Par

Paul De Roo

Publié le

9 sept. 2026 à 17h49

À Toulon dans le Var, la collecte des vêtements usagés connaît des difficultés depuis le mois de juillet. L’entreprise chargée de récupérer les textiles dans les bornes installées dans la ville a annoncé qu’elle ne pouvait plus poursuivre son activité, sur fond de crise nationale dans la filière.

Face au risque de voir les vêtements s’accumuler au pied des conteneurs, le Sittomat, qui gère notamment la collecte et le traitement des déchets dans le bassin toulonnais, a décidé de faire pression sur l’entreprise concernée. Son président, Gilles Vincent, également vice-président de la métropole Toulon Provence Méditerranée, assure qu’une solution pourrait être trouvée.

À Toulon, une collecte perturbée depuis juillet

Sur le territoire du Sittomat, environ 170 points de collecte de textiles sont répartis dans les différentes communes autour de Toulon. Pour éviter de dépendre d’une seule entreprise, le syndicat a choisi de confier cette activité à trois sociétés.

À Toulon, c’est Magreg qui a remporté l’appel d’offres. L’entreprise devait notamment proposer des emplacements afin d’installer 70 conteneurs supplémentaires dans la ville.

Mais leur déploiement a rencontré des difficultés. Puis, en juillet, l’entreprise a informé le Sittomat qu’elle ne pouvait plus poursuivre la collecte.

« Ils nous ont écrit en disant : « On ne peut plus, donc on arrête ». Et ils ont filmé les conteneurs avec du film plastique pour éviter que les gens les remplissent », raconte Gilles Vincent. Le Sittomat a alors décidé d’intervenir directement : »On a pris des cutters et on a rouvert ces conteneurs ». 

Pour l’instant, le responsable du Sittomat se veut toutefois rassurant sur la situation à Toulon. Les conteneurs ne seraient pas massivement remplis : « Il y a très peu de conteneurs qui sont pleins. Pour l’instant, ils sont seulement en train de se remplir, mais gérer c’est prévoir, donc il faut agir vite. »

Selon Gilles Vincent, une ou deux bornes seraient à l’heure actuelle totalement remplies de vêtements. La mairie de Toulon a été prévenue et l’antenne métropolitaine chargée de la collecte doit intervenir si des textiles sont déposés au sol. « Elle ramassera ces habits et les mettra dans une benne au niveau du Sittomat », précise-t-il.

Pourquoi la filière du textile est en difficulté

Pour Gilles Vincent, les difficultés rencontrées à Toulon ne peuvent pas être dissociées d’une crise nationale de la collecte et du recyclage des textiles.

Une partie des vêtements collectés est destinée au réemploi et à la revente en seconde main. D’autres textiles sont transformés en chiffons, paillassons ou autres matériaux.

Mais selon le président du Sittomat, la multiplication des vêtements à bas prix et de mauvaise qualité a bouleversé cette économie : « On retrouve depuis deux ans de plus en plus de produits qui ne sont plus vendables en tant que produits de 2e main.« 

Il pointe notamment l’arrivée massive de vêtements issus de la fast fashion, citant Shein et Temu. Une fois collectés et triés, certains de ces vêtements ne trouvent plus de débouchés suffisamment rémunérateurs. « Alors ça fait tomber les prix. Et donc ces sociétés, au niveau national, ont des difficultés financières. »

Le problème concerne également les pays vers lesquels une partie des vêtements de seconde main était traditionnellement exportée. « Les débouchés, c’était le Ghana, le Nigéria, et d’autres pays d’Afrique. Mais ils croulent sous des monticules de vêtements qui ont été envoyés là-bas. »

Refashion dans le viseur du Sittomat

Dans cette filière, un acteur joue également un rôle central : Refashion, l’éco-organisme chargé de la filière textile.

Lorsqu’un vêtement est vendu, une contribution est versée à cet organisme. Elle doit notamment permettre de soutenir les entreprises chargées de collecter et de trier les textiles.

Mais les entreprises du secteur estiment aujourd’hui que ces aides ne compensent plus leurs pertes. « Refashion a revalorisé ses aides, mais ces sociétés estiment qu’ils perdent encore 85 euros à la tonne. Donc, petit à petit, ils se désengagent. »

Gilles Vincent estime que la responsabilité ne repose donc pas uniquement sur les entreprises de collecte. « On comprend les difficultés des sociétés qui collectent, mais on ne comprend pas que l’État ne joue pas son rôle, et ne tape pas sur l’éco-organisme Refashion, en leur disant de trouver des solutions. »

Plus de 10 % de textiles encore jetés dans les ordures ménagères

Cette crise inquiète d’autant plus le Sittomat que les vêtements ne sont pas toujours déposés dans les bornes prévues à cet effet : « On retrouve encore trop de textiles dans les ordures ménagères. Plus de 10 %. Ce n’est pas normal. »

Pour éviter que les vêtements ne finissent dans les poubelles ou au pied des bornes, le Sittomat réfléchit également à d’autres solutions. Une piste consiste notamment à installer des conteneurs dans des déchetteries, où ils pourraient ensuite être vidés dans de grandes bennes.

L’objectif est aussi d’éviter que des vêtements déposés au sol soient souillés. « Le seul truc qui m’embêterait, c’est de devoir, un jour, récupérer ces habits et les mettre en incinération pour assurer la propreté, parce qu’il y a des chiens et des chats qui pissent dessus, etc. C’est un problème de propreté urbaine.« 

Transformer les vêtements plutôt que les envoyer à l’étranger

Au-delà de la collecte, Gilles Vincent appelle à développer de nouvelles solutions pour les vêtements qui ne peuvent plus être revendus : « Vous prenez un t-shirt Temu, vous le gardez un an, et après vous le mettez dans la borne. Ils en font quoi ? Rien du tout, car il est troué ou déformé. »

Le président du Sittomat estime notamment qu’il faudrait davantage développer le recyclage des textiles pour produire de nouveaux matériaux : « On se bat au niveau national pour dire au gouvernement qu’il faut mettre en place des systèmes pour en faire des paillassons ou des isolants par exemple… »

À Toulon, le Sittomat poursuit donc ses discussions avec Magreg. Après les pressions exercées ces dernières semaines, l’entreprise a indiqué qu’elle pourrait finalement trouver une solution pour reprendre le ramassage. Le service de collecte attend désormais une confirmation écrite avant de considérer la situation comme réglée. 

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