Deux ans après la mort tragique de Lilian Dejean, cet agent municipal abattu à Grenoble en tentant d’arrêter un automobiliste en fuite, RMC révèle les déclarations de l’auteur présumé des tirs devant le juge d’instruction. Interpellé au Portugal après deux mois de cavale, Abdoul Diallo reconnaît sa responsabilité dans l’accident et les tirs mortels, mais assure avoir cédé à la panique et nie tout souhait d’ôter la vie à la victime.

Le 8 septembre 2024, aux alentours de 7h du matin, Lilian Dejean, 49 ans, agent municipal de la ville de Grenoble, est tué, alors qu’il tente d’empêcher de fuir un homme responsable d’un accident.

L’homme en question, Abdoul Diallo, 27 ans aujourd’hui, pris de panique, alcoolisé et confus selon ses déclarations, a tiré à deux reprises, alors qu’il se trouvait à entre 20 et 30 mètres de Lilian Dejean. Un tir vers le sol et un autre en direction de l’agent municipal: Lilian Dejean est décédé des suites de ses blessures.

Interpellé au Portugal après plus de deux mois de cavale, Abdoul Diallo, bien connu des services de justice, a été mis en examen et incarcéré en détention provisoire, notamment pour “meurtre sur personne chargée de mission de service public”.

Deux ans après les faits, RMC révèle ce qu’Abdoul Diallo a déclaré au magistrat instructeur, lors de l’un de ses interrogatoires le 17 février 2025 .

« Je lui ai dit que je voulais partir, que j’avais une arme »

D’emblée, il indique: « Je reconnais ma responsabilité dans les faits ». Puis, il précise les circonstances de l’accident de la circulation qui va ensuite entraîner l’altercation avec Lilian Dejean.

« J’étais au niveau de la mairie de Grenoble, je roulais assez vite, j’étais sur la voie de gauche. Il y avait un camion devant moi, il s’est inséré pour partir à gauche. Et au vu de ma vitesse, je ne pouvais pas freiner. Je suis allé sur la droite et j’ai tapé dans l’arrière d’une voiture 2008. J’ai eu l’accident, j’étais sonné. J’ai été projeté à plusieurs mètres », raconte-t-il.

Puis il revient sur son échange avec l’agent municipal: « J’étais déjà sorti du véhicule, j’étais à l’extérieur. On a eu un échange, c’est un peu flou, j’étais sonné. Il me parlait fort. Il a vu que je voulais partir. Je lui ai dit que je voulais partir, que j’avais une arme sur moi, je lui ai dit que je ne pouvais pas rester. Je lui ai montré mon arme à ma ceinture », poursuit Abdoul Diallo

Pas d’intention de tuer

Il évoque alors le tir fatal, et indique qu’il ne voulait pas tuer Lilian Dejean.

« Je ne sais pas si je trottinais, je marchais assez vite même si j’étais mal en point. Je l’entendais derrière moi. Avant ça, il m’a bloqué et j’ai fui », dit-il.

« Quand j’étais plus loin, je l’entendais, j’ai paniqué et j’ai tiré par terre. Et la deuxième fois j’ai tiré dans sa direction, je ne cherchais nullement à le toucher et le tuer. Mais c’est dramatique vu qu’il est mort. En aucun cas je voulais le toucher ou le tuer », répète-t-il.

Concernant l’arme, un pistolet, Abdoul Diallo, connu pour des faits de violence mais aussi pour trafic de stupéfiants, indique qu’il la détenait depuis une semaine avant les faits, car il craignait pour sa sécurité, précisant qu’il avait déjà été suivi.

Interrogé sur la distance de tir, il indique qu’il était loin de l’agent municipal. En effet, selon nos informations, le premier tir a lieu à une vingtaine de mètres, le second à une trentaine de mètres.

« Tous les jours, je voulais me rendre »

Enfin, Abdoul Diallo évoque sa cavale, à l’étranger, au Portugal. « J’ai vu que les médias parlaient de ce qui venait de se passer. Et ensuite, j’ai fait le choix idiot de partir au Portugal au bout de deux mois », explique-t-il.

Il l’assure: « Tous les jours, je voulais me rendre, mais plus les jours passaient, moins j’étais crédible aux yeux de la justice. J’aurais dû me rendre dès les premiers jours par respect pour la famille et pour assumer mes responsabilités. On ne peut pas commettre des méfaits en toute impunité », confie-t-il.

Dans cette affaire, un procès n’a pas encore été ordonné. Abdoul Diallo conteste l’intention d’homicide. L’instruction se poursuit. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.