Même lieu, même motif (ou presque) et même enjeu. Après Marine Le Pen, il y a quelques mois, la Cour d’appel de Paris va décider du devenir d’une figure politique emblématique des trois dernières décennies. Là encore, il y sera question d’assistants d’eurodéputés. L’ancien premier ministre François Bayrou doit en effet y comparaître, à partir de mercredi, dans une affaire pour laquelle il avait été relaxé en première instance (à la différence de Marine Le Pen désormais doublement condamnée même si elle s’est pourvue en cassation).

Cette épée de Damoclès judiciaire plane au-dessus de la tête du Béarnais depuis de longs mois mais elle ne l’avait pas empêché d’être nommé à Matignon en décembre 2024. Une éventuelle condamnation en appel pourrait en revanche précipiter son crépuscule politique déjà entamé par sa récente défaite à l’élection municipale de Pau.

S’il est à nouveau innocenté, Bayrou s’impliquera dans la bataille présidentielle

« J’aborde ce procès avec grande sérénité et grande confiance », a assuré vendredi l’ancien premier ministre. Début 2024, en première instance, le tribunal correctionnel de Paris avait certes lourdement condamné le MoDem et ses coprévenus, en mettant en évidence les détournements de fonds, mais avait finalement reconnu innocent le leader centriste « au bénéfice du doute ». François Bayrou s’était alors réjoui de « la fin d’un cauchemar de sept ans » qui le séparaient des premiers actes d’enquête, alors que l’affaire l’avait contraint à démissionner du gouvernement un mois à peine après avoir été nommé garde des Sceaux en 2017 dans la foulée de la première élection d’Emmanuel Macron.

Un appel du parquet a finalement prolongé son supplice de près de trois ans. Ironie du calendrier, l’ouverture de ce procès en appel coïncide avec le premier anniversaire jour pour jour de son départ de Matignon, l’Assemblée nationale lui ayant alors refusé la confiance.

Les mois qui ont suivi ont parachevé une annus horribilis pour François Bayrou, notamment avec l’affaire Bétharram et la perte de sa mairie de Pau, alors que ses lieutenants du MoDem – Jean-Noël Barrot et Marc Fesneau en tête – aiguisent leurs appétits autant que leurs couteaux pour tenter de lui succéder, un jour, à la tête de la formation centriste. Conscient de cette donne défavorable, le triple candidat malheureux à la présidentielle a d’ores et déjà annoncé qu’il ne participerait pas à celle de 2027.

Réputation à défendre

Davantage que son avenir politique, c’est en réalité sa réputation et son legs dans la vie publique que va jouer François Bayrou devant ses juges d’appel à partir de mercredi. Aux côtés de l’ex-garde des Sceaux Michel Mercier, de cinq anciens eurodéputés dont Jean-Luc Bennahmias, de trois cadres et d’un assistant parlementaire de l’époque, il est poursuivi pour complicité de détournement de fonds publics. Le Béarnais est soupçonné, avec ses compagnons d’infortune, d’avoir utilisé entre 2005 et 2017 des fonds européens pour rémunérer des assistants parlementaires qui travaillaient en réalité pour l’UDF, puis le MoDem (les deux partis sont également poursuivis en tant que personne morale).

En cause, onze contrats supposément d’assistants parlementaires conclus entre 2005 et 2014, pour un total de 300.000 euros. François Bayrou, qui était à la tête du parti avec Marielle de Sarnez, décédée en 2021, est soupçonné d’avoir été le « décideur » du « système », quand Michel Mercier en aurait été un « rouage essentiel » comme trésorier.

Reste que la thèse n’avait convaincu qu’à moitié le tribunal correctionnel : si les juges ont en effet reconnu qu’il y avait bien eu détournement, ils avaient aussi noté qu’« il ne ressort d’aucune pièce » du dossier que François Bayrou a demandé aux cinq députés européens « d’employer fictivement des assistants parlementaires ».

« Fleuve démocratique »

« La décision du tribunal en première instance m’a relaxé et a confirmé en toutes lettres que le  »système » qu’on nous reprochait n’existait pas », a insisté vendredi auprès de l’AFP le leader centriste, se disant « sûr que la démonstration » que ses avocats et lui « ont faite en première instance produira les mêmes résultats devant la cour d’appel ».

S’il devait à nouveau être reconnu innocent, François Bayrou pourrait s’impliquer davantage dans la bataille présidentielle : partisan d’un candidat unique du « fleuve démocratique » pour barrer la route aux extrêmes, il a notamment cité ces derniers jours le nom de l’ex-commissaire européen Thierry Breton, tout en notant que les idées de l’ancien président socialiste François Hollande étaient « plus compatibles » qu’avant avec les siennes.