Plus de 80 % des quelque 7 300 événements français sont associatifs. Ce n’est donc pas tant de leur rentabilité commerciale qu’il s’agit que des moyens de leur survie dans l’intérêt général. Une tribune signée par Emmanuel Négrier, chercheur au Cepel- Université de Montpellier, dans notre espace Lignes ouvertes.
On n’a jamais autant parlé de l’économie des festivals, mais attention à ne pas imposer à leur succès apparent un raisonnement simpliste. En effet, plus de 80 % des quelque 7 300 événements français sont associatifs. Ce n’est donc pas tant de leur rentabilité commerciale qu’il s’agit que des moyens de leur survie dans l’intérêt général. Même Jazz in Marciac, s’il se présentait avec ses chiffres pourtant conséquents devant un banquier ordinaire, ne susciterait guère l’enthousiasme.
Un festival n’est pas une affaire. Mais l’économie qu’il génère se situe dans les considérables retombées territoriales qu’il entraîne : pour les hébergeurs, restaurateurs, pour les groupes musicaux et autres, le festival et ses plus de 100 000 entrées représentent une ressource cruciale mais difficile à considérer pour un banquier. Quant aux effets symboliques ou culturels pour les festivaliers, qui justifient la naissance d’un événement, leur prise en compte économique reste un impensé. Beaucoup de festivals sont confrontés à cette contradiction : tandis qu’ils pensent large (culture, bien-être, lien social), leurs soutiens publics et privés pensent étroit (rentabilité, durabilité, réduction budgétaire).
L’attitude des nouveaux maires RN
D’autres nuages ont plané cette année sur eux : la vraie-fausse concurrence de la coupe du monde de football, les alternances politiques, la canicule. De la première, on peut dire qu’elle n’a pas vraiment impacté les festivals, les publics n’étant pas vraiment les mêmes. Quant aux changements politiques, on a – à juste titre – beaucoup commenté l’attitude des nouveaux maires RN (à Carcassonne, Castres ou Vauvert, par exemple) qui ont frontalement attaqué la culture ici en déprogrammant des artistes, là en supprimant le soutien à un festival. Jazz à Vauvert a pu se tenir… mais à Vergèze, grâce à un refus collectif de céder au populisme d’un seul.

Emmanuel Négrier s’interroge sur des « lieux de liesse » qu’on « sacrifie ».
Les temps deviennent durs pour justifier le maintien du soutien public, comme persiste à le revendiquer le maire de Montpellier. Quant à la canicule, elle aura eu raison de festivals aussi divers qu’importants que sont Ecaussystème, à Gignac dans le Lot, ou le festival de Mourèze, dans l’Hérault, pour rester en Occitanie. La pression croissante qu’exercent les aléas climatiques est lourde de menace sur les coûts d’adaptation des festivals d’été, mais aussi sur les primes d’assurance, qui montent en flèche.
Et pourtant, ce ne sont pas les publics de ces festivals qui flanchent, sauf exception. Le bilan provisoire de la saison estivale montre un maintien d’audiences élevées pour la plupart des festivals comme à Sète (Jazz à Sète, Fiesta Sète, Quand je pense à Fernande, etc.), ou Montpellier (Montpellier Danse, Radio France), entre autres.
Or laisser une activité décliner quand le public n’est plus au rendez-vous peut se comprendre. Certains festivals renoncent d’ailleurs d’eux-mêmes quand leur projet n’est plus suivi. Mais sacrifier des lieux de liesse et de découverte, quand les maintenir en vie n’exige que peu de moyens, et que leur disparition impliquerait un coût socio-culturel, territorial et donc économique, voilà qui intrigue et devrait faire débat !