Par

Julien Bouteiller

Publié le

7 sept. 2026 à 6h18

En cinq ans, votre commune est-elle devenue un désert médical ? La préfecture et l’ARS ont publié, en juillet 2026, le nouvel arrêté définissant les zones « caractérisées par une offre de soins insuffisante ou par des difficultés dans l’accès aux soins concernant la profession de médecin ». Le dernier arrêté remontait à 2021. 
76actu a donc comparé les données et réalisé une carte révélant les 160 communes de la Seine-Maritime où la situation s’est aggravée. Et l’ARS nous donne des éléments d’explication sur la désertification médicale.

Votre commune est-elle devenue un désert médical ?

Au total, depuis 2021, ce sont donc 160 communes du département qui sont passées de ZAC (zones d’action complémentaire) à ZIP (zones d’intervention prioritaire) : comprendre des territoires où l’offre médicale s’est dégradée depuis cinq ans.

CARTE. Les communes classées selon l’offre de soins (en rouge les communes passées de ZAC à ZIP, en orange les communes passées de ZIP à ZAC, et en vert les communes passées de ZAC à non-classées) :
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Premier constat frappant sur la carte : c’est quasiment tout le littoral seinomarin qui semble délaissé par les médecins. « Ce qu’on observe, c’est que la côte maritime n’est pas attractive », appuie Philippe Romac, directeur délégué départemental à l’ARS (Agence régionale de santé).

Autre territoire particulièrement touché, le Pays de Bray. Là, l’explication tient probablement à un éloignement géographique par rapport à la ville.

« On sait que les étudiants en médecine étudient dans les métropoles, et donc sont plutôt résidents dans ces villes », analyse Philippe Romac. Et donc forcément, cela crée à la fois un attachement à la ville, en l’occurrence Rouen, et une réticence à s’en éloigner une fois les études terminées.

Un médecin part et c’est un territoire qui souffre

Autre facteur déterminant, le départ en retraite de médecins « historiques ». « Ce qui évolue le plus, par exemple à Montivilliers ou Gournay-en-Bray, ce n’est pas tant les besoins de soin, mais surtout l’installation de médecins », explique le directeur délégué de l’ARS. « Les médecins qui partent ont souvent une patientèle importante, de plus de 2000 patients. Ils peuvent ne pas être remplacés, et quand ils le sont, il faut au minimum deux médecins car un jeune médecin accueille en moyenne plutôt entre 1000 et 1500 patients. »

Un seul médecin vous quitte, et c’est ainsi tout un territoire qui peut être dépeuplé. C’est le cas par exemple d’Aumale, qui passe en ZIP en raison du départ d’un médecin. « D’où l’importance pour nous de réactualiser plus souvent le zonage, tous les deux ans plutôt que tous les cinq ans », estime Philippe Romac.

Les villes aussi sont touchées

Si cela ne transparaît pas dans le zonage, d’autres territoires sont en tension, notamment les grandes villes de Rouen et du Havre et leur périphérie. « Ce qu’on a observé au travers du classement c’est pas juste opposition ville/campagne. »

On a vu sur la rive gauche de Rouen, des communes où c’est devenu difficile de trouver un médecin traitant.

Philippe Romac
Directeur délégué départemental de l’ARS

Mais heureusement, il y a aussi des territoires où la situation s’améliore : 24 communes sont passées de ZIP à ZAC, et 132 ont quitté la ZAC.

« Dans les boucles de Seine, on a vu des installations. Ce sont des territoires semi-ruraux, proches de la ville. Cela apporte un confort de vie et souvent une patientèle moins compliquée », décrypte Philippe Romac.

Autre territoire qui a bénéficié d’une bonne dynamique, celui d’Yvetot, avec une « vraie mobilisation des professionnels ». 

Mais attention, Philippe Romac tient à le souligner : « Le classement ne doit pas laisser entendre que toutes les personnes ont un médecin traitant [dans les zones non-classées] ».

En Seine-Maritime, on a un taux de personnes de plus de 16 ans qui n’ont pas de médecin traitant autour de 14%.

Philippe Romac
Directeur délégué départemental de l’ARS

Il y a donc encore du travail pour satisfaire pleinement les besoins en soins. Les ZAC et ZIP permettent ainsi une aide à l’installation de nouveaux praticiens (respectivement 5000 et 10 000 euros). Il faut aussi travailler avec les collectivités, réfléchir à l’implantation de maisons médicales, et plus globalement à l’attractivité des territoires pour attirer de nouveaux professionnels. « Un médecin m’a dit ‘un désert médical, en général, c’est un désert tout court’. Il faut donc rendre le territoire désirable », appuie Philippe Romac.

Autre source d’espoir, le dispositif des docteurs juniors (nous y reviendrons dans un prochain article), qui doit permettre l’arrivée de futurs médecins, aptes à recevoir des patients. 

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