Par
Thierry Chion
Publié le
6 sept. 2026 à 17h28
Benjamin Riado aime son métier de céramiste ; il partage cette passion lors d’ateliers qu’il anime tout au long de la semaine dans son atelier-boutique, à Rouen (Seine-Maritime).
Pour Benjamin, ce métier est l’aboutissement d’un chemin personnel qu’il a tracé depuis son plus jeune âge. « Mon parcours, ce fut une quête intérieure. J’ai toujours été intéressé par l’art, notamment par le dessin que je pratiquais de façon compulsive. Jeune, j’étais un gamin renfermé qui passait son temps dans sa chambre à dessiner », rappelle-t-il.
Subjugué par la philosophie de l’art
Issu du milieu ouvrier bordelais, Benjamin explique que sa mère ne voyait pas d’un bon œil son envie de devenir artiste. « Elle m’encourageait à m’orienter vers un boulot plus stable. J’ai donc passé un bac L, option arts plastiques. J’étais plutôt bon en langues, en philo et en français, mais absolument pas en maths. »
Son bac en poche, Benjamin décide d’intégrer une école d’illustration à Lyon pour s’orienter vers l’illustration ou la bande dessinée. « Ils m’ont trouvé trop jeune et m’ont orienté vers un DEUG. J’ai obéi et je me suis inscrit en fac d’arts plastiques. »
Révélation : « J’ai été subjugué par la philosophie de l’art ».
Sa voie est toute trouvée ; il poursuit ses études jusqu’à décrocher un doctorat sur « l’art américain des années 1960 : la sculpture dans le désert, le land art ». Ce sujet, riche et ouvert, a ensuite été publié aux Presses universitaires de Vincennes. « C’étaient des années de thèse merveilleuses. »
De l’enseignement à l’atelier de poterie
Un Capes de philosophie en poche, Benjamin tente ensuite l’agrégation de philosophie, concours qu’il ne décroche pas. Il obtient toutefois l’agrégation d’arts plastiques et devient enseignant en collège. « Avec de jeunes ados, ce ne fut pas facile tous les jours. J’ai fait trois ans dans le 5e arrondissement, un an dans le 14e, où cela s’est bien déroulé. Mais il y a eu des affectations plus difficiles qui m’ont complètement découragé. »
Remarquant qu’il n’était pas au sommet de sa forme, une collègue de Benjamin Riado lui propose de participer à un atelier de poterie. « Cela va te détendre », lui assure-t-elle. « J’ai donc pris un cours à Bagnolet, puis un cours par semaine, avant de passer à deux par semaine. »
Arrêté pour cause de dépression, il raconte : « J’ai été traité par un psychiatre spécialiste de la souffrance au travail, qui m’a fait comprendre que je ne reviendrais pas au travail ».
Comme la poterie prenait de plus en plus de place dans sa vie, Benjamin Riado décide d’autofinancer une formation de 500 heures au Pôle céramique de Normandie. « Il n’y avait aucune place disponible à Paris, c’est une amie qui m’a donné les contacts ; j’ai pris un meublé dans la région et j’ai suivi cette formation. »
Les cours étaient complets : huit heures par jour de tournage, présentation des différentes terres et de leurs spécificités… Cette formation s’adressait aux tourneurs sur céramique.
« Je devais ensuite faire un stage en Cornouailles, chez une star de la céramique : Michel François. Mais il ne pouvait ni m’héberger, ni me payer. »
L’alignement des planètes
C’est à ce moment qu’une aubaine se présente. « Un potier de la Galerie des Arts du Feu envisageait de quitter sa résidence avant la fin de son terme. Je saisis cette opportunité : j’accepte de reprendre son local, ce qui me donnait le droit d’exposer mes réalisations dans la galerie, mais aussi de donner des cours, ce qui compensait le loyer que j’avais à payer. Dans la foulée, j’achète un petit appartement à Rouen. Nous étions en 2023. »
Après deux ans dans la Galerie des Arts du Feu, Benjamin Riado doit trouver un autre site pour exercer ses talents. Il prévoit de s’installer avec une amie qui, finalement, laisse le projet filer en cours de route. « J’ai donc cherché un local pour m’installer. » Il trouve un lieu sur Leboncoin.
« Une collègue qui partait aux États-Unis vendait son atelier ; j’en ai profité pour m’équiper complètement à prix d’occasion. Il y avait à ce moment un alignement des étoiles qui me disait que c’était le moment de faire quelque chose. »
Avec une aide de la Chambre des métiers et de l’artisanat et un emprunt bancaire, Benjamin Riado s’installe rue Alsace-Lorraine il y a environ un an.
Clientèle sympathique
« La première année s’est bien passée. Je n’ai pas fait beaucoup de publicité ; les élèves que je reçois viennent principalement du quartier. Ils viennent d’eux-mêmes. Je me suis constitué ma petite clientèle. » Il n’a pas non plus organisé d’inauguration. « Je me suis finalement donné un coup de pied pour pouvoir organiser un premier anniversaire inaugural à la mi-septembre. »
Benjamin Riado propose donc des cours de poterie cinq fois par semaine. « Viennent des jeunes curieux de découvrir le travail de la terre, des jeunes retraités, mais ce sont toujours des gens sympathiques. »
Outre l’exposition de ses créations dans son atelier-boutique et à la Galerie des Arts du Feu, l’artisan céramiste a plusieurs projets. « J’ai le loisir de faire des pièces plus artistiques. J’ai pris quelques cours de sculpture, ce qui me permet d’en faire un peu. Parmi mes projets, il y a celui de fabriquer des sculptures sur le thème du miroir, en travaillant l’allégorie de la Vérité : cette femme qui sort d’un puits avec un miroir qui reflète la vérité. »
Pratique :
L’atelier-boutique se trouve au 19 de la rue Alsace-Lorraine, à Rouen.
Contacts : benjamin-riado.fr ou atelierbenjaminriado (Instagram)Suivez l’actualité de Rouen sur notre chaîne WhatsApp et sur notre compte TikTok
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