Comment s’est passé le premier enregistrement, dans quel état d’esprit étiez-vous?
Je savais que je devais faire ma première chronique depuis juin, donc j’avais vraiment hâte de me lancer. Quand j’avais fait le test, ça s’était très bien passé, alors j’étais impatiente de le faire devant un vrai public. Je savais aussi que Jamel (Debbouze, NdlR) serait là, donc je savais que j’allais être dans de bonnes conditions pour une première. J’ai eu de la chance parce que Jamel et Ilyes (Djadel, NdlR), je les connais du Comedy Club. Ce sont deux personnes qui m’ont donné beaucoup d’opportunités et qui m’apprécient énormément, donc je savais que j’allais être bien entourée et qu’ils allaient me donner de la force. C’est souvent difficile d’arriver en tant qu’invitée quand personne ne te connaît, surtout pour une première expérience comme celle-là. Mais eux savaient que je n’étais pas habituée à faire ça et je savais qu’ils seraient là pour me soutenir. J’ai vraiment eu une bonne étoile. Ça m’a fait très plaisir.
Comment vous êtes-vous retrouvée au casting de cette nouvelle saison ? Est-ce que ce sont eux qui vous ont contactée ?
À la base, j’étais allée sur Quotidien pour faire la promotion de l’émission que j’ai faite sur Netflix, Dans la sauce. Comme tout s’est fait assez rapidement, on a dû faire la promo dans un délai très court. Je fais donc mon passage dans Quotidien et, apparemment, ils ont beaucoup aimé mon énergie. Pourtant, je n’avais pas dit grand-chose, mais je pense qu’ils ont bien accroché à mon mood. Du coup, ils m’envoient un message le soir même pour me proposer de venir faire un test le lendemain. Et là, je leur dis : « Excusez-moi, mais j’ai une vie ! Je suis à Marrakech, j’ai un programme ! »(rires) Finalement, je suis allée faire le test à mon retour du Maroc. J’ai appelé mon co-auteur, Wary Nichen, qui a été vraiment très, très important dans l’écriture de la chronique. On l’a écrite ensemble, puis je suis allée faire le test. Et juste après, ils m’ont dit : « Vas-y, c’est bon ! »
Une humoriste belge débarque dans l’émission « Quotidien »
Quelles étaient les plus grandes difficultés pour écrire votre première chronique ?
L’idée, c’était vraiment de créer un métissage entre mon univers et celui de Quotidien. Mais c’est compliqué, parce que c’est un peu comme si on te disait : « Intègre-toi, mais sors du lot quand même ». Il fallait donc trouver le juste milieu pour le test, et ça a marché. Le plus compliqué avec Quotidien, c’est justement de réussir à combiner ton univers avec le leur. Tout ce qui est visuel, audiovisuel, les jingles, les animations… c’est assez nouveau pour nous, les humoristes. On n’est pas forcément habitués à travailler comme ça, à penser une chronique avec toute cette dimension visuelle. Quand tu arrives dans les bureaux de Quotidien, tu découvres le pôle jingles, le pôle IA… Il y a tout un tas d’équipes et de métiers auxquels on n’est pas forcément confrontés dans notre quotidien. C’est hyper différent de ce qu’on fait habituellement. Par rapport à la radio, par exemple, ce sont vraiment deux mondes différents.
Et vous commencez directement avec un sujet plutôt sensible, les bad buzz. Mimi Mathy, Lena Situations, Paul Gasnier… Vous saviez où vous mettiez les pieds ?
C’est vrai que Quotidien est au cœur de certains scandales depuis pas mal de temps. Moi, j’avoue je ne regarde pas Quotidien tous les jours, mais quand j’ai vu passer sur les réseaux la séquence de Paul Gasnier sur Lena Situations, je ne pouvais pas passer à côté. L’idée, c’était vraiment de faire une séquence sur « comment survivre à un bad buzz », sans donner de réelle solution, parce qu’en réalité, il n’y en a jamais vraiment. Je savais que je devais faire une chronique sur les bad buzz et, comme le premier de la semaine concernait Quotidien, je me suis dit qu’il fallait que je joue le jeu à fond. Quand j’ai proposé l’idée, ils se sont eux-mêmes rendu compte que ça pouvait être une forme d’autocritique. Et ils ont accepté sans aucun problème. Il n’y a vraiment pas eu de souci. L’idée, c’est justement que ce n’est pas parce qu’on travaille ici qu’on n’a pas le droit de critiquer les chroniqueurs qui sont là. Mais ce qui m’a surtout choquée dans le bad buzz autour de Paul Gasnier, c’est que, oui, il dit des dingueries à propos de Lena Situations et du génocide à Gaza. Mais la vérité, c’est qu’à côté, il y a Salhia Brakhlia, qui fait une chronique sur un colon israélien. Et personne n’a fait buzzer ça.
