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Devant la cour d’assises de la Haute-Garonne se poursuit le procès de Mohamed Zerrouki et de ses complices, accusés de trafic de drogue et de blanchiment. Ce lundi, le « boss » des Izards, ce quartier du nord de Toulouse, a longuement été interrogé, avec son épouse, sur les finances du couple. Blanchiment du trafic ? Pure spéculation…

Chez les trafiquants de stupéfiants, quelle que soit l’échelle, la vérité reste toujours compliquée. Avec le procès qui se déroule devant la cour d’assises spécialement composée de la Haute-Garonne, on atteint des sommets. Enfin, selon l’enquête parce que les accusés avancent toujours à petits pas. Les enquêteurs de police évoquent, « éléments à l’appui », presque 4 millions de chiffre d’affaires en 18 mois (entre 2020 et 2021), des cargaisons de 100 kg de cocaïne et de 300 kg de cannabis, les accusés s’étonnent.

Quand cette enquête a commencé, les limiers de la financière s’intéressaient surtout aux chiffres : aux rentrées, maigres, et aux sorties, importantes. Forcément, ils ont émis des doutes, sérieux, sur les capacités du couple Zerrouki, patron désigné du trafic, à investir. Dans les maisons, les voitures, les montres ou les tenues de Madame…

Un travailleur qui s’ignore

Patiente, précise, la présidente Dominique Coquizart a passé deux heures à interroger Mohamed Zerrouki, 45 ans ce lundi après-midi. D’abord sur ses emplois, chef d’équipe dans le nettoyage pendant un peu moins de deux ans, puis chercheur « supposé » de chantier pour un artisan, après. « Il n’existe pas beaucoup de traces de votre travail », prévient la magistrate. « Si. Je travaillais de chez moi », répond l’intéressé, polo noir sur les épaules. Son patron, « un ami », confirme. L’avocate générale envisage davantage de faux contrats. Les intéressés s’indignent.

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Autre élément concret, une maison à Buzet-sur-Tarn. Piscine, terrasse, étage et des factures, absentes, très discutées… « Au moins 500 000 euros de travaux », estime un architecte désigné pour expertiser le projet. Et 250 000 euros de matériaux. « Je m’y suis mis, avec la famille, les amis. Cela a coûté beaucoup moins cher », affirme Mohamed Zerrouki, casque de chantier sur la tête. À peine terminé, il l’a revendue 500 000 euros. « Bradée », essaye la présidente. L’ancien propriétaire s’étonne.

Pas autant que la magistrate au sujet d’un deuxième chantier, à la même époque, encore avec des amis. Mohamed Zerrouki aurait apporté 50 000 euros. Mais il a touché 130 000 euros à la revente. Un art des bonnes affaires qui ne choque pas les amis concernés, mais alerte davantage l’avocate générale qui flaire l’arnaque et le blanchiment. Le principal intéressé conserve son air le plus surpris sur ces soupçons. 

Et son épouse, ou ex puisque le couple serait en instance de séparation ? Tourmentée sur son banc, seule dans cette tempête judiciaire malgré deux amis et un membre de sa famille, elle retrouve la gnaque à la barre. Le père de ses enfants, elle l’aime, encore. Et pas question de le rendre responsable de quoi que ce soit. « Vous ignoriez la provenance de l’argent ? » « Je pensais au poker », reprend cette femme brune, sobre dans ses toilettes.

Cadeaux mais locations « pour les amies »

Pourtant lors de la descente de la police, les grands couturiers se battaient pour dénicher une place dans son dressing. Des cadeaux. « Et avec vos revenus officiels limités, cela ne vous étonne pas », insistent Dominique Coquizart et l’avocate générale Virginie Audebert. La mère s’étonne, lèverait presque les épaules, dégoûtée par tant de suspicions.

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Les projets immobiliers, les voyages, rien ne la sidère. « Et les sommes en liquide versées sur votre compte ? » « Je louais mes robes », avance l’accusée. La présidente évite les calculs, mais pas certain que les soirées habillées de ses copines suffisent. « Jusqu’à 1 200 par mois », assure quand même la dame. 

« On a saisi seulement une toute petite partie des revenus du trafic », reconnaissent les policiers. Pas grand-chose sur les comptes en France ; pas de trace en Hollande. Au Maroc, pas de retour des autorités. Reste des coups de feu et les morts de l’été 2020. Mohamed Zerrouki est accusé dans deux règlements de comptes. D’autres procès, à venir. « Avec la rumeur du quartier, les accusations, les procès, oui, je me suis posé des questions », lâche comme un début d’aveux Madame. Pas au point d’éloigner l’argent liquide, ses sacs Dior ou Vuitton.

Les débats se poursuivent ce mardi. Verdict mercredi soir ou jeudi.