Par
Marie Tournier
Publié le
3 sept. 2026 à 16h46
« T’es la meilleure », « sois fort », « tu vas tout déchirer », voici le genre de message que vous pouvez entendre sur le campus de Bordeaux. L’apparition de 19 publiphones et abriphones depuis fin juin n’a pas échappé aux étudiants et aux personnels. C’est l’œuvre de Charlie Aubry, âgé de 36 ans : les Ondes vagabondes. Une œuvre participative qui vise à être intemporelle et poétique.
Charlie a répondu à l’appel d’offres lancé à l’occasion de la rénovation du campus. Son projet insolite a été sélectionné pour les 1 % artistique. Ceci est un dispositif propre à la France. « Dès qu’il y a un marché public, 1 % du budget est alloué à une œuvre d’art. C’est très bien illustré avec l’exemple des œuvres sur les ronds points », explique l’artiste qui a réalisé un séjour de quatre ans, à la villa Médici à Rome.
Des messages loufoques
« Là, on va pas tarder à dépasser les 1 000 messages, sachant qu’on a démarré pendant les vacances scolaires. » La plupart vont vers des encouragements ou du développement personnel. « Il y a même des déclarations d’amour comme : « je t’ai vu à la BU, je t’ai trouvé trop beau ». »
Ce qui fait la poésie de l’œuvre, ce sont l’anonymat et l’absence de marqueurs temporels. « Ce sont les expressions et les langages qui dateront les messages. Là on a beaucoup de six-seven. Dans quelques années, ça sera une autre trend qui l’aura remplacée. Les gens se diront à ça, c’est so 2026 », plaisante-t-il.
Charlie est satisfait. Les gens jouent le jeu à fond, malgré quelques messages loufoques. « Un étudiant, que je suppose être en sciences, vient assez régulièrement pour laisser des messages explicatifs de dix minutes. Son premier, c’était sur un champignon », s’amuse Charlie. On est loin de la déclaration d’amour.
Cependant, l’étonnement vient davantage du sérieux des utilisateurs. « J’ai eu le même âge donc forcément, j’aurais eu une cabine téléphonique, ça serait vite parti en pipi caca », ironise l’artiste Agenais. Une IA est implantée dans les cabines pour modérer les messages. Ce logiciel local venant de l’entreprise Newmips de Bègles note les messages de 0 à 10. Seuls ceux qui ont une note entre 6 et 10 sont gardés.
Pourquoi des cabines téléphoniques ?
Les étudiants peuvent plonger dans une période vintage à travers ces cabines téléphoniques. Dieu seul sait à quel point le vintage séduit les générations actuelles. « C’est quelque chose de visuel et d’intemporel. Puis, tous les étudiants connaissent avec les films, c’est dans l’intellectuel commun », argumente Charlie.
Le remplacement de cet objet par les téléphones portables a cassé ce côté de « l’instantanéité ». « Il y a quelque chose d’analogique assez beau », décrit Charlie. Pour l’artiste, tout l’intérêt de l’œuvre est de « jouer avec l’aléatoire ». Ce qui est intéressant c’est d’écouter des messages qui peuvent dater de cinq minutes comme d’il y a 20 ans.
Mais les abriphones et publiphones ont plusieurs fonctionnalités. Tapez 1 si vous vous laisser un message, tapez 2 pour écouter un message et tapez 3 pour avoir le service culturel. D’autres touches vous parleront également de la vie étudiante ou vous tomberez sur radio campus. Plus qu’une œuvre symbolique, c’est une œuvre utile.
Un easter egg caché
L’artiste est ambitieux. Pour la vie de son projet, il voit plus loin. Il aimerait cacher une vingtième cabine téléphonique quelque part entre la Meca et la maison de retraite du Sablonat. Bien qu’il ne soit jamais fait ses études ou vécu à Bordeaux, « c’est ma ville de cœur ». Il a exposé à la Meca, travaillé avec la Fabrique Pola et Zébra 3, partenaires sur le projet des Ondes Vagabondes.
Mais avant de penser à la quête secondaire de la vingtième cabine, Charlie Aubry invite les usagers à s’attaquer à sa quête principale : trouver l’easter egg. Pour les non gamers, c’est un message caché. Charlie accorde à actu Bordeaux un indice pour le trouver : « Il y a peut-être une combinaison spéciale. »
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