restaurant de fruits de mer, qui ne désemplit pas en été comme en hiver, ont su s’imposer dans cette parcelle du 7e arrondissement de Marseille. Au fil des années et des rachats de commerces, le croisement entre la rue d’Endoume et celle de l’Abbaye est devenu leur terrain de jeux.
En seulement dix ans, le club des cinq -parmi lequel un seul est issu du milieu de la restauration- est parvenu à mettre la main sur toutes les échoppes de cette petite place. En s’offrant ce monopole, ils ont aussi assuré l’emploi d’une cinquantaine de personnes.

« De mieux en mieux chaque année »

Tout commence en 2017 quand la bande d’amis s’unit pour racheter un petit commerce dans le quartier Saint-Victor, au 35 rue d’Endoume. « Ils avaient l’idée d’un bar de copains au début », retrace Anthony Abelaud, l’un des premiers salariés de l’établissement bientôt rebaptisé Le Comptoir d’Endoume. La troupe transforme l’ancienne épicerie en traiteur où les clients dégustent leurs plats sur place ou les emportent. « Ça a bien marché et puis ils avaient de bonnes relations avec les autres commerçants qui, au moment de partir, ont proposé de racheter leur établissement », selon le témoin qui a donc pris du galon en traversant la chaussée lors du rachat de la rôtisserie et de sa terrasse ombragée rouge vif, situées au numéro 26 de la rue.

Nous sommes en 2022, le Covid-19 a fait ses ravages sanitaires et socio-économiques. Certains restaurants tournent encore de l’œil pendant que les Parisiens découvrent Marseille. Le 7e arrondissement devient prisé des touristes à l’affût des terrasses du quartier Saint-Victor, qui, elles, se portent bien. « Quand on a eu l’opportunité de récupérer le local [de L’Écaillerie], on a réfléchi à ce que l’on pouvait faire. On a vu qu’il n’y avait pas de restaurant de fruits de mer dans le secteur, et donc, que ça serait cool d’avoir un écailler. » Ni une ni deux, la bande d’entrepreneurs dresse les couverts et embauche de nouveaux salariés dont un ouvreur d’huîtres, évidemment.

Depuis le rachat du premier commerce à aujourd'hui, plus de 50 personnes travaillent pour le groupe d'associés marseillais.
Depuis le rachat du premier commerce à aujourd’hui, plus de 50 personnes travaillent pour le groupe d’associés marseillais. (©FB / actu Marseille)

À l’intérieur de l’établissement refait à neuf, les clients dégustent les plateaux de fruits de mer, boivent le vin naturel ou biodynamique sélectionné par Anthony Abelaud et, quand minuit sonne, se lèvent pour danser avec les voisins de table. « Il y a beaucoup de restaurants festifs où les gens mangent mal mais nous, on ne réfléchit pas comme ça. On a toujours eu de super chefs », s’enthousiasme-t-il avant de constater à voix haute : « On est de mieux en mieux chaque année. »

Échange de terrasse

Le courant d’air qui s’est engouffré dans cette petite place à la croisée de l’avenue de la Corse et la rue Sainte continue de souffler et d’ouvrir de nouvelles portes. Ainsi, la musique qui ambiançait L’Écaillerie résonne désormais juste à côté, chez Minuit. L’agence de la banque CIC a radicalement changé d’ambiance à la fin de l’année 2024. La clientèle branchée et marseillaise qui y défile aujourd’hui se déhanche jusqu’à 3h du matin, de septembre à mai, dans l’atmosphère feutrée des chandelles et de la harangue endiablée du piano. « On a testé le format club pour la première fois cet été et ça a très bien marché, fait savoir Anthony Abelaud. Donc on refera ça l’année prochaine. »

Avec l’acquisition du 2 rue de l’Abbaye, où est installé Minuit, les investisseurs ont pu grignoter du terrain et disposer des tables et des chaises pour L’Écaillerie. La terrasse XXL à cheval sur les deux trottoirs est désormais pérenne en cette deuxième année d’existence. « On a toujours demandé et reçu des réponses favorables auprès de la mairie. Si on n’a pas le droit, on n’a pas le droit. On ne va pas s’amuser à se mettre en danger », promet le Marseillais.

Si les voitures roulent au pas lorsqu’elles abordent cette petite zone, les voisins aussi doivent s’accommoder de la valse des serveurs et des nombreux clients. Ils sont pourtant rares à déplorer l’étendue de la terrasse, la musique du piano-bar ou les odeurs du traiteur. « On essaie vraiment de faire attention au voisinage », souligne le directeur du restaurant de coquillages et autres crustacés.

Je ferme à minuit alors qu’on pourrait fermer plus tard. Le Comptoir aussi ferme à minuit alors qu’il a l’autorisation de 2h du matin […]. On est tout le temps en relation avec les voisins. On a même fait des travaux chez certains pour leur éviter le bruit.

Anthony Abelaud
Directeur de L’Écaillerie

Reprise des salariés

Du côté du CIQ (Comités d’Intérêt de Quartier) non plus on ne trouve presque rien à redire. Surtout quand on évoque l’ouverture d’une supérette Monop’, ce mercredi 3 septembre, à la place de l’épicerie fine italienne, Fiorentina. « Dans le quartier, la majorité des commerces se transforme en bar. On a perdu en mixité », nous indique-t-on. « Pile à cet endroit-là, entre le Carrefour de la rue Sainte et le Super U de l’avenue de la Corse, il n’y avait pas vraiment de supérette. Donc c’est plutôt une bonne chose. »

Et pour ce qui est de la disparition de l’épicerie italienne, celle-ci devrait renaître de ses cendres juste à côté du Monop’. La Petite Fiorentina accueillera ses clients automne, toujours sous la houlette de la pentarchie. Les salariés seront repris, hormis le gérant qui a vendu ses murs.

En ce qui concerne l’étendue de la terrasse qui freine le passage des piétons sur le trottoir, on se désole toutefois de ne plus voir passer de poussette. « On n’est pas contre, mais il y a un équilibre à trouver », annonce le porte-parole du quartier désabusé face aux nombreuses tables déployées dans les rues du secteur. « On va demander une entrevue avec le responsable qui accorde toutes ses autorisations », assure-t-il.

Dans la foulée de l’épicerie italienne, les cinq propriétaires misent aussi sur le boulevard Notre-Dame, à 700 mètres de là. À la place du CooperBay, un nouveau restaurant baptisé Les Beaux Parleurs verra le jour avec l’ancien chef de La Mercerie, Preston Miller, aux commandes. « Le midi, ça sera un bistrot de quartier avec un menu classique, intemporel, car il y a beaucoup de travailleurs dans le secteur : les avocats, les libéraux et puis il y aura nos collaborateurs aussi ! » voit-on déjà.

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