Par

Hervé Pavageau

Publié le

7 sept. 2026 à 8h46

C’est un essai qui sert de catharsis. De son traumatisme, Karl Poinson, enseignant, en a fait un essai de 137 pages, appelé Séisme social. Initialement conçu comme une séquence pédagogique, l’ouvrage n’a pas seulement permis à l’auteur de traiter le traumatisme lié à son intervention lors d’un drame. 
C’est aussi et surtout une réflexion sur la maladie de la société et les outils nécessaires pour construire la résilience face à de tels événements. Le drame en question, c’est celui du 24 avril 2025 qui a frappé le lycée Notre-Dame-de-Toutes-Aides à Nantes
Ce jour-là, Lorène, élève de seconde, âgée de 15 ans, est mortellement poignardée lors d’une attaque au couteau par un lycéen de 16 ans, qui a également blessé trois autres personnes.

Alors qu’il déjeune en salle des professeurs, Karl Poinson, enseignant en histoire-géographie, est alerté d’une intrusion dans la partie lycée de l’établissement.

Scène d’horreur où il prodigue les premiers secours

Le Palletais se précipite sur les lieux pour prêter main-forte. Il arrive sur une « scène d’horreur » où il rejoint un collègue de la vie scolaire, déjà en train de prodiguer les premiers secours à Lorène.

Ensemble, ils tentent désespérément de stopper les hémorragies, avant l’arrivée des pompiers.

« Il y avait une mare de sang énorme. C’est un choc parce que tu n’es pas préparé », témoigne le Palletais. Le traumatisme est d’autant plus violent que Karl Poinson connaissait bien la victime pour avoir été son professeur en classe de 4e.

Syndrome de stress post-traumatique

Intervenu en plein cœur de l’horreur, l’enseignant va reprendre le travail dans un premier temps, avant que son cerveau ne finisse par dire stop quelques mois plus tard.

Le contrecoup est violent. Un séisme intérieur et physique emporte l’enseignant, victime à l’hiver 2026 d’un syndrome de stress post-traumatique aigu et sévère. Ce mal-être se manifeste par un épuisement physique et mental total, des pertes de mémoire et une anxiété permanente.

L’enseignant décrit un « sentiment de flottement », d’être dans « un décalage spatio-temporel » par rapport au reste du monde.

Chaque montée des marches du lycée agit comme une « pièce dans la machine » et relance les flashbacks des scènes du drame.

La reconstruction passe par un suivi psychiatrique et des séances de thérapie. L’écriture va être aussi un outil de résilience.

Pour tenter de comprendre l’incompréhensible et se libérer, Karl Poinson élabore une séquence pédagogique qu’il transforme en ouvrage. Pour écrire Séisme social, l’enseignant s’est appuyé sur sa discipline. Le professeur utilise la géologie comme métaphore de la société actuelle.

L’auteur considère que la société est formée de plaques en mouvement, représentant la jeunesse, l’institution, la famille, le numérique…

Réflexion sur le mal-être d’une jeunesse

Ces plaques flottent sur « un magma » alimenté par l’individualisme agressif, l’anxiété, les pressions sociales… Lorsque les tensions s’accumulent trop, la « plaque jeunesse finit par s’effondrer », décrit le Palletais.

À travers cet écrit, l’enseignant explore le mal-être croissant d’une jeunesse enfermée dans des algorithmes de réseaux sociaux qui poussent à l’isolement et soumise « à la pression déshumanisante » de systèmes « comme Parcoursup ».

Le livre dénonce aussi un sentiment d’abandon de la jeunesse par les pouvoirs publics et une perte de repères suite à la fragmentation des structures familiales.

À noter que l’auteur va reverser 50 % des bénéfices de la vente de son livre à Effervescence Jeunes, association créée au lendemain du drame qui agit sur la prévention en santé mentale.

Quant à l’avenir professionnel de Karl Poinson ? Il reste incertain.

L’enseignant ignore s’il sera capable de se retrouver à nouveau dans une salle de classe avec des élèves. Le combat est quotidien.

« Ce drame, je l’aurai à vie », confie celui qui espère que ses outils de résilience et son témoignage aideront « d’autres structures à prendre conscience de l’urgence de s’occuper de la santé mentale de la jeunesse ».

Séisme social, 137 pages. Prix de lancement : 5 €. Lien, pour accéder à l’essai : www.treez.run/treezbook.html

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