Dans la cour de l’école maternelle Cesária Évora, dans le quartier populaire de Bottière, à Nantes, des dizaines d’enfants se précipitent autour d’assiettes de quatre-quarts. C’est l’heure du goûter, ce vendredi après-midi 4 septembre, et ils ont faim ! Et soif d’apprendre, en se saisissant, l’instant d’après, des livres mis à disposition par l’équipe de l’Apajh 44, l’association pour adultes et jeunes handicapés de Loire-Atlantique, qui intervient dans l’établissement dans le cadre du dispositif Li & Di. Derrière ce nom peu évocateur (il signifie lier et dire), Li & Di est un projet innovant, testé à Nantes depuis un an. Il vise à renforcer le langage et les compétences psychosociales des écoliers de 3 ans à 6 ans.
Le programme se matérialise d’abord, explique une intervenante de l’Apajh 44, par cet espace libre d’accès », au pied d’un arbre, où l’on peut grignoter et emprunter des livres, proposé chaque matin à 8 h 30, après que les parents ont déposé leurs enfants (exceptionnellement organisé en fin d’après-midi ce vendredi). Les mères de famille, libérées du cadre rigide des salles de classe et des démarches administratives, s’épanchent volontiers autour d’un café, tout en laissant leurs enfants faire leur petite sélection d’albums. Le programme s’appuie parallèlement sur un travail en profondeur, grâce à des ateliers organisés pendant les temps scolaire et périscolaire, réunissant parents, personnel enseignant, Atsem et animateurs du périscolaire ou des accueils de loisirs.
« À 4 ans, il sait lire et écrire »
Les professionnelles de l’Apajh 44 viennent du monde médico-social : éducatrices spécialisées, psychomotricienne, orthophoniste, orthopédagogue… Ergothérapeute, Camille Gourvil ne cache pas son enthousiasme : Les enfants que nous avons suivis en moyenne section, depuis septembre 2025, le sont ensuite en grande section en cette rentrée 2026, assurant ainsi la pérennité de leur accompagnement, explique-t-elle.
D’origine arménienne, Aghavni Martirosyan, mère de Gaspard, qui entame sa dernière année de maternelle, est sur la même longueur d’onde : Mon fils a commencé à parler deux mois avant de rentrer en petite section. Il avait un retard de langage. En disposant d’albums adaptés à son niveau de compréhension, il sait désormais, à l’âge de 4 ans, lire et écrire. Dans ces ouvrages, on évoque des sujets aussi sérieux que le sommeil ou la gestion des émotions, avec des mots d’enfants. Mais en plus d’avoir accès aux livres, ce qui est formidable », cet environnement permet aux parents de s’exprimer. On n’en mesure pas la difficulté, mais ça n’a rien d’évident pour une famille d’immigrés. Ces parents, ils ont besoin de conseils », sourit-elle.
Quatre écoles en phase de test
Quatre écoles nantaises sont impliquées, Bottière donc, mais aussi Louise-Michel (dans le quartier Beaulieu), Batignolles et Beaujoire. Pour mesurer les effets de ce dispositif Li & Di porté par l’Apajh 44 et l’agence régionale de la santé, avec le soutien de la Ville, Vanessa Khoury, une doctorante en psychologie du développement rattachée au laboratoire de psychologie des Pays de la Loire, est chargée de suivre deux groupes d’enfants : environ 90 élèves issus des quatre écoles et 90 autres, issus d’écoles témoins (Urbain-Le Verrier, Chauvinière, Port-Boyer et Pauline-Kergomard), afin de comparer leur langage oral et leurs aptitudes psychosociales », souligne-t-elle.