N’avez-vous pas eu peur de faire vous-même un bad buzz ? On sait que l’audience de Quotidien est particulièrement importante…
C’est très dur, les bad buzz. Si ça tombe sur toi, bonne chance. Et puis, tous les bad buzz ne sont pas justifiés. Évidemment, je fais attention quand j’écris, parce que je sais que ça peut offenser ou être mal interprété. On fait attention, surtout quand tu passes devant une grande audience comme celle de Quotidien. Je fais attention à ce que je dis, à ce que j’écris, pour ne blesser personne, mais je reste libre dans mes sujets. Par contre, je fais attention à une chose : quand tu dis ça, est-ce que tu ne fais pas de mal à quelqu’un ? Évidemment, il y aura toujours quelqu’un qui sera blessé. Mais souvent, les bad buzz arrivent parce que tu as blessé toute une communauté de personnes. Quand tu fais une chronique comme Paul Gasnier en parlant de Lena Situations, par exemple, tu sais très bien de quelle communauté tu parles. Et en plus, tu insinues qu’elle est antisémite. Évidemment que ça va faire mal à beaucoup de gens. Donc là, l’idée, quand j’écris une chronique, c’est de faire attention à ne pas dire quelque chose d’offensant envers un groupe de personnes.
Vous êtes la deuxième humoriste belge à rejoindre Quotidien, après GuiHome, avec qui vous avez d’ailleurs un univers humoristique assez différent. Est-ce que ça vous met une forme de pression ?
Absolument pas. GuiHome est très belgo-belge. Il est ce que les Français attendent du Belge. Tant mieux pour lui, tant mieux pour la France. Mais moi, si tu ne dis pas que je suis belge, les gens ne sauront jamais que je suis belge. Ici c’est Yann Barthès qui a dit : « Elle vient de Bruxelles ». Et c’est moi qui lui ai dit de dire ça, parce que je suis très fière de venir de Belgique. Mais la vérité, c’est que je n’ai pas d’accent belge. Et je ne suis pas ce qu’ils attendent de l’humoriste belge. Quand tu regardes les humoristes qui sont venus, GuiHome, Fanny Ruwet, Guillermo Guiz, Nawell… L’accent belge est prononcé à un moment. Si on ne dit pas que je suis belge, aucun Français ne pourra le savoir. J’ai plutôt l’humour d’une Américaine. S’il faut accuser, il faut montrer du doigt. Je balance. Je m’en fous, je suis presque arrogante. Et je suis très fière d’être comme ça. Donc pas de pression, la Belgique, c’est plus une carte de fierté pour moi qu’une identité humoristique.
GuiHome : « Je sens que je suis l’ovni belge dans la rédaction de Quotidien »
Vous arrivez chez Quotidien à un moment assez charnière, en pleine période électorale en France. Comment appréhendez-vous cette période ?
C’est là où ma carte belge me sert. Parce que je ne vote pas en France. Mais la situation en France est vraiment tendue. Bon, chez nous aussi. Mais eux, c’est beaucoup plus tendu. C’est une élection qui est déterminante. Je suis l’une des humoristes qui pense vraiment qu’on n’est pas là uniquement pour divertir les gens. On est là aussi pour les informer et pour donner un point de vue. Tu sais, le métier d’humoriste, il y a deux manières de le voir. Est-ce que c’est du divertissement ou de la prise de conscience ? Je pense que nous, on doit être dans la prise de conscience.
Qu’est-ce que ça représente pour vous de prendre encore davantage votre place sur la scène française ?
Ça représente énormément de choses pour moi. En vrai, c’est surtout beaucoup de fierté, parce que je suis partie de Bruxelles justement parce qu’on m’avait beaucoup appelée en France, particulièrement à Paris. Je suis partie avec une vraie envie de tenter ma chance, mais pas forcément comme la majorité des gens qui partent en se disant : « Vas-y, on va essayer de faire notre tour là-bas ». J’ai eu l’extrême chance et l’extrême honneur d’arriver à Paris alors que, dans le milieu, beaucoup de gens me connaissaient déjà. Quand je suis arrivée, ils étaient contents de m’accueillir. Je suis rapidement entrée dans la majorité des endroits où je travaille aujourd’hui, notamment les comedy clubs. Mais arriver à ce stade-là, jusqu’à Quotidien, parce que mine de rien, je suis partie il y a seulement un an et demi… C’est inimaginable. En fait, j’ai vraiment l’impression que les étoiles se sont alignées pour moi. Je suis arrivée, j’ai travaillé, j’ai fait les choses les unes après les autres. Et puis Quotidien a relancé son recrutement, et j’en ai fait partie. J’ai travaillé avec Canal +, avec Jamel, j’ai fait des choses sur YouTube, avec Netflix… J’ai fait Montreux, Juste pour rire, plein de projets différents. Et finalement, tout ça m’a amenée jusqu’à Quotidien. Donc, en vrai, c’est une immense fierté d’avoir fait ce parcours-là à Paris, surtout quand on sait que Paris n’est pas un endroit facile. Il y a énormément d’artistes, à une échelle qui est presque incommensurable. À Paris, un artiste naît toutes les secondes !
La RTBF lance aussi son Quotidien Belge, est-ce qu’ils vous ont proposé ?
Mais non, je ne savais pas ! La presse belge, elle m’appelle jamais pour ce genre de choses. Moi, je suis très contente d’être à Quotidien, vraiment. Mais je suis aussi parfois déçue parce que la Belgique, j’y ai beaucoup travaillé. J’ai porté le drapeau tellement de fois, tellement fort, avec tellement de fierté. J’ai représenté la Belgique partout où je pouvais. J’ai tout fait. Et quand il y a des projets comme ça, ils ne m’appellent jamais. Ils ne m’appellent jamais ! Tu ne peux pas, à chaque fois, laisser partir ton talent comme ça et attendre que les autres viennent le découvrir ailleurs. À un moment donné, il faut aussi savoir reconnaître les gens qui sont là, qui travaillent, qui représentent le pays et qui ont envie de faire des choses chez eux.