La saison prochaine, le peloton belge comptera une équipe Continentale supplémentaire. En effet, Rik Verbrugghe lancera sa formation FTP+. Rencontré en marge du Flanders Tomorrow Tour, l’ancien sélectionneur national a dressé les contours du projet avec DirectVelo.


DirectVelo : Comment vas-tu construire ton effectif ?
Rik Verbrugghe : J’ai commencé cette semaine à contacter les coureurs. Pour l’instant, j’en ai deux qui ont signé. Sur les douze places prévues, il reste donc pas mal de places. Nous sommes en train de regarder quels coureurs nous allons prendre. J’ai déjà une liste en tête, mais il y en a beaucoup qui arrivent également sur le marché, par exemple les coureurs de Flanders-Baloise. Il n’y aura pas uniquement des U23. On peut aussi prendre des coureurs plus âgés. Nous voulons également faire des ProSeries, des Classes 1 et 2, ainsi que les U23 Road Series. J’ai déjà pas mal d’accords avec des organisateurs qui m’ont dit que ce ne serait pas un problème, qu’ils allaient nous suivre dans l’aventure et nous inviter. Bien sûr, il faut d’abord que mon équipe atteigne le niveau nécessaire pour y participer. Nous allons faire un choix parmi les meilleures courses. Il n’y aura pas de double programme. Ce sera important d’être présent comme sur des courses comme le Flanders Tomorrow Tour. Pour les jeunes, c’est important de pouvoir se mesurer à ce niveau-là et de leur donner l’opportunité d’avoir l’ambition d’aller plus haut. Il faut qu’ils puissent aussi se montrer sur ce genre d’épreuves. Nous allons attirer des coureurs internationaux. C’est une équipe belge à orientation internationale.

Mais pas de contrat pros ?
Les budgets sont ce qu’ils sont. Ce n’est pas facile, avec la conjoncture actuelle, de trouver des partenaires qui veulent faire de l’investissement. C’est justement ce qu’il faut voir. Aujourd’hui, si nous n’avons pas les finances pour donner des contrats, ce qu’on peut leur donner, c’est l’opportunité et tout le matériel. Le coureur, ça ne lui coûtera rien, parce que nous allons tout fournir. Et plus on donne d’opportunités, plus on peut leur permettre de participer à de belles courses. Je peux leur dire : « Les gars, n’arrêtez pas votre carrière. Venez peut-être chez moi pendant un an. » Ils peuvent peut-être rebondir et, derrière, repasser professionnels.

Tu ne parles pas de sponsoring, mais plutôt d’investissement ?
C’est un investissement qu’ils font. Nous avons vraiment mis en place un modèle pour que les entreprises qui investissent avec nous aient un retour sur leur business et que cela leur génère directement du chiffre d’affaires. On va vraiment les aider à ce niveau-là, aussi bien en B2B qu’en B2C. C’est le seul discours qu’on peut vraiment avoir aujourd’hui pour trouver des partenaires. Parce que FTP+ va devenir une plateforme, notamment pour tous nos partenaires. L’objectif est de générer des leads et de permettre l’activation de business. Mais ce ne sera pas seulement une plateforme commerciale. Il y aura aussi tout le développement des coureurs. Je vais également avoir des personnes autour de moi pour mettre tout cela en vidéo, en film, etc. Nous allons notamment réaliser un documentaire autour de l’équipe. Tout cela est en train de se mettre en place. Ce sera vraiment un projet. Ce ne sera pas une équipe traditionnelle. C’est vraiment une approche et un business model complètement différents. On se rend compte que trouver des partenaires n’est pas du tout évident. Il faut donc pouvoir leur donner quelque chose en retour, et pas seulement de la visibilité ou des invitations VIP.

« IL FAUT VRAIMENT FAIRE DE L’ACTIVATION BUSINESS DERRIÈRE »

Le discours traditionnel du type « on vous donne de la visibilité et vous pouvez venir en VIP » ne suffit plus ?
Je ne dirais pas que c’est terminé. La visibilité reste importante. Mais il faut quelque chose en plus. Il faut vraiment faire de l’activation business derrière. C’est aussi pour cela que je me suis associé avec Charles Caprasse à ce niveau-là. Charles est vraiment très bon en business. Il sait comment activer les choses et mettre les personnes en contact pour justement générer du business derrière. À un moment donné, FTP+ aura un système de membership. Chaque personne pourra devenir en quelque sorte un petit partenaire de l’équipe en payant une cotisation annuelle. Cela permettra de se sentir impliqué dans le projet.

