Une importante manifestation s’est déroulée à Nantes, au départ de la préfecture de Loire-Atlantique, dans la soirée du mardi 8 septembre. Les 300 personnes mobilisées ont réclamé l’abandon du projet de construction d’un centre de rétention administrative (CRA) dans la capitale régionale, le désignant comme « indigne, coûteux et inutile ».

« Oui à la dignité, non au CRA », pouvait-on notamment lire sur les nombreuses pancartes. Ce mardi 8 septembre, une importante mobilisation progressivement transformée en marche s’est déroulée au départ de la préfecture de Loire-Atlantique, à Nantes, à l’initiative du collectif Colère 44.

Comme depuis plusieurs semaines maintenant, ces manifestants, dont 300 étaient réunis lundi soir dans la capitale régionale, n’ont qu’une seule revendication : celle de l’abandon du projet de construction d’un centre de rétention administrative (CRA), dans la zone boisée et humide du champ de Manœuvres, à côté de la maison d’arrêt de Nantes‑Carquefou.

Les manifestants s'opposent au projet de construction d'un CRA à Nantes mais sont aussi présents pour soutenir 10 personnes interpellées

Les manifestants s’opposent au projet de construction d’un CRA à Nantes mais sont aussi présents pour soutenir 10 personnes interpellées

© Marie Gréco / France Télévisions

« On considère que c’est un projet qui est aussi indigne que coûteux, qu’inutile !, assène une manifestante croisée durant la mobilisation. On le rappelle, l’enfermement des personnes étrangères augmente d’année en année pour des durées toujours plus longues, et pourtant, il y a de moins en moins d’éloignements. »

Nous, on considère que cet enfermement des personnes étrangères est dans un but raciste.

Une manifestante opposée au CRA

Car un CRA est différent d’une prison. Son objectif est de retenir des personnes visées notamment par des obligations de quitter le territoire ou des mesures d’éloignement, dans l’attente de leur renvoi forcé hors de France. Celles-ci peuvent théoriquement rester dans l’établissement jusqu’à 90 jours maximum selon la décision du juge.

Ce nouveau projet du ministère de l’Intérieur devrait pouvoir accueillir 140 places.

Ce même jour, la maire (PS) de Nantes, Johanna Rolland, a fait connaître sa position à titre personnel dans une story publiée sur son compte Instagram et un post sur ses réseaux sociaux. Dans ceux-ci, elle rappelle que les travaux de construction du nouvel établissement « avancent malgré l’avis défavorable de la Commission Locale de l’Eau, du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel et de la Ville de Nantes ».

Le projet ne relève en effet pas de la métropole nantaise mais de la préfecture de Loire-Atlantique.

Sur ce sujet, ma position est connue de tous et n’a pas changé.

Johanna Rolland

Maire (PS) de Nantes

« Comme lors du dernier conseil municipal, et en parfaite cohérence avec la Cour européenne des droits de l’Homme qui a condamné la France sur cette question, je réaffirme mon opposition aux CRA en général et à celui de Nantes en particulier », appuie l’édile.

Pour le mouvement Nantes populaire cependant, ce n’est pas suffisant. « Les paroles, c’est bien ; les actes, c’est mieux ! », martèle le collectif dans un communiqué publié ce mercredi 9 septembre.

Dans ses lignes, il souligne la nécessité pour la maire de Nantes et présidente de Nantes Métropole de « ne pas se contenter de manifester ». Le mouvement réclame plus précisément de l’édile, actuellement à la tête du Parti socialiste (PS) par intérim, qu’elle utilise son « poids politique » pour faire pression sur le nouveau préfet de Loire-Atlantique Laurent Hottiaux afin d’exiger l’abandon pur et simple du projet.

« Elle peut engager un recours juridique au nom de la Ville et de la métropole contre la qualification du projet en ‘intérêt général’ et contre les autorisations administratives », poursuit le collectif qui dénonce des « prisons horribles ».

Outre la simple opposition au projet, les 300 manifestants de cette soirée se sont également déplacés pour soutenir 10 personnes interpellées plus tôt dans la semaine. Celles-ci sont accusées d’avoir enfoncé des clous dans les arbres du futur site, destinés à être coupés. Un acte qui peut occasionner des problèmes techniques et des risques de blessures pour les agents déployés sur le terrain, selon la préfecture.

Cette action est intervenue en réponse au démarrage de la coupe des arbres sur le site depuis le lundi 7 septembre à midi. Pourtant, des recours avaient été déposés, notamment par des instances environnementales, afin de faire interdire ce projet qui nécessiterait, à terme, de déboiser 4 ha de cette forêt surnommée le Bois dormant pour les bétoniser.

Quatre hectares, c’est quasiment l’équivalent du jardin des plantes à Nantes. Vous voyez le jardin des plantes ? Et bien imaginez ça détruit, c’est ce qui est en cours.

Rien toutefois qui n’empêche concrètement le début des travaux puisque ces recours ne sont pas suspensifs.

Aussi, des habitants en colère se sont eux aussi regroupés en association pour faire connaître leur opposition au projet et leur inquiétude. C’est le cas notamment de cette riveraine croisée sur place, qui habite à seulement 100 mètres de ce bois.

« Je suis en colère, je ne sais pas comment il va être possible de compenser un bois qui a 70 ans. On s’interroge sur comment ça va être compensable, rien n’a été signé encore », fustige-t-elle, dénonçant « une aberration » écologique.

Mais faut-il pour autant considérer que le projet du futur CRA de Nantes a officiellement démarré malgré les nombreux recours déposés ? La préfecture n’a pas répondu à nos sollicitations à ce sujet.

Retrouvez-nous sur nos réseaux sociaux ou sur france.tv.