« Maman, quand l’Angleterre aura quitté l’Europe, elle ira où ? En Afrique ? » Question d’enfant de huit ans après le référendum sur le Brexit en juin 2016, qui avait fait vaciller l’Union européenne sur ses bases.

Question innocente qui révèle une confusion assez généralisée, même parmi les adultes, entre l’Europe, continent comptant une cinquantaine d’états souverains et l’Union européenne (UE), organisation internationale née en 1957 d’un accord entre six pays sous le nom de Communauté économique européenne, passée à 28 membres en 2013, puis à 27 avec le départ du Royaume-Uni devenu effectif en 2020.

Calibrer les petits pois en boîtes

Connaîtrait-on mal le fonctionnement de cette Union européenne ? Cette interrogation revient tous les six ans, lors des élections au Parlement européen, quand les sujets liés aux institutions communautaires apparaissent soudainement à la Une de la presse. Le reste du temps on préfère pester sur les bureaucrates bruxellois hors sol, enfermés dans leur tour d’ivoire, qui légiféreraient sur le calibrage des petits pois en boîtes.

Or, les décisions prises à Bruxelles ou à Strasbourg ont un impact concret sur la vie quotidienne des 450 millions d’habitants de l’UE. De plus en plus de prérogatives nationales sont transmises à l’UE. Elle joue aussi un rôle incontestable dans le maintien de la paix sur le continent, paix d’une durée inédite depuis 1945. Une performance saluée en 2012 par le comité Nobel, qui a remis le prestigieux prix de la Paix à l’Union européenne.

Strasbourg, clé de l’Europe

Et l’Alsace, carrefour géographique au cœur du continent, traversée par une voie commerciale majeure reliant les Alpes à la mer du Nord, le Rhin, abrite plusieurs institutions européennes, et non des moindres. Le Parlement européen est basé à Strasbourg où les 720 députés siègent une semaine par mois. Au total près de 3 500 personnes se déplacent par session et pèsent ainsi 100 000 nuitées d’hôtel chaque année.

Le Conseil de l’Europe, avec ses 46 États membres, a pour mission de « promouvoir la démocratie, les droits humains et l’état de droit dans toute l’Europe et au-delà », appuyé dans cette tâche par son organe judiciaire, la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH) , tous deux également localisés à Strasbourg. Plus de 4 000 personnes liées aux deux institutions vivent à Strasbourg à l’année avec leurs familles.

Par ailleurs, la Région Grand Est et la Collectivité européenne d’Alsace bénéficient de subventions de l’UE pour mener à bien un certain nombre de projets culturels, économiques ou liés aux infrastructures. Et le contrat triennal Strasbourg capitale européenne 2024-2026 s’élève à 296 millions d’euros qui sont injectés dans des projets régionaux.

Strasbourg, clé de l’Europe, dit l’adage. Cette rubrique vous proposera désormais tous les lundis de jeter un coup d’œil à travers le trou de la serrure pour voir l’Europe à l’œuvre près de chez vous. À commencer lundi prochain par un tour à la CEDH.