À Lyon, Toulouse, Paris ou Marseille, des clientes se sont
heurtées ce samedi 5 septembre 2026 à des rideaux baissés devant
leur parfumerie Marionnaud. Derrière ces magasins, dont 14 fermés à
Lyon et trois à Toulouse, se joue un bras de fer social autour du
projet de reprise de l’enseigne. L’intersyndicale CGT, UNSA, CFDT
et CFE-CGC a appelé les 2400 salariés à ne pas
ouvrir pour obtenir des garanties sur l’emploi et les
acquis sociaux, alors que le conglomérat hongkongais CK Hutchison
veut céder Marionnaud à l’entrepreneur David
Konckier, principal actionnaire du groupe Bogart. Derrière
ces portes closes plane une question brûlante : que va devenir ce
réseau majoritairement féminin, et celles qui y travaillent ?
Ce qui se passe ce samedi dans les magasins Marionnaud
Dans un communiqué, les syndicats expliquent que « le
mot d’ordre est clair: ne pas ouvrir, baisser le rideau, faire
entendre notre colère ». Myriam Dequéant, de
l’Unsa, a indiqué à l’agence de presse
AFP que « sur Lyon 14 magasins sont annoncés
fermés sur 20, trois sur cinq à Toulouse », d’autres
boutiques restant portes closes dans des villes comme
Paris, Marseille, Limoges, Fécamp, Nancy ou Auxerre.
Les horaires
de grève varient d’une ville à l’autre,
voire d’une heure à l’autre, ce qui surprend les clientes venues
faire leurs achats. Une salariée de Limoges a confirmé à l’AFP que
son magasin resterait fermé samedi après-midi, signe d’une
mobilisation ajustée aux pertes de salaire supportables.
Pourquoi les salariées de Marionnaud baissent le rideau
Au cœur du conflit se trouve le projet de cession
de Marionnaud. Le 6 juillet 2026, CK Hutchison a annoncé
être entré en discussions avec David Konckier, principal
actionnaire du groupe de parfums et cosmétiques Bogart, pour lui
céder l’enseigne. Dans leur texte, les organisations syndicales
jugent que les conditions du projet « n’apportent aucune
garantie suffisante sur l’avenir de nos emplois et de nos acquis
sociaux » et appelaient les 2400 employés à la grève.
Les syndicats rappelaient que « les salariés Marionnaud
ne sont pas une variable
d’ajustement » et réclamaient des garanties
écrites sur le maintien des emplois, l’avenir
du réseau et les conditions de départ en cas de
fermeture. Selon Myriam Dequéant,
citée par BFMTV, le repreneur a indiqué qu’en cas de fermeture
de magasins « il n’avait pas les moyens de donner autre
chose que le minimum légal », alors qu’une prime liée aux
objectifs de vente, qui représentait jusqu’à un 14ᵉ mois pour
certaines, paraît suspendue depuis juin.
Un réseau de 2400 emplois
majoritairement féminins en jeu
En France, l’enseigne exploite environ 372
magasins, emploie 2400 personnes dont 150 au
siège, et a réalisé quelque 536 millions
d’euros de chiffre d’affaires en 2024, selon l’AFP. En
magasin, 98% des employés sont des femmes, souligne Myriam
Dequéant.
La représentante de l’Unsa dénonce déjà des « décisions
catastrophiques » prises par l’actionnaire hongkongais,
comme la politique de prix ou la réduction des soins
esthétiques « qui fidélisait la clientèle ». Un CSE
extraordinaire doit se tenir lundi 7 septembre et, « pour
l’instant l’avis est très réservé », prévient-elle, alors que
clientes et salariées attendaient de savoir si ce samedi de grève
resterait une parenthèse ou le début d’un long
bras de fer.