En Allemagne, les élections régionales remportées par Ulrich Siegmund ce dimanche 6 septembre ont une importance majeure. La percée historique de l’AfD a été portée par l’homme de 35 ans. Ce dernier pourrait conduire une véritable transformation nationale.
Ulrich Siegmund voulait être au centre d’un tournant décisif en Allemagne. C’est chose faite : il vient de remporter l’élection régionale en Saxe-Anhalt ce dimanche 6 septembre avec, entre, 44 et 44,5% des suffrages exprimés. L’Alternative pour l’Allemagne devance largement les conservateurs qui obtiendraient 18,5%, selon les sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote. Si ces scores se confirment lors du décompte, la droite radicale obtiendrait 39 sièges au parlement régional, alors qu’il en faut 42 pour la majorité absolue. «Nous avons écrit l’Histoire», a aussitôt réagi le nouveau chef régional.
En effet, de nombreux analystes voient les scrutins régionaux de Saxe-Anhalt (6 septembre) mais aussi de Berlin (20 septembre) et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale comme essentiels pour l’avenir politique outre-Rhin. Selon eux, la polarisation croissante de l’échiquier politique pourrait profiter au parti Alternative pour l’Allemagne (AfD) et démontrer une nouvelle fois l’impopularité du chancelier Friedrich Merz et de sa coalition.
Ulrich Siegmund : premier dirigeant d’extrême droite de l’après-guerre
Longtemps concentré sur les anciens Etats d’Allemagne de l’Est, l’AfD voit donc une occasion rêvée d’enfin conquérir des votes à l’Ouest et ambitionne de s’étendre en ex-RDA. Une progression historique pour le parti que symbolise Ulrich Siegmund, qui ambitionnait de devenir le premier dirigeant d’extrême droite de l’après-guerre à la tête d’une région allemande.
Placé en une du quotidien allemand Der Spiegel, sous le qualificatif «l’homme le plus dangereux d’Allemagne», il s’est servi de cette promotion, signant des magazines et les distribuant à ses électeurs.
Gefährliche Grüße aus Merseburg 😉 pic.twitter.com/UHhSY31XHh
— Ulrich Siegmund (@UlrichSiegmund) August 24, 2026
Pour obtenir une telle renommée, il a notamment eu recours à une activité incessante sur les réseaux sociaux. Il est connu pour sa chaîne TikTok, «Mutzurwahrheit90», avec environ 763.500 abonnés, qui fait de lui l’une des personnalités politiques les plus suivies sur la plate-forme. Son avance se matérialise en chiffres : sur Instagram, il regroupe une communauté de 500.000 personnes, bien loin des 11.400 abonnés de son concurrent, Sven Schulze.
Grâce notamment à ce point, il a réussi à bâtir une avance considérable dans les sondages. Il devançait de 20 points les conservateurs du chancelier Friedrich Merz et l’actuel dirigeant de la Saxe-Anhalt, Sven Schulze, de l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne (CDU).
Un ÉLU proche de son peuple
Dans ses discours politiques tout comme dans son contenu en ligne, Ulrich Siegmund met un point d’honneur à valoriser le territoire allemand et certaines de ses entreprises historiques, comme par exemple Simson, à qui le pays doit notamment la petite mobylette caractéristique sur laquelle il est monté, le 23 août dernier, avec certains de ses sympathisants.
Ulrich Siegmund s’est montré aux commandes d’une mobylette Simson, le 23 août dernier. © REUTERS / Fabrizio Bensch
Né à Havelberg, en Saxe-Anhalt, à plusieurs dizaines de kilomètres au nord-ouest de Berlin, il a d’abord suivi un apprentissage en tant que commercial, avant de créer une entreprise de parfums d’intérieur. Il a ainsi suivi des études de psychologie des affaires, à Hambourg.
A l’âge de 24 ans, en 2014, il adhère à l’AfD, un an seulement après la création du parti. Deux années plus tard, il est devenu membre du Landtag, l’assemblée parlementaire régionale, jusqu’à devenir candidat en tête de liste du groupe, accompagné d’Oliver Kirchner. Il devient même coprésident du groupe parlementaire du parti, toujours avec son même associé.
En mai 2025, grâce à une montée en flèche de sa popularité, il est désigné candidat principal pour les élections qui se tiendront dimanche 6 septembre.
Immigration, droits LGBT+, éducation… son programme décrypté
L’un des axes de travail principaux du candidat concerne l’éducation, où il juge que l’enseignement obligatoire doit cesser, afin de permettre une alternative d’instruction à domicile. Il souhaite également réformer la proposition médiatique allemande, en réduisant à deux chaînes seulement la radiodiffusion du pays et en ne leur permettant aucune expression d’opinion.
Afin de réaliser certaines économies et pour optimiser le fonctionnement public, il a également annoncé vouloir réduire la taille de l’administration de sa région, en fusionnant certains ministères. Il a même affirmé être favorable à la suppression d’une agence nationale : celle de l’énergie.
Mais Ulrich Siegmund a surtout marqué les esprits par ses prises de position en matière d’immigration et sur certains débats de société. S’il n’a pas caché sa volonté d’expulser de Saxe-Anhalt les immigrés en situation irrégulière «dès la première minute» de son entrée en fonctions, il veut aller plus loin en coupant court à ce qu’il appelle la «propagande de bienvenue» de son pays. «Le recrutement de travailleurs qualifiés issus de différentes cultures pour pallier la pénurie de main-d’œuvre engendre des problèmes secondaires indésirables», peut-on lire dans son programme.
Le 22 août dernier, à l’occasion de la journée LGBT célébrée en Allemagne, des façades de mairies comme celle de Magdeburg (Saxe-Anhalt) ont été ornées de drapeaux. Un affichage qu’Ulrich Siegmund entend interdire. © REUTERS / Liesa Johannssen
Il a également promis d’«interdire l’affichage officiel du drapeau arc-en-ciel (symbole des personnes LGBT+) dans les écoles et veiller en revanche à ce que le drapeau national flotte tous les jours d’école dans les établissements publics».