Le chiffre devrait susciter un électrochoc. Cet été, le taux de chômage des jeunes a atteint 20,7 % en France, largement au-dessus de la moyenne européenne (15,1 %) et très loin des bons élèves comme l’Allemagne (7,2 %) ou les Pays-Bas (8,6 %). Certes, l’indicateur porte uniquement sur les actifs, soit un peu plus de 40 % des 15-24 ans. Il n’en reste pas moins un signal d’alerte sur la faiblesse persistante de l’insertion des jeunes sur le marché du travail tricolore. « Et cela ne va pas s’arranger dans les prochains mois, prévient Yannick L’Horty, professeur d’économie à l’université Gustave Eiffel (Seine-et-Marne), car les juniors sont les premiers touchés par le ralentissement économique actuel. » Une mauvaise conjoncture qui justifie plus que jamais l’injonction lancée par le président du Medef, Patrick Martin, à faire de la jeunesse la priorité des priorités.
Les difficultés des jeunes ne s’arrêtent pas à la recherche d’un premier emploi. Elles sont aussi sociales. Quelque 18,6 % des 18-29 ans vivent sous le seuil de pauvreté, contre 15,4 % de l’ensemble de la population et 9,9 % des plus de 75 ans. Le logement est devenu l’un des symboles de cette précarité. Selon les données de la Fondation pour le logement, 433 000 jeunes adultes habitent chez un proche faute de pouvoir s’offrir eux-même un toit. Ce qui alimente un cercle vicieux, puisque 30 % assurent avoir déjà renoncé à un job à cause d’un problème de logement, selon un sondage Odoxa.
Plus inquiétant encore : parmi les 15-24 ans, près de 900 000 demeurent en dehors du système, ni en emploi, ni en études, ni en formation. Soit 11 % de décrocheurs dans cette tranche d’âge, ce qui place la France au quatrième rang des pires pays européens. « C’est un sujet majeur, souligne Olivier Redoules, économiste à Rexecode. Car si l’on ne fait rien, on va se retrouver avec des cohortes de jeunes exclus durablement du marché du travail. »
Les causes du mal sont profondes. Il y a d’abord les carences du système éducatif français, qui voit ses performances en mathématiques et lecture régresser et peine à faire réussir les élèves des familles les plus pauvres. Des tendances malheureusement confirmées par les derniers résultats de l’enquête internationale Pisa.
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À cela s’ajoute un mode d’orientation souvent défaillant. « L’accès à l’information sur les métiers qui embauchent et les filières d’avenir est quasiment inexistant dans les collèges et les lycées », déplore Olivier Redoules. Et le décalage entre les formations et les besoins des entreprises perdure. Tout particulièrement dans l’industrie, où près de 141 000 postes pourraient rester non pourvus d’ici à 2030, selon l’OCDE. En réaction, Patrick Martin appelle les candidats à la présidentielle à s’appuyer toujours plus sur les entreprises pour favoriser l’insertion des jeunes. Sa voix portera-t-elle ?