Mais il y aura également des avantages concrets pour les membres ?
Oui, énormément. Ce n’est pas seulement une question de se sentir impliqué. La cotisation pourrait être de 120 euros par an, mais tu pourrais acheter deux produits de nutrition chez nous et avoir déjà récupéré tes 120 euros grâce aux restaurants et aux autres avantages auxquels tu auras accès.

« C’EST UNE APPROCHE MODERNE DU CYCLISME »

Le but est donc aussi d’augmenter le nombre de membres ?
Absolument et de créer de la visibilité pour nos partenaires. C’est une approche moderne du cyclisme. Cela fait trente ans que je suis dans le vélo. J’ai vu de bonnes choses et de moins bonnes choses. Là, j’essaie de reprendre toutes les bonnes choses et les bonnes idées que nous avons eues et qui ne sont peut-être jamais sorties au niveau du vélo. Quand on regarde ce que fait Bas Tietema, c’est vraiment une approche moderne du cyclisme. C’est dans cette direction-là que nous sommes en train d’aller.

Qu’est-ce que tu peux apporter de plus par rapport aux équipes de développement liées à des formations WorldTour ?
Il y a les équipes Devo qui sont attachées à une WorldTour. Qu’est-ce que moi, je peux apporter de plus qu’elles ? Ma connaissance, mais aussi l’approche moderne de l’équipe. Cela parle énormément aux jeunes, notamment avec les réseaux sociaux. Nous allons vraiment axer le projet là-dessus. Il y aura un documentaire, par exemple. Ce genre de choses est important, ça ne les fera pas avancer. Ça leur donne de la visibilité. Mais cette visibilité est également importante s’ils veulent franchir un cap supérieur. Je veux que l’équipe puisse proposer un programme de courses identique à celui d’une équipe de développement attachée à une WorldTour. Cela signifie que les meilleurs éléments puissent aller courir des 1.1 et des 1.Pro. Ils pourraient être leaders sur une épreuve comme celle-là et réellement jouer leur chance. Dans une équipe liée à une WorldTour, ils sont souvent dans un rôle d’équipier et doivent boucher les trous pour l’équipe WorldTour. Ce n’est pas toujours idéal non plus.

Avec autant de coureurs disponibles sur le marché, tu ne crains pas les critiques si tu recrutes des internationaux alors qu’il y a beaucoup de Belges sans équipe ?
Il faut surtout que les coureurs acceptent de venir dans une équipe qui ne sera pas payée. Il faut comparer cela à l’université, où ce sont les parents qui doivent être là pour soutenir les enfants qui vont à l’école.

« MON OBJECTIF EST D’ALLER EN PROTEAM EN 2029 »

Et pourquoi exactement douze coureurs ? Est-ce uniquement une question de budget ?
C’est aussi une question de matériel. Si tu veux vraiment donner du bon matériel, négocier pour quinze coureurs est déjà beaucoup plus difficile que pour douze. L’avantage de certaines formations, c’est que tu peux parfois parler pour un ou deux coureurs et recevoir du matériel pour un ou deux coureurs. C’est beaucoup plus facile. Mais quand tu arrives en disant qu’il te faut cinquante vélos et un certain nombre de paires de roues, cela devient beaucoup plus compliqué. C’est pour cela qu’on limite l’effectif à ce niveau-là. Je pense qu’une fois que nos partenaires joueront le jeu, si nous passons à quinze coureurs l’année suivante, ils suivront certainement.

Quelle est l’ambition à long terme du projet ?
Mon objectif est d’aller en ProTeam en 2029. Il y a déjà des contacts qui ont été établis avec des partenaires et des investisseurs qui sont prêts à faire le pas supérieur. Mais pour cela, il faut d’abord que tout se passe bien au niveau de la structure. Il faudra des moyens beaucoup plus importants que ceux dont nous disposons actuellement. Mais l’ambition est clairement d’aller en ProTeam en 2029.

Et toi, personnellement, vas-tu continuer tes autres activités en parallèle ?
L’idée est de continuer. J’ai la REV Academy. Si tu me dis que c’est dix ou quinze jours par an, c’est tout à fait possible. Si tu me donnes un programme de 60 ou 80 jours de course, je ne saurais pas le faire. Je continuerai également mes activités de conseiller technique pour la fédération du Qatar.