La résidence est confrontée à une densité de commerces de nuit unique sur Montpellier. Ses habitants constatent une situation qui empire et l’inefficacité des mesures prises pour l’endiguer.
Aux confins des quartiers de La Martelle, Celleneuve et La Paillade, la résidence privée Eurydice propose une densité de commerces ouverts la nuit unique à Montpellier et probablement au-delà. Sur les dix-sept cellules commerciales que ce double bâtiment abrite, quinze sont occupées par des épiceries de nuit, des barbiers, un lounge et des restaurants rapides.
« On ne peut pas se garer devant chez soi »
Cette concentration a fait de la rue Eurydice, un lieu régulièrement cité pour ses problèmes de violences, de nuisances nocturnes et ses fermetures administratives liées à l’absence de respect de la réglementation sur la vente de certains produits, notamment le protoxyde d’azote, consommé dans les voitures, sur place ou dans les rues pavillonnaires avoisinantes, La Lyre et Orphée.
Un cauchemar pour certains de leurs résidents. « La nuit, il n’y a plus la même population, les résidences sont de plus en plus occupées par des voitures, on ne trouve plus de place de parking ou on ne peut pas se garer devant chez soi », observe un propriétaire. « Pendant la Coupe du monde, les commerces étaient ouverts jusqu’à 5 heures du matin. J’ai appelé la police pour demander s’il y avait une dérogation pour la rue Eurydice », ironise l’un de ses voisins.
La préfecture compte sur la nouvelle loi « Ripost »
La préfecture l’assure, « la sécurité et la tranquillité des habitants de la rue Eurydice sont des priorités pour les services de l’État et la municipalité de Montpellier ».
Ses services rappellent que, depuis 2020, 36 procédures administratives ont été déclenchées contre ses commerces, de non-respect des horaires de fermeture jusqu’à la vente de tabacs de contrebande ou de protoxyde d’azote.
Depuis le 1er septembre, les services de l’État peuvent s’appuyer sur la loi Ripost qui « va donner de nouveaux outils à la préfète de l’Hérault pour allonger les durées de fermeture des commerces troublant l’ordre public ou participant au narcotrafic ». À partir du 1er février prochain, cette loi interdira la vente de protoxyde d’azote aux particuliers. Un délit d’inhalation est également créé.
Livraisons régulières de protoxyde d’azote
« La nuit il est impossible de dormir la fenêtre ouverte, il y a du bruit jusqu’à 4 heures du matin. Ils consomment le protoxyde d’azote, dans la résidence et on retrouve les cartouches de gaz le lendemain. À une certaine heure, il faut faire très attention car ils conduisent sous son effet », ajoute un autre résident qui préfère rester anonyme au regard des pressions parfois exercées. « Moins on est identifié mieux c’est ».
Les uns et les autres ont observé les livraisons « impressionnantes et régulières » des cartons de protoxyde d’azote, l’installation, il y a environ trois ans, d’un point de deal sur la rue et la dégradation des parties communes dont les accès sécurisés sont vandalisés à mesure qu’ils sont réparés. « Quand on voit le local poubelle, on a l’impression de vivre dans le Tiers-Monde. Tout est fait à la sauvage, les restaurants installés, le sont malgré l’interdiction du règlement de copropriété, les locaux ne sont pas adaptés mais ça fait boule de neige ».
Michaël Delafosse plaide pour une évolution de la loi
Michaël Delafosse rappelle son engagement à lutter contre la prolifération des épiceries de nuit… mais aussi les limites à son action. »J’utilise mille stratagèmes. J’essaie d’agir face à ces commerces qui pourrissent la vie des gens. À Las Sorbes, l’affaire a coûté un million d’euros d’argent public. À Montpellier on tient le record de France des fermetures administratives. Les maires ont le pouvoir de dire si oui ou non à un projet de grande surface. Mais quand une cellule commerciale mute, je ne peux que subir. Je veux pouvoir donner un avis sur les commerces de la ville. La liberté du commerce je l’entends mais aussi celle des gens de pouvoir vivre dans le calme. Il faut que nos parlementaires connaissent le réel. Beaucoup de collègues maires sont démunis. C’est pour cela que la loi doit changer ».
« Ça empire à une vitesse effrayante »
Présents depuis plusieurs années à Eurydice, ces propriétaires confient d’autant plus leur « désarroi, un sentiment d’impuissance » qu’ils constatent une dégradation de la résidence, une dépréciation de leur bien. « Le problème est que ça empire à une vitesse effrayante », affirment-ils. « Sur un commerce, la préfecture est intervenue. Mais la marchandise a été déplacée très rapidement. Ce qui fait que la fermeture n’a aucun impact et les amendes, ils sont capables de les amortir très rapidement », indique un propriétaire. « En matière de tranquillité publique, il y a beaucoup d’annonces mais rien n’y fait. La Ville et la préfecture n’ont pas pris la mesure de la situation », reproche encore le groupe de résidants.
À leurs yeux, seule une solution du type Las Sorbès, cette rue des Cévennes où d’anciens garages transformés en commerces de nuit ont été acquis puis détruits est susceptible de redonner son calme à la résidence. « Il faut que la mairie mette son nez dedans. Il faut que ces commerces disparaissent, c’est tout », lâche un habitant. Un autre résidant pointe, lui, l’absence d’implication d’une grande majorité des propriétaires de la résidence Eurydice dont très peu sont occupants. « Des propriétaires de cellules ne savent pas quelle est l’activité de leurs commerces. Avec ce genre de mentalité on ne peut pas avancer ».
Des impayés de charge de 150 000 €
La copropriété dans son ensemble (Eurydice 1 et 2) est aujourd’hui confrontée à des impayés de charges d’un montant de 150 000 €, ce qui la fragilise d’autant plus et rend impossible tout programme de réhabilitation ambitieux.
Un projet de rénovation de la copropriété dans les cartons
La résidence Eurydice (1 et 2) est composée de 140 lots de copropriété mais ne compte qu’une très faible proportion de propriétaires occupants (moins de 5 %). Environ la moitié des copropriétaires sont en situation d’impayés, dont une poignée (3) pour des sommes importantes supérieures à 10 000 €. La dette globale s’élève à de 150 000 € ce qui a conduit le gestionnaire de la résidence, le cabinet Pecoul, à demander la désignation d’un administrateur ad hoc, chargé de récupérer les fonds.
La situation financière fragile de la copropriété a un impact sur sa capacité à effectuer différents travaux de réparation, notamment les portes d’accès régulièrement dégradées. Elle a également pour effet de geler un projet de rénovation de l’ensemble immobilier, présenté par le cabinet Pecoul et voté en assemblée générale mais qui demeure pour l’instant dans les cartons. « Tant qu’il y a de la dette on n’a pas accès aux crédits » indique un acteur du dossier.
« Convaincu » que la situation peut s’améliorer
Ce projet pluriannuel de travaux de rénovation énergétique représente un investissement de 1,50 M€ dont 400 000 € de subventions octroyées aux copropriétés dégradées. « Si on est actif, on est convaincu que ça se relève. Ici c’est un quartier qui tient la route », observe-t-on chez le gestionnaire qui tente d’élargir le tour de table des financeurs. Certains copropriétaires impliqués partagent ce point de vue. « On peut résoudre le problème en très peu de temps », assurent-ils.