Visites guidées éclairées, Journées du patrimoine déclinées avec une plus-value, lancement, cette année, d’une opération qui devrait faire mouche auprès du public, le Palais Fesch s’évertue à réinvestir le cadre spatiotemporel dont il a hérité.
Un legs que Marie-Laure Mosconi, la directrice des patrimoines et des musées de la ville d’Ajaccio, bichonne, fait fructifier, enrichit, avec une seule obsession, l’offrir en partage au plus grand nombre. L’idée, briser l’image d’un milieu poussiéreux, réservé à quelques initiés ou privilégiés.
Après une saison au cours de laquelle l’établissement a tiré son épingle du jeu, sa réputation ne se démentant pas auprès des visiteurs, place désormais à la rentrée.
Plateau télé et fenêtre sur cour
Cette dernière se fera, en ce mois de septembre, sur la base d’un triptyque où chacun pourra puiser envies et dépaysement.
Premier volet, les visites guidées, reconduites autour des 500 chefs-d’œuvre du Palais-musée des Beaux-Arts, les vendredis 4, 11, 18, et 25 septembre à 14 h 30. Un parcours du XIVe au XIXe donnant un coup de projecteur sur quelques-uns des artistes les plus emblématiques, de Botticelli à Poussin, en passant par Titien, Véronèse, et bien d’autres.
« Un classique, mais très prisé, confirme Marie-Laure Mosconi, adossé au décryptage d’un guide conférencier en collaboration avec nos collègues de l’office de tourisme du Pays ajaccien, pour passer d’une simple contemplation à une immersion dans les œuvres, leur histoire, leur origine, leurs symboles et leurs secrets. »
La deuxième entrée au Palais se fera par la porte des Journées du patrimoine, 43es du nom, durant lesquelles le musée sera ouvert gratuitement. Nouveauté en 2026, un plateau télévisé sera installé dans la cour, samedi 19 septembre, en fin d’après-midi, sur le thème « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ».
Son ambition ? « Évoquer, avec différents spécialistes et experts, tous insulaires, la conservation du patrimoine matériel et immatériel dans tous ses aspects. Nous serons, en outre, connectés avec Corte de manière à bénéficier d’une résonance sur l’ensemble du territoire ».
Le troisième accès est incarné par une initiative inédite qui se déploiera le samedi, du 26 septembre au 19 décembre 2026, de 10 heures à 12 heures autour de cours d’histoire de l’art d’un genre nouveau, totalement repensés.
« Inciter la population à ne plus avoir peur de pénétrer dans un musée »
« Je veux créer une véritable communauté autour du Palais Fesch, lance l’entreprenante directrice. Dans ce cadre, nous avions essayé de nous rapprocher de l’École du Louvre, sauf qu’au bout d’un moment les gens décrochaient ».
Marie-Laure Mosconi, quant à elle, s’accroche, cherche « une autre façon d’inciter la population à ne plus avoir peur de pénétrer dans un musée même si l’on n’y comprend rien », et trouve en Christian Zonza, maître de conférences en littérature du XVIIe siècle à l’université de Nantes, un partenaire idéal.
« Qui, lors d’une visite dans un musée ou dans une église, n’a pas été confronté à la difficulté d’identifier un personnage ou un épisode bibliques ? », s’interroge l’agrégé de lettres modernes, qui propose, à travers une série de douze conférences de répondre à ces hésitations à la lumière des arts.
« Le mode opératoire est très particulier, tout sauf académique, voire ludique, en utilisant une chanson rock, une pochette de disque, divers objets, afin de donner des clés à quiconque voudra s’approcher d’un tableau, sachant que l’on va pouvoir parler de tout », s’emballe Marie-Laure Mosconi.
Cultiver le plaisir
Avec, pour commencer, l’Ancien Testament, avant de passer au Nouveau, l’an prochain, et de poursuivre au-delà en sélectionnant de grandes thématiques.
Les interventions ont été programmées le samedi matin, partant du principe qu’après avoir « fait ses courses sur le marché – nous accepterons qu’elles soient entreposées, très ponctuellement, derrière le comptoir du musée – on vienne assister au cours de Christian Zonza, et que l’on se retrouve ensuite autour d’un apéritif. Au passage, on désacralise, on bouscule les codes qui étouffent. Ce que je désire, c’est cultiver le plaisir, rendre l’histoire de l’art vivante, animée, conviviale, et accessible ».
Avec des accroches singulières en forme d’énigme, à l’image de celle-ci : si Noé est connu comme l’élu que Dieu sauve du Déluge, qui est au fait de l’étrange histoire de son ivresse et de sa nudité face à ses fils ? Le mystère sera percé le 17 octobre dans la grande galerie. En attendant, le décor est planté.