« Une grève sans revendication salariale, ça n’est pas si courant ! » s’amuse Sandra Regol. Aux côtés de la députée écologiste du Bas-Rhin, les sapeurs-pompiers Michaël Pacanowski (CFTC), Cédric Hatzenberger (FO) et Arnaud Biskupski (CGT), abondent. Le mouvement – représentant huit syndicats et qui culminera le 29 septembre au Champ de Mars à Paris – est suivi sous forme de badge, sans impact sur leurs interventions.

Les trois délégués alsaciens sont sortis dépités de leur rencontre mardi au ministère de l’Intérieur avec Julien Marion, le directeur général de la sécurité civile – dont les sapeurs-pompiers sont des acteurs essentiels. Devant eux, la dernière mouture du “ Beauveau de la sécurité civile” , vaste brainstorming lancé en avril 2024 pour adapter les secours français aux défis climatiques, entre autres.

« Nous ne sommes pas des super-héros. Les super-héros n’ont pas besoin de moyens »

Leur verdict ? « Le néant ! La montagne a accouché d’une souris… Après un tel été, nous pensions parler des financements. Le préfet Marion nous a répondu : “On espère…”, On ne tient pas compte de la saison extrême que nous avons vécue. Même en Alsace, on n’a jamais eu de saison pareille, aussi tôt. » Et le texte « n’est même pas programmé à l’Assemblée nationale », se désole Sandra Regol. L’élue écologiste a listé plusieurs pistes dans une proposition de loi déposée fin juillet  : contribution des compagnies d’assurances via notamment la TSCA prélevée sur leurs primes, création de nouvelles taxes affectées aux Sdis (services départementaux d’incendie et de secours), dont une sur le tabac, souvent responsable des départs de feu… Une proposition de loi qui, reconnaît-elle, « n’a aucune chance d’être examinée ».

« Nous ne sommes pas des super-héros. Les super-héros n’ont pas besoin de moyens ! » souligne Arnaud Biskupski. Ils réclament l’embauche de 21 000 professionnels, soit une hausse de 50 % des effectifs, et le renouvellement d’équipements vieillissants, voire dangereux. Tous se souviennent du drame de Gabian (Hérault), où leurs confrères avaient été piégés au milieu des flammes dans un camion-citerne au système de protection défaillant. Sans compter la hausse des cancers dus à l’inhalation de fumées.

Quant aux pompiers volontaires, ils sont de moins en moins nombreux et de plus en plus sollicités. « S’il y a trop de catastrophes, ils ne pourront plus intervenir : ils ont un métier à côté. » Sur un flyer intitulé “Que vaut votre vie ?”, ils pointent du doigt « l’inégalité territoriale » et la hausse de leurs délais d’intervention, couplée au transfert de services médicaux qui pèse sur eux. Ce que résume Sandra Regol à sa façon lapidaire : « Les services à la personne tombent en lambeaux et les sapeurs-pompiers font les ramasse-miettes. »