Quelle semaine pour Baptiste Vadic ! Alors qu’il n’avait encore jamais gagné chez les pros jusque-là, le sociétaire de la formation TotalEnergies l’a emporté à trois reprises en quatre jours, lors du Tour d’Istanbul, dont il a glané les première et dernière étapes, ainsi que le général. Une belle histoire après avoir eu le temps d’imaginer devoir arrêter le vélo au printemps dernier en raison de problèmes cardiaques. DirectVelo revient sur les montagnes russes du coureur de 24 ans, des routes normandes de Paris-Camembert à la Turquie. Entretien.

DirectVelo : Tu as réalisé la semaine parfaite sur le Tour d’Istanbul !
Baptiste Vadic : J’en garderai de bons souvenirs. Franchement, dans ma tête, je savais que c’était possible mais de là à le faire, c’était autre chose. J’ai eu la chance d’avoir une équipe vraiment soudée autour de moi. Ils m’ont fait confiance, ils ont pris les choses en main tous les jours. On a bien contrôlé les étapes. J’ai “juste” eu à finir le travail sur le contre-la-montre même si, l’air de rien, il y avait une sacrée pression vu le boulot monstre que les gars avaient fait pour moi les deux jours précédents. Mais j’y suis arrivé et c’est un grand bonheur.

« PEU IMPORTE CE QU’IL SE PASSERA MAINTENANT… »

Après ton coup double du premier jour, tu nous avais expliqué que le chrono du dernier jour te convenait bien. Mais imaginais-tu pouvoir tout bonnement le gagner comme tu l’as fait ?
J’avais beaucoup de confiance, je savais que j’étais vraiment en forme. Je me suis arraché sur ce chrono, j’étais hyper concentré, dans mon truc, et ça l’a fait. Si je suis surpris ? Oui et non. L’année dernière, j’avais fait 4 et c’était exactement le même tracé, ce qui était un bel avantage. Avec le maillot sur les épaules et l’enjeu, il y avait une certaine euphorie. J’avais l’impression d’avoir des watts en plus. J’imagine que c’est un peu comme un coureur qui a le maillot jaune sur le Tour, à une autre échelle bien sûr mais ça transcende. J’avais aussi l’avantage de partir en dernier et donc d’avoir les temps des autres, notamment l’intermédiaire. Mais je ne m’attendais quand même pas à le gagner.

Cette semaine turque restera gravée dans ta mémoire…
Forcément, j’ai gagné une première fois, j’ai passé toute la course avec le maillot de leader, puis je gagne encore le chrono et le général. Ce n’est pas tous les week-ends que l’on gagne trois fois (sourire). Peut-être même que ça ne m’arrivera plus jamais. C’est peu probable que ça se reproduise objectivement. Il faut en profiter, c’est cool. J’ai montré ce que je valais, c’est ce qui me fait le plus plaisir. Je me donne pour le collectif toute l’année et cette fois, on a travaillé pour moi et j’ai su conclure le travail de tout le groupe. Les gars ont mis leurs égos et leurs ambitions de côté. C’était incroyable. Ça restera un super souvenir. Peu importe ce qu’il se passera maintenant, ça restera dans ma tête.

Ce plaisir de jouer devant, de se battre pour la gagne, tu l’avais sans doute perdu depuis que tu étais passé pro ?
On ne va pas faire de philosophie mais c’est vrai que lorsqu’on voit le niveau actuel du peloton, il est vraiment compliqué d’exister et de jouer quoi que ce soit la plupart du temps. Ou du moins de se faire plaisir comme chez les amateurs. C’est pour ça qu’il fallait en profiter à fond. Cela dit, ce n’est pas fini. J’ai envie de m’appuyer là-dessus, ça doit me permettre de passer un cap. Je veux confirmer sur les courses à venir.

« JE N’ÉTAIS PAS DANS UNE BONNE OPTIQUE »

Avec un calendrier adapté ?
Pas forcément car ce qui était prévu depuis un moment me va très bien. Je vais enchaîner le Grand Prix de Wallonie et la Super 8 Classic, enfin elle s’appelle maintenant la Flandrien 0.0 Classic (l’ancienne Primus Classic, NDLR). Ce sont deux courses qui me conviennent sur le papier. Il y faut des jambes et de la fraîcheur. En ce moment, j’ai les deux alors sait-on jamais.

On imagine que tu savoures d’autant plus qu’au printemps dernier, tu as dû subir une intervention chirurgicale pour une arythmie cardiaque, qui aurait pu être lourde de conséquences…
Depuis le début de la saison, mon coeur montait à 200 pulsations pendant les courses, sans même que ce soit pendant un effort maximal. Forcément, ça m’a fait un petit peu peur mais ça a été vite pris en charge par le staff médical. J’ai quand même eu le temps de douter pendant quelques jours. Le soir de Paris-Camembert, je n’étais pas dans une bonne optique, je commençais même à me projeter sur autre chose, sur l’idée de ne plus faire de vélo… Finalement, tout est réglé et ce couac m’a fait du bien. J’en fait une force désormais. J’ai pu prendre du recul, me détacher de tout ça. Je mesure la chance que j’ai de vivre ces moments-là en tant que cycliste professionnel, même si la situation actuelle de l’équipe n’est pas très agréable.

Ce problème est-il totalement derrière toi ?
Normalement, oui. Je suis toujours suivi bien sûr, avec la ceinture cardiaque en course, des échographies etc. Mais je n’ai plus jamais eu de soucis depuis l’intervention et a priori, il n’y a pas de raisons que ce soit le cas. Tout va bien.