Sur la glace, beaucoup gardent l’image d’une jeune Française
défiant la gravité avec son salto arrière. À un peu plus de 50 ans,
Surya Bonaly vit pourtant à près de 6 000
kilomètres de ses patinoires de cœur, dans le froid du Midwest puis
sous le soleil de Las Vegas, loin des projecteurs français.

Reine du patinage artistique tricolore dans les
années 1990, neuf fois championne de France, cinq fois championne
d’Europe et triple vice-championne du monde, elle a raccroché les
patins en 1998 avant de prêter serment comme citoyenne américaine
le 5 janvier 2004 à Las Vegas. Elle raconte aujourd’hui comment
elle a fini par se dire qu’en France, elle n’avait plus vraiment sa
place.

De Nice à Nagano : quand la championne se heurte au système
français

Née en 1973 à Nice, seule patineuse noire au plus haut niveau,
Surya Bonaly a imposé un style explosif, en multipliant triples
sauts et difficultés quand d’autres misaient sur la grâce
classique. Dans un sport très codifié, la note artistique, décidée
par des jurys conservateurs, pesait lourd. Elle a souvent expliqué
s’être sentie jugée sur sa couleur de peau et son patinage
athlétique plus que sur la difficulté réelle de ses programmes.

Aux Jeux olympiques de Nagano 1998, son salto
arrière interdit en plein programme libre fait basculer son
histoire. Cette figure, pénalisée par les juges, est décrite comme
un message envoyé aux instances françaises, alors dirigées par
Didier Gailhaguet. Quelques mois plus tard, elle prend sa retraite
sportive. Malgré son palmarès, la Fédération Française des Sports
de Glace ne lui propose aucun poste sérieux : un zéro qui pèse
lourd quand l’athlète cherche sa reconversion.

Surya Bonaly, patineuse artistique, interview, plateau, émission, Télé Matin © Télé Matin – France
Télévisions

Après 1998, une championne laissée sans vraie place en
France

Sans soutien institutionnel, impossible d’accéder aux créneaux
de glace les mieux dotés ou aux emplois d’entraîneur national
rémunérés par le Ministère des Sports. En France, la procédure pour
devenir coach reste longue, très encadrée, avec peu de postes. Pour
Surya Bonaly, la sensation se renforce d’être tolérée comme
ancienne star, mais pas vraiment attendue dans les bureaux ni sur
le banc des entraîneurs.

Elle finit par regarder vers les États-Unis, où
le marché du coaching est plus ouvert. « Je suis open pour tout,
mais aux États-Unis, le coaching c’est du privé, donc on est payé à
la leçon. On a moins de sécurité mais si on travaille bien, on peut
bien gagner notre vie. En France, c’est plus difficile car on est
payé au mois et basta. », explique Surya Bonaly dans une
interview accordée au Parisien.

Surya Bonaly, patineuse, interview, plateau, C à vous © C à vous – France Télévisions

Pourquoi Surya Bonaly a construit sa
nouvelle vie de coach aux États-Unis

De Minneapolis à Las Vegas, l’ex-championne s’est installée dans
un système où la reconnaissance passe d’abord par le niveau proposé
aux élèves. Elle résume le modèle américain en quelques mots :
« On passe un test chaque année pour être prof de patinage,
qu’on soit champion ou pas on peut entraîner, » tout dépend
ensuite « du niveau technique qu’on apporte aux clubs ou aux
élèves. » En miroir, elle décrit la France comme un pays où « il
y a une procédure qui est longue et difficile. Et après il
faut encore trouver une place… »
Là où elle vit
aujourd’hui, assure-t-elle, « il y a de l’argent, de la
demande ».

Pour autant, Surya Bonaly ne tourne pas le dos à la
France. Elle revient pour des galas, des
émissions, et a fêté les 50 ans de la patinoire de
Champigny-sur-Marne, sa ville d’adoption. Avec la bande dessinée
Le Feu sur la glace, son récit d’exil parle désormais aux
plus jeunes, entre rives françaises et vie américaine, au rythme
des lames qui tracent encore son histoire sur la glace.

Sources