Navires espions, sous-marins secrets, unités spécialisées dans les grandes profondeurs : Londres estime que la Russie prépare quelque chose sous la surface.

Et vient de débloquer les moyens d’aller y regarder de plus près. Le programme baptisé Atlantic Bastion mobilise près de 1,7 milliard d’euros pour surveiller les approches maritimes du nord de l’Europe. Au menu, treize frégates anti-sous-marines, des drones navals, de l’intelligence artificielle et un hélicoptère sans pilote. Objectif affiché : repérer et suivre tout ce qui navigue en profondeur.

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Le ministère britannique de la Défense ne s’embarrasse pas de circonlocutions. Il nomme directement un navire espion russe, le Yantar, ainsi que des sous-marins discrets exploités par une unité spécialisée dans la recherche en très grande profondeur. Les services de renseignement britanniques estiment que Moscou modernise activement sa flotte dans un but précis : pouvoir s’en prendre aux câbles sous-marins et aux gazoducs qui traversent l’Atlantique. Une accusation directe, rarement formulée avec autant de clarté dans un document budgétaire.

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Deux missions bien distinctes

Le programme poursuit en réalité deux objectifs qu’il ne faut pas confondre. En temps de paix, il s’agit de dissuader le sabotage, autrement dit de faire savoir qu’on surveille et qu’on saura identifier les responsables. En cas de conflit ouvert, la mission change de nature : il faudra défendre physiquement les infrastructures posées sur les fonds marins. Dans les deux cas, les commandants doivent pouvoir localiser et suivre un adversaire sur d’immenses étendues océaniques, ce qui reste l’un des exercices les plus difficiles de la guerre navale.

Treize frégates et des machines sans équipage

Le cœur du dispositif reposera sur une force conjointe avec la Norvège, réunissant au moins treize frégates spécialisées dans la lutte anti-sous-marine. Ces bâtiments disposeront de soutes modulaires permettant d’ajouter rapidement de nouveaux équipements selon les besoins. Voici comment se répartit l’effort financier :

Poste Montant Programme Atlantic Bastion environ 1,7 milliard d’euros Protection des infrastructures sous-marines environ 380 millions d’euros sur quatre ans Hélicoptère autonome environ 69 millions d’euros Investissement maritime global 2030-2035 environ 37 milliards d’euros

Ces frégates ne travailleront pas seules : elles évolueront aux côtés de drones de surface et d’engins sous-marins autonomes.

L’intelligence artificielle entre dans la danse

Repérer un sous-marin revient à chercher une aiguille dans une botte de foin liquide. Les systèmes de détection acoustique captent des sons parfois infimes, noyés dans le bruit ambiant de l’océan. L’intelligence artificielle interviendra justement pour trier cette masse de données et repérer les signatures suspectes. Ces informations rejoindront ensuite un réseau numérique de ciblage partagé, censé accélérer considérablement les décisions opérationnelles entre les forces britanniques et alliées.

Le HMS Glasgow, premier des frégates Type 26 de la Royal Navy, destinées à la lutte anti-sous-marine. (Photo : Wikimedia Commons)Le HMS Glasgow, premier des frégates Type 26 de la Royal Navy, destinées à la lutte anti-sous-marine. (Photo : Wikimedia Commons)
Un hélicoptère qui vole sans personne à bord

Parmi les briques les plus originales figure un appareil développé pour environ 69 millions d’euros. Il s’agit d’un hélicoptère autonome grandeur nature, conçu et fabriqué en Angleterre, destiné à la chasse aux sous-marins, à la patrouille maritime et au transport logistique. Il opérera aux côtés des appareils pilotés classiques. L’intérêt saute aux yeux : ces missions de surveillance sont longues, répétitives et fatigantes pour un équipage humain, alors qu’une machine autonome peut tourner pendant des heures sans faiblir.

Trois bases et un budget colossal derrière

Le dispositif s’appuiera sur trois grands ports militaires britanniques répartis entre l’Écosse et le sud de l’Angleterre. Mais l’affaire dépasse largement ce seul programme. Entre 2030 et 2035, Londres prévoit au moins 37 milliards d’eurosd’investissements maritimes, destinés à protéger sa dissuasion nucléaire, défendre son territoire et contribuer à la sécurité de l’Atlantique pour l’Alliance. Le gouvernement évoque également des retombées en matière de recherche, d’exportation et d’applications civiles et militaires communes.

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Des chiffres à prendre avec précaution

Une mise en garde figure noir sur blanc dans le document lui-même, et elle mérite d’être soulignée. Ces montants sont indicatifs et ne constituent pas des engagements fermes. Les programmes peuvent être repriorisés, reportés, redimensionnés ou purement annulés selon les validations gouvernementales, les contraintes budgétaires, les négociations contractuelles ou l’évolution du contexte stratégique. Autrement dit, l’annonce affiche une intention politique claire, mais la traduction concrète reste suspendue à de nombreuses décisions à venir.

Sources :

  • Ministère britannique de la Défense, Defence Investment Plan 2026
  • Programme Atlantic Bastion, lancé en décembre 2025
  • Évaluations du renseignement de défense britannique

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