Distancé par les cool kids du rock anglais, le groupe de Kele Okereke prouve avec ce septième album qu’il est désormais à son meilleur en délaissant les mélodies musclées au profit de ballades délicates. Ça s’appelle grandir, certainement pas vieillir.

Le culte autour de Banquet, Helicopter ou Hunting for Witches a pour effet pervers de reléguer au second plan la mélancolie et le lyrisme qui ont toujours sous-tendu la musique de Bloc Party : Tulips, The Pioneers, This Modern Love, Srxt, I Still Remember… Il y avait dans ces morceaux toute la douceur, toute la sensibilité et toute la vulnérabilité d’un groupe affilié pour toujours à une scène mythique : celle d’une décennie qui a vu surgir des quatre coins de l’Angleterre des adeptes du riff survolté, moins soucieux d’engendrer une révolution que d’embrasser le chaos avec style – d’où le titre d’un livre tout juste paru sur le sujet, The World Was a Mess but His Hair Was Perfect: The Last Indie Music Scene 2000-2010.

Si Kele Okereke et sa bande continuent de s’appuyer de temps à autres sur des riffs courts et frénétiques (Love Bombs, Pigwig, etc.), le dancefloor en ligne de mire, Anatomy of a Brief Romance dévoile dès l’introduction (22.01.22) un visage plus tempéré, tout en murmures et en délicates boucles atmosphériques. Cette tendresse tient à la nature même de ce septième album, produit par un vieux renard des studios (Trevor Horn), qui condense en quatorze chansons une histoire d’amour, des premiers regards furtifs échangés dans une salle de sport jusqu’à l’adieu définitif.

Souffle romanesque

Le titre disait donc vrai : Anatomy of a Brief Romance s’entend comme le souvenir d’une relation, son chant du cygne, avec toutes les émotions contradictoires que cela induit. En près de cinquante minutes, on passe ainsi par des moments jouissifs, tous magnifiés par des mélodies synthétiques qui lorgnent du côté des meilleurs bangers du groupe – le très pop-rock Muscleworks, le “jamesbondesque” Coming on Strong –, avant de se frotter au spleen dans des ballades qui miment la désillusion pour mieux en conjurer les effets.

Sans être parfait – certaines chansons paraissent un poil trop bavardes, d’autres péchent par classicisme –, Anatomy of a Brief Romance séduit par sa volonté d’aller chercher plus loin, et dans des expériences plus intimes, les motifs d’un vertige inédit. Par envie de ne pas réciter un discours appris par cœur sur les albums précédents, et par souci d’insuffler à Lagoon Blue, Clark Kent ou Rotherhithe la tension et le souffle romanesque qui traversent les meilleures productions de Bloc Party.

Anatomy of a Brief Romance (Contagious/Virgin Music Group/Universal). Sortie le 11 septembre.