C’est une vidéo qui n’avait pas vocation à devenir publique, même pas à être tournée. C’est par erreur que, ce soir de novembre 2025, l’un des agents de la police municipale de Carcassonne déclenche sa caméra piéton qui enregistre les échanges pendant toute la patrouille. Des images, révélées par Midi Libre ce mercredi 9 septembre, qui montrent une invraisemblable succession de propos racistes, misogynes et même putschistes, en particulier du chef d’équipe. Ce dernier est « un ancien militaire, investi dans la sécurité du RN et proche du nouveau maire d’extrême droite Christophe Barthès », précise le quotidien régional.

Sur près de six heures d’enregistrements, les commentaires s’enchaînent : « Ils roulent vite ces bougnoules. Hier ils étaient en chameau, aujourd’hui ils ont une voiture », entend-on dans un premier échange avant que le chef d’équipe ne se félicite qu’en décembre « la zone sera claire avec les forains : les punks à chien et les bougnoules, ils n’aiment pas ça ». Et d’ajouter un peu plus tard : « J’en peux plus en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan ».

Enquête ouverte mais pas de sanctions

Une déferlante qui atteint des sommets d’indécence lors de l’appel d’une femme qui pense avoir percuté un chevreuil ou un sanglier. « J’espère que c’est pas un gamin ou quelqu’un qu’elle a percuté par contre », lance l’un des agents dans la voiture. « C’est peut-être un migrant, un petit Kirikou », répond l’ex-militaire imitant ensuite l’accent africain : « Kirikou dans la savane, il est percuté. Il est venu en France, il est percuté. Imagine il est venu en France, il se fait buter par une voiture communiste ». Puis informant d’autres collègues : « Une vielle, elle a percuté un bougnoul apparemment ». Réponse : « Oh, génial ! »

Niant avec véhémence les tortures commises pendant la guerre d’Algérie, le patron de la police municipale estime, par ailleurs, qu’« il nous manque un général à grosses couilles, un p’tit coup d’État, une petite dictature en France, ça ne ferait pas de mal ». Le reste est à l’avenant entre propos misogynes sur « les connasses » bien contentes d’avoir eu un homme au temps de « Cro-Magnon », complotistes comme sur la prétendue transidentité de Brigitte Macron… « Mon chef est un raciste », s’exclame en outre, dans l’une des séquences, l’un des agents sous les rires.

Des propos choquants susceptibles de tomber sous le coup de la loi qui ont suscité de vives réactions à gauche. « Écoutez cette vidéo jusqu’au bout et vous aurez une idée de ce que raciste, sexiste, homophobe, complotiste veut dire », a réagit sur X le premier secrétaire du PS Olivier Faure. Et de souligner le lien entre l’auteur des propos et le Rassemblement national. « Ce policier municipal fait partie du service d’ordre du RN. Donc aucune sanction de la part du maire RN de Carcassonne ». L’ex-insoumis et le député de Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière a réclamé lui que « ce sale personnage doit être révoqué et le maire RN de Carcassonne doit fournir des explications ». Manuel Bompard, le coordinateur national de la France insoumise, a lui aussi réclamé la révocation des agents mis en cause et leur traduction devant les « tribunaux » : « Il est temps de nettoyer la police de la cave au grenier pour la débarrasser de ces individus qui lui font honte et de tous les responsables qui les couvrent. Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement National ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme. »

A droite, les réactions se font encore attendre. Interrogée sur RMC, Aurore Bergé, la ministre chargée de la Lutte contre les discriminations a qualifié ces propos d’« absolument inacceptables » : «Il n’y a aucune liberté d’expression quand on parle de racisme, c’est un délit ». En revanche, ni Laurent Nunez, le ministre de l’Intérieur, ni Gérald Darmanin, le garde des Sceaux ne se sont pour le moment exprimés.

Le RN, lui, s’est fendu d’un communiqué succinct au sujet d’« un membre bénévole de son service d’ordre proférant des propos racistes, complotistes et homophobes ». Condamnant « avec la plus grande fermeté les propos tenus, pénalement répréhensibles, qui vont à l’encontre des valeurs portées par notre mouvement », la direction du parti à la flamme annonce la « radiation des effectifs du service d’ordre ainsi qu’à son exclusion du Rassemblement National. »

Selon le quotidien régional, une enquête préliminaire est ouverte depuis huit mois et menée par les gendarmes sous l’autorité du parquet de Carcassonne. L’ancienne mairie LR n’a sanctionné aucun des quatre agents malgré l’ouverture d’une enquête administrative et la nouvelle municipalité RN a refusé de réagir, précise encore Midi Libre.

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