Marqué par les blessures, Jonny Gray a retrouvé le plaisir du rugby et une place avec le XV du Chardon. À l’USAP, l’international écossais veut désormais écrire une nouvelle page, entre exigences du Top 14 et pression du maillot catalan. Tout est à jouer pour le deuxième ligne.
Il avait besoin de couper. Depuis sa rupture du tendon rotulien en 2023, qui l’avait éloigné des terrains pendant 17 mois, Jonny Gray a disputé les deux dernières saisons avant de profiter de la pause estivale pour retrouver l’Écosse et sa famille, loin du rugby et de ses exigences. Un temps précieux avec ses deux enfants pour remettre les compteurs à zéro. « C’était l’opportunité pour moi de me ressourcer et de débrancher le cerveau. Ça m’a énormément fait du bien », raconte-t-il. Une parenthèse pour respirer et prendre du recul avant cette nouvelle saison avec l’USAP. « Je pense que c’est toujours important de prendre le temps de réfléchir à ce qu’on a accompli et de se remettre en question. »
Ce recul lui a permis de revenir à Perpignan avec un esprit plus léger. « Aujourd’hui, je suis vraiment heureux de là où j’en suis, aussi bien rugbystiquement que physiquement et mentalement. Je ne me suis jamais senti aussi bien. » Le plaisir est revenu, sans pour autant effacer l’exigence. À Perpignan, il apprécie justement la franchise imposée par Laurent Labit et son staff. « Laurent et l’ensemble des coaches sont très directs. Ils vous disent ce qu’ils veulent améliorer et, ça, j’adore. »
Une pression qu’il n’oublie pas
Son arrivée à l’USAP s’est faite dans un contexte particulier. Recruté en fin de saison dernière alors que le club jouait sa survie, Gray a découvert une pression singulière. Malgré ses 83 sélections avec l’Écosse et son expérience des grands rendez-vous, l’access-match face à Provence Rugby reste « probablement l’un des matches les plus difficiles » qu’il ait disputés « en termes de pression ».
À Perpignan, il a surtout découvert un club dont l’identité dépasse largement le terrain. Arrivé fin mars, le deuxième ligne d’1,98 m ressent déjà la ferveur des sang et or. « C’est un club fier, avec beaucoup d’histoire. Nous voulons aussi rendre aux supporters ce qu’ils nous donnent », explique-t-il. Une ferveur qui implique forcément des conséquences : « Quand tu joues, il y a cette pression en plus, mais c’est une responsabilité qu’il faut savoir assumer. »
De l’expérience à la transmission
À 32 ans, Gray possède désormais un vécu qu’il souhaite partager : 83 sélections avec l’Écosse, 48 matches avec Exeter, 108 avec les Glasgow Warriors et 34 rencontres avec l’UBB, dont une finale de Top 14. Il pense notamment aux mentors qui l’ont accompagné lorsqu’il était plus jeune. Son frère Richie (37 ans), passé notamment par Castres et Toulouse, a lui aussi été une figure importante. « Pour les jeunes joueurs et pour tout joueur en général, c’est important d’avoir quelqu’un à qui on peut parler. Avoir quelqu’un comme ça à côté de vous, ça fait une grande différence. Mon frère connaît bien l’USAP et il vous dirait la même chose. Cette passion qui entoure le club et la région, c’est quelque chose qu’on reconnaît tous les deux. » À son tour, il veut être cette personne pour les jeunes catalans. « J’aime penser que je peux aider les jeunes, tout comme j’ai eu la chance d’avoir tant de bons mentors durant ma carrière. Le plus important pour moi, c’est d’être une bonne personne… Si je peux aider, tant mieux ! »
Mais pour le titan de Glasgow, son premier devoir reste de jouer. Son retour avec l’Écosse, après une année sans sélection, vient justement récompenser sa récente forme. « C’était dur pour moi », reconnaît-il. Mais il préfère regarder devant : « C’est important de se concentrer sur ce qui est devant vous. » Et devant lui, il y a désormais cette nouvelle saison avec l’USAP dans ce Top 14 qui ne laisse aucun répit. « Chaque match est si important… Vous devez vous battre le plus dur possible tous les week-ends. C’est très exigeant et c’est à nous d’être prêts. » Jonny Gray est désormais déterminé à retrouver le combat. Un nouveau départ, avec l’expérience du passé et l’envie de réussir sous la tunique catalane.